SÉANCE DE QUESTIONS ORALES Paru in extenso au JOPF n° 13 NA du 07/08/2025 à la page 1518 | SÉANCE DE QUESTIONS ORALES Le président : Pour la présente séance, une partie sera consacrée aux questions orales. Ce sont six questions orales qu’on a fait parvenir au secrétariat général de l’assemblée. Pour rappel, les représentants qui posent leurs questions orales disposent de trois minutes d’après le règlement intérieur, et vous, Mesdames et Messieurs les ministres, disposez de cinq minutes pour répondre. Aussi, le représentant ayant soumis sa question orale peut se faire remplacer s’il est absent. Il est 9 h 41. J’invite Madame Flores-Le Gayic à poser la première question orale. QUESTION ORALE DE MADAME BÉATRICE FLORES-LE GAYIC RELATIVE À LA SITUATION DES « SANS DOMICILE FIXE » EN MAOHI NUI (Lettre n° 5533 SG du 10/06/2025) Mme Béatrice Flores-Le Gayic : Merci bien, Monsieur le président. À toutes et à tous rassemblés, je vous présente mes salutations à l’occasion de notre rencontre en cette nouvelle matinée. Madame la vice-présidente, Mesdames et Messieurs les ministres, chers élus du peuple, bonjour. Mes salutations s’étendent aussi à nos collaborateurs. Enfin, au peuple qui nous suit actuellement, je ne vous souhaite qu’une chose : d’être enveloppé de l’amour tissé du Créateur. Je me permets de prendre la parole aujourd’hui pour relayer une interpellation qui m’a profondément touchée. J'ai assisté à la veillée d’un jeune homme sans domicile fixe, récemment décédé, et la famille m’a demandé de vive voix de saisir le gouvernement afin de trouver des réponses sur la situation douloureuse qu’elle a vécu tout au long du parcours d’un de ses membres malgré l’accompagnement et la présence constante de ses proches. Cette situation douloureuse met en lumière une fois de plus la triste réalité que vivent les personnes sans abri. La situation des SDF en Mā'ohi Nui (NDT, la Polynésie française) est un thème sensible qui ne mérite aucune. Nous savons que chaque gouvernement a fait, fait tout ce qui est convenable et réalisable dans notre contexte actuel pour les accompagner au mieux dans son parcours de vie et éventuellement sur sa réinsertion. Je reconnais que beaucoup a été fait pour les personnes qui vivent dans la rue, SDF par obligation ou SDF par choix. Malgré l’investissement et l’accompagnement de notre gouvernement et des associations, le constat est sans appel : « La communauté des SDF s’agrandit et s’organise au sein de la ville de Papeete, et s’étend dans les communes avoisinantes, voire dans nos îles, phénomène impensable en Mā'ohi Nui (NDT, la Polynésie française) ». Beaucoup d’argents ont été investis. Est-ce que les résultats sont à la hauteur des objectifs souhaités ? Les statistiques nous démontrent que d’années en années, le nombre de SDF est en progression constante. Chiffres implacables qui nous dictent que, d’une part, l’urgence est dépassée et, d’autre part, que notre société est bien, bien malade ! Aussi, mon intervention, je ne ferai que relater une histoire parmi d’autres, une famille touchée par ce drame. C’est l’histoire d’un jeune homme célibataire de 46 ans qui meurt d’un cancer des poumons. Une fin tragique brusque mais non exceptionnelle. On parle bien d’une fin brutale puisque, hospitalisé le lundi soir et décédé le mercredi soir, soit 48 heures après son hospitalisation. Le diagnostic du médecin fut rude : « On ne peut rien faire car la tumeur est tellement mal placée qu’on ne peut ni pratiquer d’examens d’exploration ni même d’opérations chirurgicales. » Connaissant le verdict, le jeune homme a demandé à sa famille proche qu’il voulait mourir dans la rue au lieu de rester dans son lit d’hôpital accroché à des perfusions car pour lui, c’était sa seule et unique maison. Malgré l’amour de sa famille, le jeune homme a choisi la liberté de la rue en dépit des violences et de l’insécurité, et surtout, au dépit du regard de notre société, avec comme commentaire méprisant tel que : ils n’ont qu’à aller travailler ! Le décrochage familial du jeune homme a commencé par la séparation de ses parents — il n’avait que 6 ans. Puis des conflits au sein de ses familles recomposées, le jeune homme s’est marginalisé et l’appel de la rue fut la solution de repli pour lui et ce, depuis plus de 25 ans. De nombreux sentiments accablent la famille du fait qu’un de ses membres soit dans la rue, honte pour certains d’entre eux, mais surtout l’impuissance car le jeune homme vient d’une famille honnête et respectable. La famille était triste et démunie face à cette situation, mais compatissait et se détachait au fil des années d’une situation finalement acceptée par tous. Les pouvoirs publics ont pris le relais. C’est l’association TUTELGER qui organise sa prise en charge dans les familles d’accueil. Rien n’y fait, les contraintes, les règles, c’est beaucoup trop pour lui, mais il préfère la rue. À chaque visite, à chaque rencontre avec des membres de sa famille ou d’amis de sa famille, le jeune homme ne demande que le strict minimum : « Café, sucre, tabac, papier, briquet et soda s’il y en avait, sans plus et il repartait ». Pour la famille, leur fils, frère et oncle, au final, a manqué de soins médicaux et d’un vrai programme de réinsertion dans notre société. Aussi, ma question s’adresse à Madame la ministre en charge de la solidarité : Quelles solutions proposez-vous aux familles qui souhaitent récupérer « les personnes de rue » de leurs familles ? Et dans un deuxième temps, est-ce que l’accompagnement des personnes vulnérables par les associations ou sociétés qui gèrent les familles d’accueil répondent aux attentes des personnes placées sous leurs tutelles ? Merci. Que l’amour règne. Le président : Merci bien pour cette question. Madame la ministre… Madame la vice-présidente. Mme Minarii Galenon Taupua : Merci, Monsieur le président de l’assemblée. Recevez mes chaleureuses salutations en ce jour. À toutes et à tous qui prêtez l’oreille, merci bien. Alors, Madame la représentante, bonjour. Merci pour votre interpellation, vous m’interrogez au sujet de la situation des personnes sans abri à l’échelle de Mā'ohi Nui (NDT, la Polynésie française). Merci, vous mettez en exergue une situation particulière révélatrice de grandes difficultés éprouvées par les familles. Chers membres honorables de notre assemblée, je me tiens devant vous