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Rapport n° 36-2025 relatif à un projet de délibération portant approbation de l'adhésion de la Polynésie française à l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF)

Paru in extenso au JOPF n° 14 NA du 11/08/2025 à la page 1645

Rapport n° 36-2025 relatif à un projet de délibération portant approbation de l’adhésion de la Polynésie française à l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF)


Présenté par Mme et M. les représentants Hinamoeura Morgant et Allen Salmon

Le président : On poursuit avec le rapport n° 36-2025.

J’invite le rapporteur… Qui est-ce ?

M. Allen Salmon : Je suis là.

Le président : Qui ça ?

M. Allen Salmon : Monsieur le président, ici.

Le président : Allen. OK.

Vous avez la parole, Allen.

M. Allen Salmon : Chers élus de l’assemblée, chers membres du gouvernement de Mā'ohi Nui (NDT, la Polynésie française), mes salutations ! Notre président-fondateur du Tavini huiraatira, Oscar Manutahi Temaru, notre sénatrice et notre députée, aussi présidente du groupe A here ia Porinetia, mes salutations à toutes et à tous, élus de l’assemblée de notre pays ; recevez mes respect et déférence.

Notre propos aujourd’hui, c’est l’adhésion de notre territoire au sein l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), sans altérer l’imminence de notre langue maternelle, la langue polynésienne.

Donc, par lettre n° 1690 PR du 14 mars 2025, le Président de la Polynésie française a transmis aux fins d’examen par l’Assemblée de la Polynésie française, un projet de délibération portant approbation de l’adhésion de la Polynésie française à l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).

Depuis la révision statutaire de 2019, la Polynésie française peut, avec l’accord des autorités de la République, être membre ou membre associé d’organisations internationales ou observateur auprès de celles-ci. C’est sur cette base juridique que la Polynésie française souhaite adhérer à l’OIF.

Créée en 1970, l’OIF compte 93 États et gouvernements en tant que membres, membres associés et observateurs. L’OIF a notamment pour mission principale de promouvoir la langue française — mais pas que — et la diversité culturelle et linguistique, de promouvoir aussi la paix, la démocratie et les droits de l’Homme. Son organisation est dirigée par un Secrétaire général et sa gouvernance repose sur trois instances politiques : la Conférence des Chefs d’État et de gouvernement, appelée « Sommet de la Francophonie » ; la CMF, c’est la Conférence ministérielle de la Francophonie ; le CPF (Conseil permanent de la Francophonie).

Par lettre du 28 mai 2024, le Président de la Polynésie française a sollicité de l’OIF l’adhésion de la Polynésie française en tant que membre observateur. Ce statut offre une approche progressive d’intégration au sein de la Francophonie, permettant de se familiariser avec les dynamiques internes. La cotisation annuelle pour les membres observateurs est ainsi de 23 000 euros par an (soit environ 2,750 millions F CFP). Le statut d’observateur représente donc une option flexible et stratégique, permettant d’évaluer l’OIF de l’intérieur, avant de s’engager plus avant de manière contraignante. Les États et gouvernements observateurs assistent aux Sessions du Sommet, de la CMF et du CPF, mais n’assistent pas à leurs séances à huis clos ni aux réunions des commissions et comités du Conseil permanent de la Francophonie. Ils peuvent cependant être invités à assister à certaines réunions de groupes de travail.

La XIXe Conférence des chefs d’État et de gouvernement, réunie les 4 et 5 octobre 2024 à Villers-Cotterêts et Paris, a répondu favorablement à l’adhésion de la Polynésie française auprès de l’OIF en qualité d’observateur.

Cette adhésion implique par ailleurs de multiples enjeux et perspectives de coopération. Elle permettra à la Polynésie française de bénéficier du réseau international de l’OIF, en prenant part aux actions de coopération et en partageant les bonnes pratiques notamment dans les domaines économiques, sociétaux, culturels et éducatifs. Au niveau régional, cette adhésion renforcera les rangs du réseau Asie-Pacifique de l’OIF et au niveau local, elle s’inscrit dans la droite ligne de l’adhésion de notre assemblée à l’Assemblée parlementaire de la Francophonie depuis 2019. Il est à noter que l’Université de la Polynésie française est également membre du réseau Asie-Pacifique de l’Agence universitaire de la Francophonie.

