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Rapport n° 137-2025 relatif à un projet de délibération portant approbation de la convention d'application sectorielle relative au secteur de l'économie pour la lutte contre la vie chère à Wallis-et-Futuna

Paru in extenso au JOPF n° 4 NA du 23/02/2026 à la page 520

Rapport n° 137-2025 relatif à un projet de délibération portant approbation de la convention d’application sectorielle relative au secteur de l’économie pour la lutte contre la vie chère à Wallis-et-Futuna


Présenté par MM. les représentants Tematai Le Gayic et Allen Salmon

Le président : Je cède la parole au rapporteur de ce dossier, Monsieur Tematai Le Gayic, je pense. Qui nous rapporte ce dossier ? C’est Tuahu ? C’est qui ? Tematai ? C’est Allen ? Voilà.

M. Allen Salmon : Oui. Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les représentants, par lettre n° 6543 PR du 22 septembre 2025, le Président de la Polynésie française a transmis aux fins d’examen par l’Assemblée de la Polynésie française, un projet de délibération portant approbation de la convention d’application sectorielle relative au secteur de l’économie pour la lutte contre la vie chère à Wallis-et-Futuna.

Cette convention sectorielle est prise en application de la convention cadre de partenariat en faveur du développement économique, social et culturel entre la Polynésie française et le territoire des îles Wallis-et-Futuna du 28 février 2019. Il s’agit par ailleurs de la deuxième convention d’application à mettre en œuvre, concrétisant la convention cadre. Elle est transmise à l’Assemblée de la Polynésie française pour approbation, en tant qu’elle porte sur des matières relevant de sa compétence.

Cette convention d’application concrétise une collaboration technique souhaitée par le service des affaires économiques, du développement et du tourisme de Wallis-et-Futuna et la direction générale des affaires économiques de la Polynésie française en matière d’analyse des pratiques commerciales sur le territoire de Wallis-et-Futuna.

Dans ce domaine, les îles Wallis-et-Futuna se sont dotées d’une stratégie de convergence pour la période 2019-2030, s’articulant autour de plusieurs objectifs, dont celui de lutter contre la vie chère. À cette fin, le territoire de Wallis-et-Futuna souhaite engager une série de réformes et de mesures progressives telles que la mise en place de dispositifs similaires au dispositif national du Bouclier Qualité Prix ou au dispositif d’aide au fret existant en Polynésie française.

La présente convention sectorielle, conclue pour une durée de trois ans, précise ainsi les modalités de coopération entre la Polynésie française et le SAEDT de Wallis-et-Futuna. Elle vise à favoriser les échanges et le partage d’expériences, consolider le soutien technique et l’expertise de la DGAE auprès du SAEDT dans le projet de mise en place d’une réglementation locale et de contrôle des prix, renforcer les compétences et les connaissances des agents du SAEDT et développer les dispositifs d’aides permettant de pallier le coût du fret à Wallis-et-Futuna.

En termes d’engagements, la DGAE organisera, à partir du second semestre 2025, une mission d’expertise à Wallis-et-Futuna. Cette mission vise notamment à établir un état des lieux des pratiques commerciales sur le territoire wallisien et à émettre des recommandations pouvant aider à la rédaction d’un projet de texte tenant compte des spécificités de Wallis-et-Futuna. En outre, les services de la DGAE accueilleront chaque année les agents contrôleurs du SAEDT pour une immersion de deux semaines au sein de sa cellule « contrôles ». Quant au SAEDT, il pilotera le projet, assurera la bonne organisation de la mission d’expertise de la DGAE et fournira à celle-ci l’ensemble des textes en vigueur nécessaires à sa mission.

Enfin, il est à noter que deux conventions d’application sectorielle, l’une sur la formation maritime et l’autre relative à l’enseignement et la professionnalisation, sont en cours de négociation.

Examiné en commission le 26 septembre 2025, le présent projet de délibération a suscité des échanges portant principalement sur les points suivants :

1° La présente convention d’application sectorielle s’inscrit dans une politique de rapprochement entre les deux collectivités du Pacifique et l’archipel de Wallis-et-Futuna bénéficiera aussi bien de l’expertise que de l’expérience des agents de la DGAE en matière de contrôle des prix ;

2° L’État et l’Union européenne sont prêts à favoriser l’intégration régionale de Wallis-et-Futuna par le biais des transports aériens, étant précisé que cette démarche s’insère dans la stratégie française de l’Indopacifique ;

3° Et enfin, il a été annoncé que de nouvelles conventions d’application sectorielle sont en cours d’élaboration et de négociation.