aujourd’hui avec respect et humilité sur ce sujet et simplement vous dire oui, la dignité humaine, surtout celle que nous devons à chaque Polynésien, nos frères et sœurs sans domicile fixe que j’ai nommé « nos extraordinaires ». À ce jour, en effet, ce sont près de 700 d’entre eux qui sont recensés à Mā'ohi Nui (NDT, la Polynésie française). Soyez assurée que cette situation dont nous héritons attire particulièrement l’attention de notre gouvernement et fait partie de nos préoccupations. En effet, mon ministère soutient toute démarche de réintégration familiale dès lors que celle-ci respecte les droits, les choix et la dignité de l’individu. L’accompagnement social assuré par mes services en lien, vous l’avez bien dit, Madame la représentante, avec les associations de terrain — et aujourd’hui, vous avez aussi les confessions religieuses qui nous soutiennent — intègre la médiation familiale et mobilise les travailleurs sociaux dans une logique de suivi individualisé. Des visites à domicile sont proposées afin d’évaluer la qualité de l’environnement familial. Dans un souci de stabilité et de sécurité, il est effectivement essentiel que ce cadre soit adapté au rétablissement et à la réinsertion progressive de la personne. S’agissant des situations relevant de la sphère psychiatrique, des dispositifs comme celui de l’éducation thérapeutique du patient, sont mis en œuvre. Ces programmes associent l’équipe soignante et les aidants familiaux afin de soutenir une réintégration progressive dans un cadre structuré médicalement accompagné. À cela, il importe de préciser que les associations et familles d’accueil jouent un rôle fondamental dans la prise en charge des personnes vulnérables, souvent en première ligne, pour leur offrir un cadre stable et un environnement sécurisé. Toutefois, leur action aussi essentielle soit-elle ne suffit pas toujours à répondre pleinement aux attentes spécifiques des personnes placées sous tutelle. C’est pourquoi nous œuvrons à renforcer la coordination entre tous les acteurs concernés (services sociaux, tuteurs légaux, structures associatives) et dispositifs d’hébergement. L’objectif est de garantir un accompagnement global cohérent et individualisé qui respecte les droits, les besoins et les aspirations de chaque individu. Madame, dans vos propos, la famille est constamment citée, et je vous en remercie. Dans cette perspective, mon ministère a mis en œuvre un dispositif structurant et innovant : les camps de famille qui ont débuté depuis début 2024 qui viennent renforcer notre réponse publique face à la précarité et aux sans-abris. Penser des lieux de transition et de reconstruction, c’est permettre d’offrir un cadre sécurisé, temporaire et encadré, dans lequel les personnes sans domicile peuvent amorcer un retour vers une vie plus stable avec l’appui de leur proche lorsque cela est possible. Ce dispositif repose sur un accompagnement pluridisciplinaire, individualisé, alliant soutien social, accès social, médiation familiale et accompagnement psychologique. Il permet de recréer du lien entre les individus et leur entourage, tout en respectant leur choix de vie et leur dignité. Ces camps de famille n’ont pas vocation à se substituer aux familles, je le précise, mais à les soutenir, les sécuriser et les associer pleinement au processus de réinsertion de leur proche dans un environnement plus protecteur que la rue. Mise en œuvre en partenariat avec la DSFE, les communes, les services du Pays, les associations de terrain et les confessions religieuses, ils constituent une réponse concrète et humaine à la marginalisation sociale. Le 28 juin prochain — chers élus nobles de cette assemblée, je vous invite —, nous organisons en partenariat avec le collectif « Stop à la violence » un rassemblement « J’aime ma famille » qui réunira les familles d’accueil, les accueillants familiaux et les familles tierces dignes de confiance. Ces actions incarnent l’engagement de notre gouvernement à replacer un lien familial, la dignité, l’inclusion au cœur de la politique de solidarité qui s’appuie sur mon plan de dignité humaine et sur mon schéma directeur de l’action sociale et médico-sociale que vous avez adopté au sein de cette noble assemblée. Au-delà des dispositifs déjà mentionnés, je souhaite insister sur le fait que notre approche s’appuie sur une compréhension fine, socialisée et multi dimensionnelle de la marginalité. Nous avons tenu des journées d’études sur la marginalité sociale en décembre 2024 et il y a eu des préconisations, ce qui nous a permis de réunir chercheurs, professionnels, associations et institutions, pour établir un diagnostic partagé. Il est vrai, la précarité n’est pas une fatalité individuelle, mais sa conséquence de rupture multiple. Ainsi, notre action se fonde sur des constats clairs : il y a un problème de santé mentale, c’est un préalable à toute démarche d’insertion. L’intervention hebdomadaire d’un psychiatre sur les lieux de vie — c’est ce que nous avons mis en place au niveau du gouvernement. Ce psychiatre intervient dans les associations Te Torea et Te Vai-été qui a permis de nous aider à passer d’une logique d’urgence à une logique de prévention, de suivi et de construction de parcours. Les jeunes et les femmes sont de plus en plus représentés parmi les personnes à la rue. Entre 2021 et 2023, le nombre de jeunes de 18 à 24 ans vivant sans abri a triplé. Cela justifie le lancement de projets ciblés, comme Te Vai-ete, mais aussi l’urgence de développer des solutions d’urgence spécifique, transitoire et sécurisante. Les troubles psychiatriques et les addictions — parce qu’il y a aussi les problèmes d’addiction — qui sont omniprésents et interdépendants, à savoir plus de 30 % des personnes sans abri présentent ces troubles, d’où l’importance des dispositifs de soins mobiles de travail de rue et des liens avec le SPIP pour faire respecter les obligations de soins de manière constructive. Les freins à la sortie de rue sont multiples, Madame la représentante, et souvent invisibles : le lien affectif avec un animal, l’absence de papiers, la honte de demander de l’aide ou l’analphabétisme expliquent parfois le non recours aux dispositifs existants. Aujourd’hui, je vous invite tous à réapprendre à faire société ensemble avec les plus éloignés, avec ces extraordinaires. Un travail interinstitutionnel