Cette adhésion permet également à la Polynésie française de bénéficier du soutien de l’OIF sur le plan culturel notamment sur la promotion et la préservation du plurilinguisme, sur le plan économique notamment en matière d’entrepreneuriat — à ce titre, la Polynésie française souhaite organiser en septembre 2025 le 1er Forum de la jeunesse francophone d’Asie-Pacifique dédié au tourisme durable — ainsi que sur les plans éducatifs, scientifiques et sportifs, la Polynésie française étant d’ores-et-déjà invitée à participer aux 10e Jeux de la Francophonie en juillet 2027.

Le présent projet de délibération vise ainsi à entériner l’adhésion de la Polynésie française à l’OIF, dernière étape de la procédure avant que le pays ne puisse pleinement mettre en œuvre les droits et devoirs incombant à son statut de membre observateur.

L’examen du présent projet de délibération en commission, le 26 mars 2025, a suscité des échanges portés principalement sur les points suivants :

- cette adhésion permettra de donner une nouvelle dimension au rayonnement international de la Polynésie française par l’accès à de nouveaux réseaux et de bénéficier de nouvelles expériences, particulièrement en matière de jeunesse et de sports ;

- la démarche d’adhérer à l’OIF, librement décidée par le gouvernement de la Polynésie française, a fait l’objet d’un groupe de travail coordonné par la DAIEP et intégrant plusieurs ministères et services ainsi que l’Assemblée de la Polynésie française, faisant écho aux grandes thématiques de l’OIF : le plurilinguisme et la démocratie.

À l’issue des débats, le présent projet de délibération a recueilli un vote favorable unanime des membres de la commission. En conséquence, la commission des institutions, des affaires internationales et des relations avec les communes propose à l’Assemblée de la Polynésie française d’adopter le projet de délibération ci-joint. Merci et merci bien.

Le président : Merci beaucoup. Pour examiner ce rapport, le temps de parole est de : 36 minutes pour le Tavini, 15 pour le Tapura et 9 pour les non-inscrits.

J’invite maintenant le Tavini à prendre la parole : Pauline.

Mme Pauline Niva : Monsieur le président de l’assemblée, Madame la secrétaire générale, Jeanne, les collaborateurs, Monsieur le Président du gouvernement, nos ministres et vos collaborateurs, nous qui sommes élus, Mesdames la sénatrice et la député, mes salutations.

La langue est telle une lumière. Une langue, c’est une lumière. Ainsi, deux langues font deux lumières. Et plus il y a de langues, plus la connaissance abonde.

C’est avec ce proverbe fleuri de notre langue tahitienne que je veux entamer mon intervention. Car il nous rappelle que toutes les langues du monde sont des odes à l’intelligence humaine, qu’elles sont précieuses, et qu’elles sont autant de fenêtres pour l’esprit et pour l’âme.

Ce proverbe, comme toutes les sagesses populaires, nous rappelle aussi le combat que des générations de polyglottes ont dû mener pour faire respecter la pluralité linguistique de notre territoire, à l’époque où, encore dans l’enseignement public, la pratique des langues vernaculaires était considérée comme un obstacle à la maîtrise du français. Aujourd’hui, on sait qu’il n’en est rien, et que toutes ces tentatives d’obstruction au développement des langues régionales ont été en réalité très néfastes.

Nous avons la chance de vivre dans un pays multilingue, où les cultures et les langues vernaculaires de notre partie de la Polynésie côtoient des langues que les alizés ont emporté avec elles il y a de cela quelques siècles. Ces langues venues de pays lointains ont ensuite pris racine dans le paysage culturel polynésien. C’est le cas de la langue hakka, mais aussi — et surtout, puisque c’est celle qui occupe notre attention aujourd’hui — du français.