À l’issue des débats, le présent projet de délibération a recueilli un vote favorable unanime des membres de la commission. En conséquence, la commission des institutions, des affaires internationales et des relations avec les communes propose à l’Assemblée de la Polynésie française d’adopter le projet de délibération ci-joint.

Le président : Merci bien.

Pour la discussion générale, la conférence des présidents a prévu un temps de parole de 60 minutes, réparti comme suit : 36 minutes pour le Tavini, 15 minutes pour le Tapura et 9 minutes pour les non-inscrits.

J’invite l’intervenant du groupe Tavini huiraatira à prendre la parole. Monsieur Allen Salmon.

M. Allen Salmon : Je vous salue à nouveau. Monsieur le président de l’assemblée, Monsieur le Président du gouvernement, chers ministres, à nous tous réunis, bonjour par la grâce de Dieu.

Lors de notre deuxième session budgétaire, le jeudi 2 octobre dernier, nous avons franchi une étape importante dans la consolidation des liens entre la Polynésie française et le territoire de Wallis-et-Futuna, ou, devrais-je plutôt dire aujourd’hui, Māʹohi nui (NDT, Polynésie française) au lieu de Polynésie française, et Ouvea et Futuna, au lieu de Wallis-et-Futuna. Deux textes avaient alors été soumis à notre approbation. L’avenant n° 2 à la Convention cadre de partenariat signé en 2019 et la première convention sectorielle relative à l’accompagnement du développement du tourisme à Uvea et Futuna.

Comme il a été rappelé lors de notre dernière séance, ces deux textes ont posé les fondations concrètes d’une coopération fraternelle ancienne entre nos peuples, entre nos administrations, entre nos deux territoires.

Aujourd’hui, nous poursuivons ce mouvement dans la même cohérence, la même exigence et la même volonté d’action, en examinant une nouvelle convention sectorielle, cette fois-ci consacrée à un sujet profondément humain et économiquement vital : la lutte contre la vie chère à Ouvéa et Futuna.

Avant d’en présenter les contours, permettez-moi, chers collègues, de rappeler brièvement le fil des échanges engagés lors de notre dernière séance, car ils éclaireront directement la discussion d’aujourd’hui.

Plusieurs collègues s’étaient alors exprimés sur la convention dédiée au tourisme à Ouvéa et Futuna. Certaines interventions ont reconnu, à juste titre, la qualité du travail accompli et la solidité du partenariat engagé, une appréciation que je tenais à saluer tout particulièrement, car elle reflète l’esprit de coopération et de confiance qui nous unit à nos frères. D’autres, par contre, plus réservés, ont préféré questionner, pour ne pas dire critiquer, la réalité du mouvement engagé, estimant qu’aucune dynamique nouvelle n’était perceptible ou que nos débats manquaient d’enthousiasme. Ben voyons !

Une lecture que je trouve pour le moins sévère, surtout lorsqu’elle émane de ceux qui, depuis 2019, n’ont rien su concrétiser. Mais peu importe, car l’essentiel n’est pas de regarder dans son rétroviseur ni de s’attarder sur ce qui n’a pas été fait, mais de saluer ce qui s’accomplit aujourd’hui. N’est-ce pas ?

À l’image de la convention sectorielle consacrée au tourisme, cette nouvelle convention dédiée à la lutte contre la vie chère à Ouvéa et Futuna poursuit le même esprit d’action et de cohérence. Cette convention, comme cela a été rappelé par moi-même, puisque notre rapporteur n’était pas là, vise avant tout à renforcer la coopération économique et technique entre Māʹohi Nui (NDT, la Polynésie française) et Ouvéa et Futuna. Elle permettra à nos deux administrations d’avancer ensemble sur des sujets similaires et très concrets : la régulation des prix, le suivi des marges, et les mécanismes d’aide au fret.