est en cours visant à améliorer la fluidité des échanges, la lisibilité des parcours de prise en charge et l’efficacité des interventions. Ce travail s’inscrit notamment dans le cadre des actions de terrain telles que la maraude organisée avec les services du Pays. Nous allons en tenir une le 19 juin prochain au parc Bougainville de Papeete. Cette action permettra de placer les services administratifs au plus proche des besoins exprimés par les personnes en situation de sans abri et de favoriser ainsi une prise en charge coordonnée avec les partenaires concernés. Dans ce contexte, chers élus, je vous invite à faire avancer avec moi ces sujets chers à chacun et de vous dire que c’est ensemble que nous pouvons créer une société qui nous rassemble et qui nous ressemble. Donc évoluons dans le respect de la dignité humaine. Je vous remercie de votre écoute. Merci bien. Le président : Bien, merci beaucoup. J’invite Nuihau à poser sa question orale. M. Nuihau Laurey : Oui. Merci, Monsieur le président. En l’absence du Président, je demande le retrait de ma question. Le président : Merci. Je demande à Madame Tepuaraurii de présenter sa question. QUESTION ORALE DE MADAME TEPUARAURII TERIITAHI RELATIVE À LA SITUATION ALARMANTE DES SDF A PAPEETE : NUISANCES ET INSÉCURITÉ (Lettre n° 5549 SG du 10/06/2025) Mme Tepuaraurii Teriitahi : Bonjour, Monsieur le président. Madame la vice-présidente, Mesdames et Messieurs les ministres, mes chers collègues, chers amis du public, chers internautes qui nous suivent, chers amis de la presse, à toutes et à tous rassemblés en ce nouveau jour, mes salutations à l’occasion de notre rencontre. Ma question s’adresse à Madame la vice-présidente. Elle va pouvoir sembler peut-être être redondante par rapport à la question précédente, mais bon, je vais quand même la poser parce que j’imagine que Madame la vice-présidente a prévu déjà une réponse. Donc je vais vous la lire. Depuis plusieurs mois, les commerçants, les usagers et les riverains du centre-ville de Papeete tirent la sonnette d’alarme. Ils dénoncent la présence de plus en plus nombreuse, envahissante et souvent inquiétante des personnes sans domicile fixe aux abords des commerces, des parkings, des places publiques et notamment autour de la cathédrale. Ce phénomène, qui s’amplifie jour après jour, génère non seulement des nuisances visibles et olfactives — déchets, urines, excréments —, mais aussi une insécurité croissante liée à des actes d’agression, parfois violents, dans lesquels certains SDF sont malheureusement trop souvent impliqués. Aujourd’hui, force est de constater que les mesures mises en place sous votre autorité n’apportent aucune réponse concrète ni durable. Les fameuses « tiny houses » inhabitables de Mama'o inaugurées en grandes pompes apparaissent comme un affichage sans impact réel, tout comme les déclarations de bonnes intentions qui se succèdent dans les médias alors que dans la rue, la situation se dégrade chaque jour de plus en plus. On assiste chaque soir, après que le dîner ait été servi au centre Te Vaiete Api, à un véritable mouvement de transhumance depuis Mama'o vers le centre-ville. Vos « tiny houses » ne suffisent pas à faire demeurer les SDF hors des rues. C’était hélas prévisible. Le centre-ville de Papeete, cœur économique et touristique du Pays, devient un lieu d’errance, de marginalité extrême, parfois même de violence et de sévices, comme cela a récemment été le cas aux abords de la Cathédrale. Jadis ouverte à ces personnes vulnérables, celle-ci a dû en fermer ses portes. Ce lieu symbolique est aujourd’hui le théâtre d’incivilités et de scènes indignes qui sont loin de nous échapper. Madame la vice-présidente, votre ministère est censé incarner la solidarité. Mais où est-elle lorsque les dispositifs d’hébergement sont inadaptés, les moyens humains éclatés et votre cabinet ministériel en proie à une instabilité chronique ? Votre ministère semble en décalage complet avec la réalité du terrain, pendant que le sentiment d’abandon, d’insécurité et d’exaspération grandit parmi la population. Nous ne venons pas ici, Madame la ministre, avec pour seule préoccupation le sort des habitants de la capitale, des commerçants ou des touristes — bien que leur exaspération soit légitime. Nous sommes aussi profondément et sincèrement préoccupés par le sort de ces femmes et de ces hommes en détresse, comme vous l’avez dit vous-même, nos frères et sœurs de la rue, que votre ministère laisse aujourd’hui à l’abandon. Ce n’est pas une critique politicienne, c’est un cri d’alerte. Notre groupe attaché à la dignité humaine et à l’ordre public, vous demande : quelles mesures concrètes, immédiates et efficaces entendez-vous prendre pour répondre à cette situation alarmante, qui nuit à l’image de notre capitale et met en danger aussi bien les personnes sans abri que les citoyens ? Allez-vous continuer à improviser, ou comptez-vous enfin vous saisir pleinement de vos responsabilités ? Merci. Le président : Madame la vice-présidente, vous avez la parole. Mme Minarii Galenon Taupua : Merci, Madame la représentante, pour votre interpellation. Je vous remercie pour votre question qui me permet de revenir sur un sujet aussi visible que sensible, la situation des personnes sans domicile fixe à Papeete, nos extraordinaires. Merci du fond du cœur de vous préoccuper de la dignité humaine de nos frères et sœurs de la rue. La situation en centre-ville marquée par des scènes d’errance, de trouble et une détresse humaine réelle peut peut-être ignorer, je le conçois. Elle interpelle notre sens des responsabilités et je veux le dire haut et fort : la dignité humaine est une préoccupation sociétale aujourd’hui. Notre gouvernement, même si vous pensez qu’on essaye de mettre des actions comme ça au fil de l’eau. Je rappelle quand même que nous avons présenté un plan de dignité humaine avec un schéma d’organisation sociale et médico-sociale, que nous sommes en train de mettre en œuvre. Donc notre gouvernement mène une action sociale au plus près du terrain. En septembre 2024, le Pays a signé une convention avec un psychiatre — je l’ai dit tantôt — pour une offre de soins psychiatriques de proximité pour les personnes à la rue. Aujourd’hui, plus de 900 actes médicaux ont été réalisés ces neuf derniers mois. Grâce à la présence régulière d’un psychiatre, nous sommes