La langue française, qui est de facto la langue principale de l’ensemble des Polynésiens et qui, à ce titre, a toute sa place dans notre pays, a une histoire complexe et une relation nuancée avec notre peuple et nos cultures locales. Autrefois, elle a été la langue de la colonisation et a trouvé, dans cette grande entreprise coloniale française, son rôle le plus funeste durant l’ère nucléaire du CEP, en tant que langue d’assimilation, au détriment de nos langues vernaculaires. Encore aujourd’hui, elle prend beaucoup de place dans notre société, se substituant souvent à nos langues locales au sein même du milieu familial.

Ceci étant dit, je ne veux pas en faire un sujet de polémique ici, car le français constitue pour la plupart de nos familles polynésiennes leur langue maternelle, au même titre que les langues polynésiennes. Eh oui. Et cela… En cela, il a toute sa place dans ce pays et dans le cœur de nos identités.

Eh oui, dites-moi qui n’aime pas le fromage, les saucisses, le pain et le vin !

Mais il me semble nécessaire, aujourd’hui, alors que nous avons la volonté d’intégrer l’Organisation internationale de la Francophonie en tant que membre observateur, de ne pas occulter ce passé. Nous savons d’où nous venons, mais nous connaissons aussi la valeur de toutes nos richesses culturelles, qu’elles relèvent de nos traditions millénaires ou des apports plus récents du contact avec l’Occident, dont le français est issu.

D’autre part, solliciter le statut de membre observateur au sein de l’OIF va au-delà d’une simple démarche de reconnaissance du français en tant que langue à part entière de notre société. Et c’est surtout, pour nous, le franchissement d’un nouveau seuil dans notre participation active aux relations internationales.

De plus, ce choix n’est pas un hasard. Il est d’abord le fruit d’une évolution statutaire souhaitée et obtenue en 2019, avec la modification de l’article 42 de notre statut d’autonomie. Cette révision a permis de lever une contrainte majeure : la limitation géographique à la région Pacifique. Désormais, avec l’aval des autorités républicaines, notre pays peut devenir membre d’organisations internationales, indépendamment de leur ancrage géographique. Et c’est dans ce cadre que la présente adhésion s’inscrit pleinement.

Parce que la Francophonie, ce n’est pas uniquement la défense du français. C’est un espace politique, économique, éducatif et culturel qui compte aujourd’hui 93 États et gouvernements, représentant plus de 320 millions de francophones. C’est une communauté fondée sur le dialogue, la diversité, le respect mutuel et la solidarité, des valeurs que nous partageons profondément en tant que peuple.

Outre les grands chiffres que je viens de donner, l’OIF, c’est aussi une organisation qui agit concrètement en faveur de :

- l’éducation et la formation des jeunes ;

- la coopération économique et entrepreneuriale ;

- la promotion de la culture ;

- la démocratie et les droits humains ;

- et la préservation du plurilinguisme et des identités culturelles.

Autant de champs d’action donc qui répondent directement à nos priorités de développement durable, de justice sociale et de rayonnement international.

Le choix du statut d’observateur est également réfléchi et stratégique. Il permet à la Polynésie française d’intégrer progressivement les cercles de la Francophonie, d’assister à ses principales réunions, de prendre la parole, sans pour autant supporter dès à présent les obligations d’un membre à part entière. C’est une phase d’apprentissage, de réseautage, de positionnement. Une phase de consolidation.

Et déjà, les effets sont visibles. Depuis l’admission décidée en octobre dernier, la Polynésie française a été invitée à la Conférence des ministres de la Culture au Québec, aux Jeux de la Francophonie en Arménie prévus en 2027, et bénéficie d’un accès direct à de nombreux événements, notamment à Paris, au siège de l’OIF.