Depuis 2012, Ouvéa et Futuna appliquent le dispositif du bouclier qualité-prix fondé sur des accords de modération des prix de produits essentiels. Ce système, efficace à ses débuts, atteint aujourd’hui ses limites face à la hausse mondiale des coûts et aux contraintes logistiques. C’est dans ce contexte que nos partenaires d’Ouvéa et Futuna ont souhaité s’inspirer de notre expérience polynésienne pour en tirer les leçons utiles à leur propre modèle.

La Convention organise donc une coopération d’expertise approfondie entre la DGAE et le SAEDT. Elle prévoit, d’abord, la réalisation d’un diagnostic économique complet des pratiques commerciales et des circuits de distribution à Ouvéa et Futuna afin d’identifier les leviers d’action les plus pertinents. Elle prévoit, ensuite, un accompagnement technique et réglementaire destiné à adapter les outils de contrôle et de régulation aux réalités locales. Et enfin, elle institue un programme de formation et d’immersion des agents du SAEDT au sein de la DGAE pour consolider les compétences en matière de suivi des marges, de régulation des prix et d’observation du marché.

Cette démarche, claire dans ses objectifs et mesurée dans sa mise en œuvre, a naturellement été reconnue en commission des institutions le 26 septembre dernier. Les échanges ont mis en évidence un large consensus sur la pertinence de cette coopération entre nos deux collectivités et sur l’intérêt pour Ouvéa et Futuna de bénéficier de l’expérience et du savoir-faire de la DGAE en matière de régulation économique.

En outre, le gouvernement a rappelé que cette convention s’inscrivait dans une dynamique plus large, celle de l’intégration régionale encouragée à la fois par l’État et par l’Union européenne dans le cadre de la stratégie française de l’Indopacifique, tout en participant également et plus symboliquement à la relance de la route du corail destinée à reconnecter nos archipels au cœur des échanges humains et économiques au sein même du Pacifique.

Dans le fond, cette convention porte tout simplement notre vision, celle que le Tavini huiraatira défend depuis toujours, une diplomatie de proximité fondée sur la coopération, le partage d’expériences et la solidarité entre les peuples du Pacifique. Elle réaffirme que Māʹohi Nui (NDT, la Polynésie française) n’a pas vocation à demeurer isolée dans son océan, mais qu’elle doit participer activement à la construction d’un espace régional solidaire où chaque territoire, grand ou petit, participe à l’équilibre commun.

En accompagnant Ouvéa et Futuna dans ces démarches de régulation économique, nous ne transmettons pas un modèle, nous exprimons une responsabilité, celle d’un pays qui assume pleinement sa place de pays pivot du Pacifique, unis à ses voisins par une histoire, une culture et une volonté commune de bâtir ensemble une économie durable, juste et adaptée à nos peuples. Certains pourraient peut-être voir dans cette convention une démarche un peu ambitieuse, voire présomptueuse, mais qu’ils se rassurent, nous ne venons donner de leçon à personne.

Comme rappelé, cette convention n’est pas une initiative imposée par Māʹohi Nui (NDT, la Polynésie française), bien au contraire. Elle répond à une demande exprimée par nos frères, d'Ouvéa et Futuna, désireux de s’appuyer sur notre expérience pour construire leur propre modèle et sur ce point, nous aussi, nous avons à apprendre d’eux. Il ne s’agit donc pas de dire comment faire, mais de partager ce que nous avons appris avec humilité et avec le respect dû à nos frères du Pacifique.

Plus simplement, ce que nous faisons aujourd’hui, c’est concrétiser la convention-cadre de 2019, là où d’autres, avant nous, s’étaient contentés de la signer sans, hélas, la faire vivre. Là où certains ont rêvé, nous, la majorité Tavini huiraatira, nous le réalisons. Là où certains ont parlé, parlé, nous, la majorité Tavini huiraatira, nous le concrétisons.

Ainsi, chers collègues, en votant ce texte ce matin, nous ne faisons pas qu’approuver une convention, nous posons un geste de confiance dans nos propres capacités et dans la force d’une solidarité qui avance, pas à pas, vers la pleine souveraineté.

Merci et que l’amour règne.

Le président : Merci.

J’invite maintenant l’intervenant du Tapura huiraatira à prendre la parole.

Pardon. Monsieur le maire de Bora Bora.