passés de la gestion de crise en urgence à un travail de prévention, suivi thérapeutique et de reconstruction psychique. Ce suivi s’appuie sur un maillage partenarial avec la DSFE, la direction de la santé, les associations et même la justice. Des dispositifs de soins adaptés sont en place pour répondre au cas des troubles mentaux lourds (addictions et obligations de soins). Cette action, bien qu’invisible dans la rue, a permis de réduire, et non pas de faire disparaître, le recours aux urgences psychiatriques, aux hospitalisations, aux urgences policières, aux interventions policières. Une stratégie d’insertion professionnelle innovante en interministérialité a été mise en place. C’est vrai que nous avons lancé le dispositif des Tere Houses à Mama'o. Mais, Madame la représentante, juste pour corriger, ce sont des hébergements temporaires pour nos sans-abri. Cependant, sachez que nous n’avons pas que des Tere Houses pour héberger nos sans-abris. Si vous avez des sans-abris qui veulent se diriger vers des logements, eh bien nous avons un centre d’hébergement de nuit et nous avons aussi des logements que nous mettons à disposition. Mais sachez que comme ce sont des sans-abris, ils ne veulent pas aller dans des domiciles fixes. C’est comme ça que ça se passe en réalité. Alors, c’est vrai que les Tere Houses à Mama'o, c’est une solution transitoire de mise à l’abri pour des personnes en formation. Ces structures seront prochainement complétées par d’autres hébergements temporaires, et ce avec des (incompréhensible) dans différentes communes. Le préprojet, il est vrai que je porte un projet en interministérialité en réalité avec le ministère de l’emploi et le ministère de l’éducation. Aussi, je souhaite laisser un moment de parole à ma collègue du ministère de l’emploi pour pouvoir continuer sur le projet en interministérialité que nous avons mis ensemble. Merci. Le président : Merci. Madame la ministre. Mme Vannina Crolas : Merci bien à vous toutes et tous. Monsieur le président, bonjour à chacun et à chacune en ce début de matinée à l’occasion de cette rencontre. Juste pour compléter donc ce que notre vice-présidente vient de dire. En termes d’insertion professionnelle avec le projet Te Vaiete, ce sont 12 sans-domicile fixe qui ont suivi 12 mois de formation vers les métiers de la restauration avec plusieurs contrats à la clé et des parcours vers l’apprentissage. Ce projet démontre que lorsqu’on donne un cadre, un accompagnement, une perspective, les personnes les plus marginalisées peuvent se réinsérer. Par ailleurs, la deuxième cohorte du projet Te Vaiete 2 prévu dès septembre 2025 s’adressera à des femmes à la rue avec un accompagnement global : formation professionnelle, hébergement, remobilisation personnelle et stage en entreprise. Ce projet copiloté avec le campus des métiers et des qualifications de Polynésie française a montré des résultats concrets avec la première cohorte masculine, des embauches et une dynamique d’insertion réelle. Dans la lutte contre l’exclusion sociale, l’association Te Torea constitue une pierre angulaire dans notre action en faveur des publics vulnérables. Grâce à une convention, le centre d’accueil de nuitées Torea, inauguré par notre gouvernement en décembre dernier, offre non seulement un abri sécurisé, mais aussi un accompagnement vers l’autonomie incluant la réinsertion sociale, l’orientation vers l’emploi et le suivi sanitaire. Un partenariat avec mon ministère au travers du projet Nati o te Torea, un lien, une chance, a permis à une vingtaine de personnes sans-abri de bénéficier de stages avec des recrutements en CDI afin d’améliorer et sécuriser leur insertion professionnelle en entreprise. Mme Minarii Galenon Taupua : Comme vous le constatez, chère représentante, nous nous sommes engagés à structurer l’action publique. Nous ne nions pas les limites des dispositifs actuels ni les tensions visibles en ville. La Polynésie est confrontée à une pauvreté multidimensionnelle. Il ne s’agit pas d’un phénomène conjoncturel, mais d’un échec ponctuel. Je veux insister sur un point. Les tensions visibles dans le centre-ville appellent aussi à la responsabilité partagée entre plusieurs partenaires, entre le pays, les communes, l’État et la société civile car il s’agit de la gestion de l’espace public, la médiation, les soins psychiatriques d’urgence ou encore l’addictologie qui relèvent d’une coproduction de solutions. La réponse au défi d’exclusion ne peut reposer uniquement sur le ministère des solidarités car il s’agit aussi du logement, de l’urbanisme, de la sécurité publique, de la justice, de la santé mentale, des addictions. Tous ces critères relèvent aussi d’une action transversale et partagée. Nous menons tout ce travail en étroite collaboration avec tous les partenaires que je viens de citer et je profite, d’ailleurs, de cette tribune pour les remercier chaleureusement et je souhaitais aussi remercier les confessions religieuses pour leur soutien permanent. Madame la représentante, chers élus de notre noble assemblée, l’exaspération est compréhensible. Je vous comprends, mais elle ne doit pas conduire à la relégation de nos frères et sœurs de la rue. La solidarité que j’incarne ne peut se réduire à des injonctions immédiates. Elle s’inscrit dans une stratégie à long terme exigeante, je le reconnais, partenariale et surtout profondément humaine. Je tiens à revenir sur la dignité humaine parce qu’elle mérite d’être reconnue dans sa complexité. Ce qui se joue ici ce n’est pas uniquement l’image de notre capitale, mais il s’agit vraiment de la dignité humaine de notre société de Mā'ohi Nui (NDT, Polynésie française), comme je l’ai souligné lors de la présentation de mon plan de dignité humaine et du schéma directeur de l’action sociale et médicosociale qui me servent de feuille de route en tant que ministre des solidarités et que vous avez adopté au sein de cette assemblée. Notre gouvernement, Madame la représentante, continuera à agir avec détermination et foi en partenariat et toujours dans le respect de chaque vie humaine. Et je le répète, c’est ensemble, uni, que nous pouvons réussir à instaurer la dignité humaine dans notre pays. Je vous remercie de votre écoute. Merci bien. Le président : Merci bien. Afin de respecter notre règlement intérieur, je vous invite à une réponse brève. Merci bien. J’invite