En outre, les bénéfices concrets de cette adhésion sont multiples :

- sur le plan culturel, c’est une occasion unique de porter la voix de notre peuple, de valoriser notre patrimoine, nos langues, nos créations artistiques, dans un espace mondial qui reconnaît la diversité culturelle comme une richesse ;

- sur le plan éducatif et scientifique, c’est l’accès à des réseaux de formation, de bourses, d’échanges universitaires – notamment via l’Agence universitaire de la Francophonie, à laquelle — comme mon collègue Allen l’a soulevé — notre université adhère déjà ;

- sur le plan économique, c’est un soutien direct à l’entrepreneuriat des jeunes, et à des projets tels que le 1er Forum de la jeunesse francophone d’Asie-Pacifique, que nous accueillerons à Tahiti en septembre prochain, avec l’appui du bureau régional de l’OIF basé à Hanoï ;

- sur le plan sportif et identitaire, c’est une reconnaissance supplémentaire pour nos jeunes, pour nos disciplines culturelles, pour notre capacité à créer du lien et du sens au-delà de nos îles.

Cette adhésion s’inscrit dans la continuité de notre engagement au sein de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie, auquel la Polynésie française participe depuis 2019. Elle illustre notre volonté constante de faire entendre notre voix dans les espaces internationaux où se décide l’avenir des peuples francophones.

Je veux réaffirmer enfin, qu’en rejoignant la grande famille de la Francophonie, nous ne renonçons à rien de nos identités profondes. Bien au contraire, nous faisons le choix de les affirmer et de les défendre dans un cadre multilatéral qui reconnaît leur valeur intrinsèque et leur importance, pour nous-mêmes comme pour l’humanité tout entière.

Ce choix est aussi un geste de lucidité et de fraternité. Car aujourd’hui, il y a plus de francophones à Kinshasa qu’à Paris. Si l’on continue avec l’exemple des pays africains, l’Afrique, avec ses 141 millions de locuteurs — soit près de 60 % des francophones dans le monde — est le véritable cœur battant de la Francophonie. Et c’est bien souvent dans les anciennes colonies françaises que l’héritage linguistique est le mieux préservé et valorisé.

Je crois aussi qu’en tant que peuples ayant partagé l’histoire de la colonisation, nous savons ce que signifie l’assimilation, et l’hégémonie d’une culture sur une autre, nous connaissons les enjeux de la préservation de nos langues, de nos cultures et de nos identités. Et c’est dans cet esprit de solidarité, de dialogue et de dignité que nous souhaitons prendre pleinement part à cette communauté francophone mondiale.

Chers représentants, par cette adhésion, nous, élus du Tavini huiraatira, montrons ainsi notre ouverture d’esprit vers la France et mieux encore, vers le monde.

Ainsi, cher(e)s collègues, je vous invite à voter favorablement cette délibération.

Merci.

Le président : Voilà. Merci bien.

Le Tapura huiraatira a la parole : Lana.

Mme Lana Tetuanui : Merci, Monsieur le président. Mais je vais enfreindre un peu le règlement intérieur puisque je n’ai pas arrêté de lever mon doigt, juste avant qu’on entame la discussion sur ce projet de loi ; pour souscrire ce qui a été demandé par mon collègue représentant, Tematai Le Gayic, et prendre acte de ce qui a été répondu par notre ministre de l’Agriculture, à savoir demander... Eh bien, bien sûr, c’est le conseil d’administration qui devra acter le report de la date du 30 en attendant… en attendant une éventuelle issue enfin, de ce qui va en sortir des discussions par rapport à ce que la majorité va décider. En tout cas, en ce qui nous concerne, je ne vais pas en démordre à savoir proposer un amendement dans le prochain collectif pour venir abonder le budget de l’ÉPIC Vanille.

Pour revenir un peu à notre OIF. Tiens, j’étais toute fébrile de vous entendre applaudir ce soir. J’allais m’endormir quand, soudain, je vous ai entendu : J’ai presque envie de t’applaudir cet après-midi. Je me suis dit, moi j’ai grandi un peu au saumon en conserve et concombres, ou quoi… Bien, on loue et on mentionne les fromages, saucisses des Français. Bravo ! Bravo ! Comme quoi, c’est bon, tout compte fait, hein ? Le hasard des choses a voulu que ça soit moi qui doit intervenir pour le Tapura sur l’OIF, créé en 1970, c’est l’année de ma naissance. Pas mal, pas mal. C’est du bon crû, ça, comme on dit dans votre langue.