M. Gaston Tong Sang : Merci. Monsieur le Président de la Polynésie française, Monsieur le président de l’Assemblée de la Polynésie française, Madame la vice-présidente, Mesdames les ministres, Mesdames et Messieurs les représentants à l’Assemblée de la Polynésie française, chers collègues, bonjour par la grâce de Dieu.

Depuis le début de cette mandature, de plus en plus de voix s’élèvent, et pas seulement dans cet hémicycle, pour réclamer auprès du gouvernement Brotherson le respect — un mot qui vous est cher ! — de l’une des principales promesses de campagne portées par le Tavini huiraatira, à savoir trouver des solutions pérennes à la cherté du coût de la vie dans nos îles.

Je vous parle de vraies mesures, courageuses et ambitieuses. Pas comme celle sortie du chapeau au moment de l’examen du budget primitif de 2025, consistant à appliquer un taux réduit sur les seuls produits originaires d’Océanie, c’est-à-dire en provenance des pays de la région, moyennant un manque à gagner pour le budget de l’ordre de seulement 270 millions de F CFP. Ce propos, peut-être serait-il temps d’en tirer un premier bilan ?

Toujours est-il qu’en apprenant la mise en œuvre prochaine d’une convention d’application sectorielle pour la lutte contre la vie chère à Wallis-et-Futuna, quelle ne fut pas notre stupéfaction !

Que vous puissiez demander aux agents du service du tourisme de conseiller leurs homologues de Wallis-et-Futuna sur l’art de former le personnel hôtelier ou d’accueillir les visiteurs… passe encore. Mais que la Direction générale des affaires économiques, la DGAE, soit « missionnée » d’ici la fin de l’année pour réaliser, entre autres, un état des lieux des pratiques commerciales dans cette autre collectivité française du Pacifique, franchement, nous sommes très réservés sur l’intérêt de la chose. Si ce n’est pour constater que nous avons affaire à deux environnements économiques diamétralement opposés.

Nous serions même tentés de dire que sur certains aspects, l’archipel de Wallis-et-Futuna, placé, je le rappelle sous la tutelle d’un préfet, est plus avancé que nous puisqu’il possède déjà, depuis 2012, un observatoire des prix, des marges et des revenus qui n’existe pas en Polynésie ; outil grâce auquel les acteurs économiques parviennent à s’entendre sur un accord de modération des prix pour un certain nombre de produits. Et je voudrais rappeler ici à notre assemblée, que Wallis-et-Futuna bénéficie de la CSPE, c’est-à-dire de la Contribution de solidarité pour l’électricité, donc ils payent beaucoup moins cher l’électricité que nous.

Malgré tout, il s’avère que le modèle polynésien de soutien économique, notamment en faveur des archipels éloignés, n’est pas dépourvu d’intérêt. En effet, si nous avons bien compris les explications fournies en commission, l’aide au fret maritime — sans cesse améliorée depuis 1995 — qui concerne le coprah, les produits de première nécessité ou l’eau embouteillée, suscite la curiosité, pour ne pas dire l’admiration, de Wallis-et-Futuna.

Aussi, pour résumer, je dirai qu’aussi louable soit la volonté affichée par l’actuel gouvernement de multiplier les ponts avec les autres collectivités françaises de la région, nous pouvons quand même émettre des doutes sur notre capacité, principalement en termes de moyens humains dans l’administration, à répondre à toutes ces sollicitations.

Pour faire simple, Monsieur le Président de la Polynésie française, qu’attendez-vous concrètement de cette convention d’application sectorielle ?

Je vous remercie de votre attention. Merci. Bonjour.

Le président : Merci bien.

J’invite maintenant l’intervenant des non-inscrits à prendre la parole.

Nicole.

Mme Nicole Sanquer : Merci, Monsieur le président. Monsieur le président, bonjour.

Dans la continuité de nos travaux de la dernière séance, après la convention relative au tourisme, nous examinons aujourd’hui la convention d’application relative au secteur de l’économie pour la lutte contre la vie chère à Wallis-et-Futuna. Il s’agit, en fait, d’une « coopération technique » pour partager nos méthodes, nos outils, nos dispositifs — notamment le fameux système PPN-PGC et l’aide au fret — afin d’aider Wallis-et-Futuna à mieux réguler les prix. Si l’objectif d’aider la collectivité de Wallis-et-Futuna à faire face à la vie chère peut être louable, nous pensons tout de même que son application reste prématurée.