Monsieur Édouard Fritch à prendre la parole pour poser sa question. QUESTION ORALE DE MONSIEUR ÉDOUARD FRITCH RELATIVE À « QUI PECHE DANS NOTRE ZEE ? » (Lettre n° 5550 SG du 10/06/2025) M. Édouard Fritch : Merci bien, président. Madame la vice-présidente, Mesdames et Messieurs les membres du gouvernement, mes chers collègues, Messieurs et Mesdames de la presse, Messieurs et Mesdames du public. Président, je crois qu’il faudra, avant que je vous lise ma question, que l’on modifie le règlement intérieur de cette assemblée. Les questions qui sont posées au gouvernement sont posées à un ministre et non pas à deux ou trois ministres et je crois — moi je ne vois pas d’observation particulière — mais je crois qu’il faudra prévoir effectivement que lorsqu’on fait répondre un ministre, que ce gouvernement s’organise pour que la parole circule entre les différents membres du gouvernement. Puisque j’observe, d’autre part, que vous perdez la direction du débat lorsque le gouvernement répond puisqu’ils se passent la parole entre eux. Bon, je ne vois pas d’inconvénient, Monsieur le président, mais dans ces cas-là, je pense qu’il faut le mettre. C’est un problème de respect ! De vous respecter, vous, président de l’institution, et de nous respecter, nous, membres de cette institution. Ça, c’est la première chose. La deuxième chose, lorsqu’on pose des questions, vous nous avez limité en matière de temps. Vous venez de rappeler à l’ordre le gouvernement, mais je pense qu’effectivement votre sonnette, là-haut, m’a terriblement manqué. Je ne sais pas, elle est devenue, tout d’un coup, sourd. On n’entend plus la sonnette. Donc, en d’autres termes, vous laissez dériver les débats. Moi, je veux bien, ça nous arrange d’autre part. Mais je crois qu’il était important qu’on vous le dise parce que les déclarations que l’on vient d’entendre, ce sont des déclarations que l’on connait depuis un certain temps. Et ça tombe bien, d’ailleurs, parce qu’on a l’impression que vous voulez noyer le poisson pour un sujet qui est tellement important. Et je vais vous parler de la zone économique, cet océan qui nous entoure parce qu’on est effectivement, on devient des spécialistes de noyeurs de poissons. Dans les dépenses que vous venez de nous donner sur l’affaire des SDF, je ne sais pas ce qu’en pense Madame Le Gayic, mais il y a un problème. C’est qu’on se répète. La dignité humaine, on connait. Mais quelles solutions ? On vous pose la question sur les maisons qui ont été livrées, un grand coup de publicité, vous répondez effectivement qu’il y a d’autres programmes qui… Mais que deviennent ces maisons, aujourd’hui, et à quoi servent-elles exactement ? L’autre ministre nous a effectivement précisé que c’est pour des personnes qui seraient éventuellement en stage là-bas. Enfin voilà, mais ce n’est pas destiné aux sans-domicile fixe. Depuis plusieurs années — c’est une question importante que je vous pose parce qu’elle fait l’objet de l’actualité — depuis plusieurs années, une désinformation persiste, alimentée notamment par certains cercles indépendantistes : celle d’un prétendu pillage de notre zone économique exclusive par des flottes étrangères. On évoque des « milliers de bateaux » venus de Chine, d’Europe ou d’ailleurs, qui viendraient puiser illégalement nos ressources halieutiques dans notre zone. Ces discussions, d’ailleurs, sont aujourd’hui sujettes à des divisions entre nos propres pêcheurs à nous-mêmes. J’entendais, ce matin, à la radio, encore une fois, les thoniers se battent contre les poti mārara (NDT, canots rapides pour la pêche à l'exocet). Enfin voilà ! La zone fait 5 millions km², elle est à notre disposition, mais on crée, encore une fois, par vos déclarations, on crée, voilà, des questions qui sont posées. Cette accusation de pillage, nous la récusons fermement. Elle ne repose sur aucun fait vérifiable, sur aucune preuve. Et elle est d’autant plus préoccupante qu’elle jette le doute sur la rigueur de notre surveillance maritime, sur le professionnalisme de nos pêcheurs, et sur la compétence exercée par la Polynésie française en matière de gestion des pêches. On va jusqu’à Nice pour annoncer que les pêcheurs, que les zones de pêche artisanale passent de 10 à 15 nautiques. C’est extraordinaire ! Extraordinaire ! Et on va dire que ce n’est pas de notre compétence. Bon enfin, voilà, on en est là ! Et de son côté, la marine française en Polynésie informe régulièrement les autorités du Pays, avec preuves à l’appui, que notre zone économique est bien surveillée. Depuis 1996, notre volonté est claire et constante. Nous l’avons fait sans l’autorisation de l’État. Nous avons décidé qu’aucun navire battant pavillon étranger, y compris français, européen n’est autorisé à pêcher dans notre zone économique. Seuls les navires polynésiens le peuvent. Cela représente environ 330 poti mārara (NDT, canots rapides pour la pêche à l’exocet). 25 bonitiers et 80 thoniers, tous immatriculés localement. Aucune licence n’a été délivrée à un armement étranger, y compris français dans notre zone économique, qui ne nous appartient pas, semble-t-il. Nous avons aussi fait le choix d’un modèle de pêche durable : seule la pêche à la ligne est autorisée. Les techniques destructrices, comme la senne ou les DCP dérivants, sont interdites. C’est cette exigence qui a permis à notre filière d’obtenir le label MSC de durabilité, reconnu internationalement pour son respect des écosystèmes marins. En revanche, nous savons que des pillages inquiétants existent au-delà de notre zone économique, au-delà donc de nos 200 nautiques, dans les eaux internationales, où la pêche industrielle, parfois incontrôlée, se développe. Mais c’est bien là-bas, et non ici, que se situent les problèmes. C’est au-delà de notre zone économique, d’autant que vous savez que ce poisson pélagique est un poisson migrant. Il ne reste pas dans nos zones. Notre ZEE, elle, est bien protégée. Les moyens déployés par l’État — et je veux parler des satellites, des frégates, des avions — assurent une surveillance continue et dissuasive. Peu de territoires insulaires dans le Pacifique disposent d’une telle capacité de contrôle, voire même dans le monde. Alors, Monsieur le ministre, je pose la question. Je sais que Monsieur le ministre n’est pas là et je ne ferai pas comme mon collègue Nuihau. Je ne veux pas retirer cette