Révision statutaire du 5 juillet 2019. Monsieur le Président était alors député, avec Nuihau, nous étions sénateurs. On a porté la révision statutaire du 5juillet 2019, où justement on s’est battus contre vos copains qui sont à Paris pour qu’on puisse enfin accéder à ces organisations, pour ne citer que l’OIF aujourd’hui. J’ai presque envie d’applaudir… presque envie d’applaudir. Le champ possible est ouvert. Comme quoi, comme quoi, c’est pas mal le statut d’autonomie interne. Il faut le reconnaître, parce que c’est ce statut qui nous permet aujourd’hui de pouvoir aller... Enfin, pour le moment, c’est juste en tant que membre observateur, mais l’idéal président, c’est d’être pleinement impliqué. On ne fait pas les choses à moitié et on arrête de tourner autour du pot. C’est le cas de la Nouvelle-Calédonie, qui est déjà membre aujourd’hui.

Ce projet, qui ne date pas d’hier, son contexte, un nouveau pas marquant de nature, a contribué au rayonnement de Tahiti, de la Polynésie et ses îles, de Tahiti et ses îles, la Polynésie, sur la scène internationale, au sein d’une communauté forte de 321 millions d’âmes dans le monde. Autant de portes qui s’ouvrent avec à la clé, pourquoi pas, de nouveaux débouchés commerciaux et des clients potentiels pour notre industrie touristique.

Regrettons néanmoins une certaine fébrilité dans la volonté politique affichée, puisqu’il s’agit ici, dans un premier temps, de siéger en tant que membres observateurs et non membres associés, comme nos voisins du Caillou. À ce propos, j’ose espérer que ce choix n’a pas été opéré sur la base de simples considérations financières.

En effet, il faut savoir, et ça a été rappelé par le rapporteur, que la cotisation annuelle à l’OIF varie selon le statut des membres de 2,750 millions à 9 millions de F CFP. Pour une collectivité comme la nôtre, dont le budget modifié 2025 vient de franchir le cap des 200 milliards de francs pacifiques, il n’y avait pas péril en la demeure.

En revanche, nous vous rejoignons sur un point, celui de l’intérêt réel assiégé au sein d’une organisation internationale, quelle qu’elle soit, et de devoir déployer les moyens humains nécessaires à l’accomplissement des nombreuses tâches afférentes. Toujours est-il que l’organisation internationale et la francophonie comptent de nombreux atouts, à commencer par l’existence d’un formidable réseau d’experts au travers plus d’un millier d’établissements universitaires dans le monde. Raison certainement pour laquelle la jeunesse polynésienne pourrait en retirer quelques bienfaits que vous ne manquerez pas, je suis sûre, de nous exposer aussi.

Aussi, j’aurais envie de vous dire que l’essentiel n’est pas tant d’adhérer ou non à l’OIF, mais plutôt d’envisager la suite avec détermination et volontarisme pour que cette collaboration soit la plus fructueuse possible. Vous aurez compris que le groupe Tapura huiraatira votera favorablement ce texte.

Je vous remercie.

Le président : Merci.

Teave.

Mme Teave Boudouani-Chaumette : Monsieur le président de l’Assemblée de la Polynésie française, Monsieur le Président du pays, Madame la vice-présidente, Mesdames et Messieurs les ministres, chers collègues, cher public, chère sénatrice.

Nous sommes aujourd’hui saisis sur une décision relative à l’adhésion de la Polynésie française à l’Organisation internationale de la francophonie en qualité de membre observateur. Ce choix, initié par le gouvernement de la Polynésie française et soutenu par un groupe de travail interministériel, mobilisant plusieurs secteurs clés (éducation, culture, jeunesse, sport, solidarité) traduit une volonté claire : renforcer notre présence sur la scène internationale.

La révision statutaire de 2019 a levé la limite géographique qui empêchait la Polynésie française d’adhérer à des organisations hors du Pacifique. Ce projet d’adhésion s’inscrit donc pleinement dans le cadre de notre autonomie renforcée en vertu de l’article 42 de notre loi organique.