question parce qu’elle est d’actualité. Messieurs du gouvernement, pour couper court à ces discours de désinformation, et rassurer nos pêcheurs comme notre population, pouvez-vous confirmer solennellement devant cette assemblée qu’aucun navire de pêche étranger n’est autorisé à pêcher dans la ZEE polynésienne, que la pêche y est strictement réservée aux navires polynésiens, et que cette zone fait l’objet d’une surveillance constante et efficace ? Confirmez-nous — en d’autres termes, pour être beaucoup plus clair —, confirmez-nous la présence de bateaux étrangers dans cette zone. Puisque vous n’arrêtez pas de vous plaindre, dites-nous qu’on puisse avoir des preuves. Et si oui, donc, qui leur aurait donné l’autorisation de pêcher chez nous ? Je vous remercie. Le président : Voilà. Merci bien. Monsieur le ministre, Warren. M. Warren Dexter : Bonjour à toutes et à tous en cette matinée. Monsieur le président de l’assemblée, Mesdames et Messieurs les représentants, président Fritch. Mon collègue ministre de l’agriculture, des ressources marines, de l’environnement, en charge de la recherche et de la condition animale est actuellement à Nice aux côtés du Président et du ministre des grands travaux afin de participer à la troisième conférence des Nations unies pour l’océan. La Polynésie y est représentée au plus haut niveau ainsi que par l’ensemble des représentants de la société civile, le représentant du CÉSEC, associations, le monde économique du maritime. Il est à souligner également la participation de plusieurs maires polynésiens à cet événement international. Donc en son absence, je répondrai à votre question orale portant sur la réalité des activités de pêche au sein de notre zone économique exclusive et sur l’efficacité du dispositif de surveillance maritime. Je tiens à indiquer en préambule que notre pays est fier de l’ensemble de ses filières de pêche. Nous avons la chance, aujourd’hui, d’avoir une filière locale complètement 100 % intégrée dans la construction de tout type de bateau de pêche, de la formation initiale et continue, de la pêche et de la valorisation locale jusqu’à l’export vers les États-Unis et l’Europe. Nous avons une filière de pêche hauturière mature et professionnelle et nous avons également nos pêcheurs côtiers et lagonaires qui assurent une activité économique et fournissent une alimentation directe à plus d’un millier de familles. Tel que le prévoit l’article 47 de notre statut, la Polynésie réglemente et exerce les droits de conservation, de gestion, d’exploration et d’exploitation des ressources naturelles des eaux intérieures, de la mer territoriale et de la zone économique exclusive dans le respect des engagements internationaux. Depuis 2001, la Polynésie n’a délivré aucune licence de pêche à des navires étrangers, qu’ils soient chinois, européens ou métropolitains. Seuls les navires immatriculés localement, détenus et exploités par des citoyens polynésiens sont autorisés à pêcher dans notre ZEE. Concrètement, notre flottille se compose aujourd’hui de 82 palangriers hauturiers, 24 bonitiers et environ 320 poti mārara (NDT, canots rapides pour la pêche à l’exocet). Tous nos navires pratiquent une pêche à la ligne exclusivement, comme vous le soulignez, bannissant toute technique destructrice comme la senne ou les dispositifs de concentration des poissons dérivants. Ce choix incarne un modèle polynésien de pêche sélective et durable qui a permis à notre filière d’obtenir et de maintenir la certification internationale MSC, comme vous l’avez justement rappelé, gage de responsabilité écologique et de viabilité économique. Il convient également de rappeler que bien que les navires étrangers ne soient pas autorisés à exploiter les ressources halieutiques au sein des eaux polynésiennes, ils bénéficient en vertu de la convention des Nations unies sur le droit de la mer, la convention de Montego Bay de 1982, du droit de navigation ainsi que d’un droit d’accès portuaire dans le respect des réglementations en vigueur. Le passage de navires de pêche étrangers dans nos eaux est donc une réalité et peut créer une inquiétude légitime de la part de nos concitoyens. Une pression extérieure croissante : bien que notre ZEE soit strictement protégée, la pression s’intensifie à ses frontières. Selon les derniers rapports de la WCPFC et de la commission interaméricaine du thon tropical, environ 2 500 navires industriels étrangers opèrent dans les eaux internationales du Pacifique Sud, en particulier des senneurs. En 2023, les captures totales de thonidés dans le Pacifique centre et Est ont dépassé les 4 millions de tonnes dont plus de 15 % réalisés en haute mer, à proximité immédiate de notre ZEE. En 2024, la pêche hauturière polynésienne a prélevé 8 600 tonnes soit 0,2 % de l’effort de pêche dans le Pacifique. Seulement 0,2 %. Les flottes étrangères utilisent massivement les DCP dérivants, plus de 1 200 actifs par mois attirant artificiellement les stocks de juvéniles de bonites, thons jaunes et thons obèses, y compris aux abords de notre zone. Ces dispositifs, en dérivant librement, peuvent traverser notre ZEE polynésienne, affectant directement la disponibilité des ressources halieutiques pour nos pêcheurs. Une menace directe pour notre souveraineté alimentaire aussi. C’est précisément pour répondre à ces enjeux que le Président de la Polynésie, à l’occasion de la Conférence des Nations unies sur les Océans, a plaidé pour la sanctuarisation de notre ZEE. Cette ambition se traduit par la volonté du gouvernement de créer des aires marines protégées, en reconnaissant à l’international notre modèle d’aires marines gérées, conformément à nos usages et à notre vision du développement durable. Une surveillance exemplaire : Nous continuons avec l’État à assurer une surveillance permanente et dissuasive de notre espace maritime : 432 heures de mer et 50 heures de vol en 2024, 154 navires étrangers contrôlés ou survolés, aucune infraction constatée dans notre ZEE depuis 2007. Ces résultats sont rendus possibles grâce à des moyens maritimes, aériens, humains et technologiques coordonnés entre l’État et le pays. Nous souhaitons que ces moyens de surveillance et de recherche soient renforcés au regard de la pression extérieure grandissante. En conclusion : Aucun navire étranger n’est autorisé à pêcher dans la ZEE polynésienne. La