L’adhésion à l’OIF, en tant qu’observateur, ne nous engage pas financièrement de manière démesurée (2,115 millions de F CFP par an), mais elle nous ouvre les portes d’un réseau de 93 États et gouvernements représentant 321 millions de francophones dans le monde. L’OIF, ce n’est pas seulement la langue française, c’est aussi une vision du monde fondée sur le plurilinguisme, le dialogue interculturel, la solidarité et la promotion des droits humains. Ces valeurs rejoignent celles inscrites dans notre propre statut d’autonomie, notamment à l’article 57, qui reconnaît à la fois le français comme langue officielle et le tahitien et les autres langues polynésiennes comme socle de notre identité culturelle. L’adhésion à l’OIF nous permet donc de faire rayonner notre culture polynésienne dans toute sa singularité, dans le respect de notre pluralisme linguistique et culturel.

Sur le plan éducatif et scientifique, la participation de l’Université de la Polynésie française au réseau de l’agence universitaire de la francophonie constitue déjà un ancrage. L’OIF facilitera encore la mobilité, les échanges et les financements pour nos étudiants et chercheurs.

Sur le plan économique, la Polynésie française accueillera en 2025 à Tahiti le premier forum de la jeunesse francophone d’Asie-Pacifique dédié au tourisme durable, avec le soutien du Bureau régional de l’OIF basé à Hanoï. Ce statut d’observateur n’est pas une fin en soi, mais un point d’entrée stratégique. Il nous permettra d’observer, d’apprendre, de nous positionner dans les grands débats francophones et, demain, si nous le souhaitons, d’accéder au statut de membre associé. Comme cela a été rappelé lors des débats en commission, cette adhésion complète notre engagement au sein de l’Assemblée parlementaire de la francophonie, dont notre institution est membre depuis 2019.

Sur le plan culturel et sportif, nous sommes déjà invités à la cinquième conférence des ministres de la culture francophone et aux Jeux de la Francophonie 2027 à Erevan. Autant d’occasions de partager nos talents, nos artistes, notre créativité.

En votant aujourd’hui en faveur de cette adhésion, nous ne faisons pas que rejoindre une organisation internationale. Nous affirmons notre voix, notre culture et notre jeunesse dans le concert des nations francophones. Nous plaçons la Polynésie française dans une dynamique d’ouverture, de coopération et de projection internationale qui bénéficiera à tous les secteurs de notre société.

Toutefois, Monsieur le Président, si cette adhésion s’inscrit en cohérence avec les actions initiées par l’Assemblée de la Polynésie française sous l’égide de son ancien président, et que cette initiative ne date pas d’hier, comme cela a été rappelé lors des échanges en commission législative, je peine à saisir la cohérence de cette adhésion portée avec les actions conduites par votre majorité en faveur d’un dialogue de décolonisation avec l’État, et plus généralement la considération apportée aux valeurs républicaines. Le président, Monsieur Oscar Temaru, a d’ailleurs soulevé cette question en commission en indiquant qu’il convenait d’y adhérer en tant que pays faisant partie de la liste des pays à décoloniser depuis 2013 et ne pas s’interdire d’intégrer d’autres OIF anglophones, ou asiatiques.

Je vous remercie.

La présidente : Merci bien.

Plus de discussion sur ce rapport ? Je redonne la parole au gouvernement du pays.

M. Moetai Brotherson : Merci bien pour vos interventions.

Alors l’OIF, d’abord, il ne faut pas s’y tromper. Les quatre pères fondateurs de l’OIF se nomment Léopold Sédar Senghor, père de l’indépendance du Sénégal, Habib Bourguiba, père de l’indépendance de la Tunisie, Hamani Diori, père de l’indépendance du Niger, et Norodom Sihanouk, père de l’indépendance du Cambodge. Donc, pour moi, la francophonie c’est tout, sauf un instrument de perpétuation d’une forme de colonialisme ou de néocolonialisme.