pêche y est strictement réservée aux navires polynésiens dans le respect d’un modèle de gestion exemplaire. Notre ZEE fait l’objet d’une surveillance continue qu’il convient de maintenir et de renforcer si cela s’avérait nécessaire. Enfin, la préservation de ce modèle de pêche spécifique à notre pays, local, durable et responsable, est un enjeu stratégique de souveraineté alimentaire. Notre gouvernement restera pleinement mobilisé dans les instances régionales et internationales pour défendre nos intérêts, renforcer les régulations en haute mer et faire reconnaître notre ambition environnementale à travers la mise en place d’aires marines protégées à l’échelle de notre ZEE. Je vous remercie. Le président : J’invite Madame Odette à poser sa question. QUESTION ORALE DE MADAME ODETTE HOMAI RELATIVE À LA MULTIPLICATION DES TENTATIVES DE SUICIDE EN INTERNAT — QUELLE RÉPONSE GOUVERNEMENTALE COORDONNÉE ? (Lettre n° 5553 SG du 10/06/2025) Mme Odette Homai : Merci bien, Monsieur le président. Je vous adresse, à vous ainsi qu’à vous toutes et tous, mes salutations les plus chaleureuses. Je vais à présent vous donner lecture de ma question. Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les ministres, je m’adresse à vous aujourd’hui pour évoquer une réalité douloureuse qui traverse le quotidien d’une partie de notre jeunesse. Une réalité silencieuse, mais bien présente : celle du mal-être profond de certains de nos élèves, notamment ceux venus des archipels éloignés, qui vivent parfois dans l’ombre de leur souffrance, sans soutien adapté. Le mardi 3 juin dernier, j’ai été contactée en pleine nuit par une mère. Son fils, élève interne, venait d’être admis aux urgences à la suite d’une tentative de suicide. Ce drame aurait pu n’être qu’un cas isolé. Mais selon la famille, il s’agirait en réalité de la troisième tentative de suicide enregistrée dans ce même établissement en moins d’un an. Cette réalité locale reflète une tendance plus large, malheureusement confirmée par les chiffres disponibles : - en 2023, la Polynésie française enregistrait environ 40 tentatives de suicide par mois, selon les données du CHPF ; - trois sur quatre concernent des jeunes de moins de 25 ans ; - le suicide est devenu la première cause de mortalité chez les 25 à 45 ans en Polynésie ; - et depuis 2008, le nombre de tentatives est en augmentation : +150 cas supplémentaires en 2023 par rapport à 2019. Ces chiffres traduisent une détresse réelle, souvent liée à des facteurs identifiés : harcèlement scolaire, isolement, tensions familiales, violences domestiques. Plus récemment, la mère de l’élève m’a également fait savoir que la direction du lycée aurait refusé de réadmettre son fils à l’internat, malgré l’absence de solution alternative pour qu’il puisse poursuivre sa scolarité. Si cette décision est confirmée, elle reviendrait à éloigner un enfant en détresse du seul cadre susceptible de l’aider à se reconstruire, au moment où il en a le plus besoin. Ce que ces faits révèlent au-delà du choc humain, c’est une faille systémique. Nos internats accueillent des jeunes arrachés à leur cadre familial et affectif pour poursuivre leurs études à Tahiti. Ils sont parfois livrés à eux-mêmes, sans repère, ni soutien adapté. Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les ministres, je vous interroge solennellement : Quelles mesures concrètes et coordonnées le gouvernement compte-t-il engager, à travers les ministères de l’éducation, de la santé, des solidarités de la jeunesse, pour renforcer le soutien psychologique dans les établissements scolaires ; prévenir les risques suicidaires, notamment en internat ; assurer un cadre humain, bienveillant et stable ; et garantir qu’aucun élève en détresse ne soit exclu ou abandonné par le système scolaire ? Notre responsabilité est immense. Elle est politique, éducative, humaine. Il ne s’agit pas seulement d’interpeller : il faut agir, pour qu’aucun enfant du pays ne reste seul face à sa souffrance. Merci. Le président : Merci. Monsieur le ministre. M. Ronny Teriipaia : Bonjour à toutes et à tous en ce début de matinée. Un grand merci à notre représentante de l’assemblée pour sa question, qui aborde un sujet essentiel : le suicide, particulièrement préoccupant chez les jeunes. Madame la représentante, le suicide chez les jeunes en Polynésie française est un sujet préoccupant qui mérite évidemment une attention particulière. Les chiffres avancés dans votre question sont confirmés par les données de la veille réactive du CHPF : - en 2023, 40 tentatives de suicide par mois ont été recensées, contre 26 par mois en 2022 et 23 par mois en 2021 ; - en 2024, cette tendance s’aggrave avec une moyenne de 40 à 45 tentatives de suicide par mois. Ces données recouvrent des réalités multifactorielles : harcèlement scolaire, isolement affectif, ruptures familiales, précarité économique et violences intrafamiliales. Conscients de l’urgence, nous avons engagé une démarche intersectorielle coordonnée entre les ministères de la santé, de la jeunesse, de l’éducation et des solidarités. Au niveau de l’éducation, les remontées statistiques faites par les établissements scolaires à la DGEE nous indiquent : - en 2023-2024 :14 tentatives de suicide en collège et 8 en lycée,1 suicide abouti en collège et 3 en lycée ; - en 2024-2025 : 6 tentatives de suicide en collège et 4 en lycée. 0 suicide abouti en collège et 1 en lycée. Au sein des établissements scolaires, des interventions interprofessionnelles sont organisées avec les infirmiers scolaires, les assistants sociaux, les conseillers principaux d’éducation, les psychologues de l’éducation nationale afin de sensibiliser les élèves à différentes thématiques telles que la vie affective, la gestion des émotions, ou encore la prévention des conduites à risque. Ces actions peuvent prendre la forme de cafés-parents, de journées de sensibilisation ou de séances ciblées selon les problématiques rencontrées au sein des établissements. Nous avons également les Margaret's Place au lycée Diadème et au lycée de Taravao. Cette démarche de l’éducation est complétée par une mobilisation structurée et conjointe avec les ministères concernés et les associations : - le Fare Tama Hau intervient régulièrement dans les classes, tient des stands lors des journées de sensibilisation, met en place des points d’écoute à Tahiti et propose des interventions en visioconférence pour les élèves des îles selon les situations ; - le Centre de prévention de soins et d’accompagnement en addictologie (CPSA) organise des ateliers en classe, des points d’écoute, et des temps d’échange pour les professionnels concernés par les addictions, favorisant l’échange de pratiques et la co-construction de pistes d’action ; - l’équipe de l’hygiène scolaire de Hamuta et les infirmiers de la direction de la santé interviennent dans les établissements scolaires sur les thématiques choisies par les équipes éducatives : alimentation, estime de soi, vie affective ; - l’association SOS Suicide intervient dans les établissements, y compris dans les îles, à la demande des équipes éducatives ; - la Maison de la protection des familles propose des interventions sur les violences et les addictions en milieu scolaire ; - l’équipe de pédopsychiatrie présente à Tahiti et dans les îles assure le suivi et l’orientation des élèves, nécessitant une prise en charge psychologique spécialisée ; - le 119, numéro national gratuit et confidentiel, est accessible 24 h/24 et 7 j/7 pour l’enfance en danger ; - la création, début 2025, de la Cellule d’urgence médico-psychologique 987 (CUMP) permet désormais une réponse structurée en cas de crise, avec un ancrage territorial clair ; - les travaux de la Task force suicide débutés en 2024, aboutiront à un plan d’action de lutte contre le suicide porté par le ministère de la santé et structuré autour de quatre axes : - l’accompagnement des populations ; - la prévention primaire des comportements suicidaires ; - la prévention secondaire pour l’accompagnement des populations à risque des familles ; - la veille épidémiologique et la réduction des inégalités d’accès aux outils de prévention. L’ARASS pilote actuellement une refonte du système de recueil des causes de décès en lien avec le CHPF et la Justice, pour fiabiliser les statistiques sur les suicides. Une surveillance épidémiologique réactive est déjà assurée par les urgences du CHPF, avec une remontée mensuelle des données. Concernant le champ de la jeunesse, le Schéma directeur de la jeunesse 2025-2035, piloté par le ministère de la jeunesse en interministérialité, vise à agir sur le bien-être psychique et émotionnel des jeunes. Plusieurs projets concrets ont été construits à partir des réalités de terrain : cartographie de ressources et renforcement des tournées de santé mentale dans les archipels, création d’un réseau d’écoute structuré autour du harcèlement, soutien aux dispositifs d’hébergement post-cure pour les jeunes en sortie de soins liés aux addictions et création d’un comité de production de supports de prévention sur le harcèlement, la santé mentale. Tous ces projets feront l’objet d’une présentation au Comité de pilotage de la politique de la jeunesse, le 19 juin prochain, en vue de leur validation et de leur déploiement opérationnel dès le second semestre 2025. Concernant la situation évoquée dans votre question, l’établissement scolaire, que je ne nommerai pas par respect pour l’élève, a réagi immédiatement. Le soir de l’incident, l’élève a été évacué par les pompiers. Dès le lendemain, une cellule d’écoute a été mise en place pour ses camarades de classe et les internes. Chaque situation grave fait l’objet d’un signalement et mobilise systématiquement des personnels de l’établissement scolaire pour soutenir les élèves et les familles. Il reste toutefois difficile de détecter certains signes de détresse chez des jeunes qui ne parviennent toujours pas à exprimer leurs besoins. Le milieu scolaire demeure un environnement privilégié pour mener des actions de prévention, susceptibles d’avoir un impact durable. Les formations « sentinelles », menées avec SOS Suicide, responsabilisent les élèves à repérer et orienter leurs pairs en souffrance. Ce drame ne peut rester une douleur muette. Le pays, en coordination avec les associations, les professionnels de santé, de l’éducation et les familles, prend ses responsabilités. Nous faisons le choix — évidemment — de l’écoute, comme nous tous d’ailleurs, de la prévention active et de la bienveillance. Aucun jeune ne doit être laissé seul face à sa détresse. Nous vous remercions pour votre engagement sur ce sujet vital et nous nous tenons à votre disposition pour poursuivre ce travail essentiel. Merci. Que l’amour règne. Le président : Voilà, merci bien. La parole est à Maurea. Mme Maurea Maamaatuaiahutapu : Merci, Monsieur le président. Mes salutations à tous en cette rencontre en ce nouveau jour. Mesdames et Messieurs du gouvernement, chers collègues élus, je vais retirer ma question orale et la reposerai à la prochaine séance, parce que je voudrais la poser directement à notre Président du Pays. Merci bien. Le président : Voilà, merci bien. Cette dernière intervention vient clore la séance de questions orales de notre séance et je vous invite à passer à l’examen de nos textes. Par contre, avant d’entamer cela, je voudrais vous rappeler que le règlement intérieur prévoit trois minutes pour chacun d’entre nous et que de ce fait, il faut éviter de saisir plusieurs ministres pour y répondre (NDT, aux questions orales) car j’ai vu qu’il y avait cela dans une des questions orales qui nous avaient été envoyées. Non, lorsque vous formulez votre question, adressez-là à un seul ministre, ou bien au Président, à la vice-présidente ou bien aux autres ministres. Ensuite, à vous chers ministres, informez le Président et l’ensemble qu’il n’y a que trois minutes. Autrement dit, ce que l’on attend de la question, c’est qu’elle soit la plus précise possible. Trois minutes sont prévues pour chaque membre de l’assemblée et, à votre niveau, vous disposez de cinq minutes pour donner une réponse synthétique. Par contre, il faut une réponse bien précise et éviter de trop la développer sinon nous allons rater la réponse qui est attendue de vous. Madame la vice-présidente. Mme Minarii Galenon-Taupua : Merci, Monsieur le président. Non, je voudrais juste que le président Fritch accepte mes excuses car il disait que je vous avais manqué de respect. Recevez mes plates excuses. Merci bien. Le président : Voilà, merci Madame la vice-présidente. Les rapports peuvent être consultés sur le site internet de l'assemblée de la Polynésie française à l'adresse www.assemblee.pf |