Je vais citer Léopold Sédar Senghor qui disait que la francophonie, c’est cet humanisme universel qui nous unit autour de la terre. C’est dans ce sens-là qu’on vous propose cette adhésion, l’adhésion progressive. Elle n’est plus là, mais notre sénatrice citait en exemple nos frères, nos amis calédoniens. Aujourd’hui, ils se mordent un peu les doigts d’être membre associé, puisque la participation a doublé financièrement. Et outre la participation financière, il y a des obligations de reporting, pour parler français, il y a des rapports qui doivent être rendus notamment par le système éducatif qui sont exigés par l’OIF qui sont assez compliqués à fournir et qu’ils ont beaucoup de difficultés à fournir. C’est pour ça que nous on a choisi la voie progressive d’abord d’être membre observateur et puis on verra plus tard s’il y a matière à aller plus loin. Donc moi, l’OIF, si c’est pour être en compagnie de Senghor, Bourguiba, Hamani Diori et Norodom Sihanouk, ça me va.

Le président : Monsieur Temaru.

M. Oscar, Manutahi Temaru : Bonjour à toutes et à tous en ce bel après-midi. Au gouvernement du pays, à l’assemblée, aux membres élus, recevez mes salutations.

Il est parfois difficile, selon moi, d’aborder la question de la langue française. Le point de départ devrait être d’encourager nos enfants à apprendre toutes les langues.

Je ne pense pas que ce projet — malgré les beaux discours qui essaient de le rendre séduisant —soit un projet dénué de visée politique. Et c’est bien ce qui m’inquiète, car nous sommes 300 000 habitants à dire que nous sommes les dépositaires de la richesse de ce pays.

Ils sont des millions, des millions à venir de l’extérieur pour dire qu’ils sont les garants de cette richesse. Cela pourrait aussi devenir un moyen d’assujettir notre manière de penser à la pensée française, à travers notre esprit.

Regardez notre sénatrice : auparavant, elle ne maîtrisait pas bien la langue française. (Rires dans la salle – Réaction inaudible de Mme Lana Tetuanui). Quand elle était au Tavini, elle ne parlait que tahitien. Et maintenant, elle maîtrise parfaitement le français. C’est justement cela qui me gêne.

Il y a de nombreuses langues dans notre pays qui ne sont pas enseignées à nos enfants. Enseignez à nos enfants la langue marquisienne. Que l’enfant marquisien apprenne aussi le tahitien. Mais les autres, ne savent même pas parler tahitien aux enfants marquisiens. Regardez bien. Il en va de même pour les Tuamotu : c’est la même situation. Cette richesse, si elle était mise à profit aujourd’hui pour nous, servirait à enseigner à nos enfants qui ils sont vraiment, qui est chacun d’eux au plus profond de lui-même. Regardons ce qu’il se passe dans l’hémicycle de notre pays ces derniers jours : le Président, lui-même, ne parle pas le tahitien. Comment est-ce possible ! ...

Je ne soutiens pas cette idée — ne m’en voulez pas. Ce que nous disons à nos enfants qui vont à l’école, c’est bien cela : oui, il faut apprendre plusieurs langues. Mais avant tout, enseignons-leur la vérité. Et non pas le mensonge qu’on a entendu ces derniers jours.

Voilà un peu ce que je voulais dire. Merci bien.

Le président : Merci bien.

Article 1er

Le président : Je vous demande quel est votre avis sur l’article 1er ? ...Pas d’intervention ? Je mets aux voix (Réaction inaudible de Mme Lana Tetuanui). Pour. Pas de voix contre ?... Voilà.

Article 2

Le président : Nous passons à l’article 2, même vote.

Pour l’ensemble de la délibération, même vote. Adopté.

Il y a aussi le NAM. Nous devons penser également à intégrer celui-ci. Ils en font partie aussi. Merci.



Les rapports peuvent être consultés sur le site internet de l’assemblée de la Polynésie française à l’adresse www.assemblee.pf
Les interventions en langues polynésiennes ont fait l’objet d’une traduction surlignée en gris.

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