Nous ne sommes pas contre la coopération régionale, ou encore contre la coopération fraternelle, loin de là. Mais aujourd’hui, s’il y a bien une priorité sur laquelle le gouvernement avance peu, malgré ses engagements de campagne, c’est bien la lutte contre la cherté de la vie. En effet, cela fait un peu plus de deux ans qu’on se targue d’avoir mis en place des « mesures contre la vie chère » sans résultat visible pour les Polynésiens. Par cette convention, on décide ensuite d’exporter notre expertise alors que nos familles polynésiennes comptent les pièces pour faire un plein d’essence ou acheter un panier de PPN. Alors pour répondre à notre ami Allen, sur ce sujet, on ne regarde pas dans le rétroviseur, on attend que ça avance mais on a plutôt l’impression qu’on a calé, et nous espérons même qu’on ne va pas reculer.

Nous ne critiquons pas, mais nous constatons chaque semaine, malgré les dispositifs mis en place que les prix restent élevés, les marges confortables, et le « panier PPN » aussi vide.

Le projet de convention parle d’« échanges d’agents », de « missions d’expertise », et de « partage d’expérience ». En résumé, nos fonctionnaires feront des allers-retours entre Papeete et Matāutu pour comparer la cherté du riz, du savon ou bien même du béton. Et chez nous, le lait continue de battre des records historiques ou le kilo de tomates s’affiche parfois à 1 000 F CFP le samedi au marché de Papeete.

Depuis deux ans, on nous répète que la lutte contre la vie chère est la priorité nationale locale absolue. On a créé des observatoires, des commissions, on a réfléchi à des plans d’action, des programmes de contrôle des marges et organisé des colloques… Hélas, malgré tout cela, rien ne change ou presque rien dans le caddie des Polynésiens.

Pour l’aide au fret, la convention instaure que cette coopération permettra d’« harmoniser les dispositifs d’aide au fret ». Mais ici même, dans nos archipels, les aides au fret polynésiennes sont déjà jugées inégalitaires, mal calibrées et insuffisantes. Les Tuamotu paient toujours plus cher que Tahiti, les Marquises et les Australes attendent encore des baisses qui ne viennent jamais.

Alors avant d’harmoniser quoi que ce soit avec Wallis, nous pensons qu’il faudrait déjà commencer par harmoniser les prix entre nos propres îles.

Autre point, le projet de texte détaille les conditions de mission : on prévoit des voyages, des immersions, des remboursements de voitures de location, des indemnités forfaitaires, tout ça dans la rigueur des « règles de comptabilité publique » … Autrement dit, tout est bien prévu — sauf le résultat concret pour nos familles.

Le gouvernement explique que ce projet s’inscrit dans la stratégie française de l’Indopacifique. Cela peut paraître flatteur : la Polynésie devient un petit phare de l’économie régulée dans le Pacifique.

Cependant, si le coût de la vie continue d’augmenter, notre phare économique risque d’éclairer… un océan de frustration. Les Polynésiens ne veulent pas savoir si le prix du café baisse à Wallis. Ils veulent simplement pouvoir en boire ici, sans devoir arbitrer entre un paquet de café et un plein d’essence.

Le gouvernement nous demande d’approuver une convention pour aider un autre territoire à mieux contrôler ses prix… alors même qu’il n’applique plus sérieusement les contrôles chez nous.

Les inspecteurs sont en sous-effectif, les marges commerciales sont rarement sanctionnées, et les grandes surfaces font la pluie et le beau temps sur les tarifs. Et pendant ce temps, on envoie nos agents « en immersion » pour expliquer comment faire. Permettez-moi un brin d’ironie.

Nous le savons tous : la vie chère est le principal sujet de mécontentement dans les foyers polynésiens. Quand les salaires stagnent, que le panier alimentaire explose et que les aides sociales ne compensent plus, la colère monte. Et chaque nouvelle annonce, chaque plan de communication, chaque convention sans effet concret ajoute une couche de cynisme dans la population.

Bref, votons cette convention, si cela peut au moins renforcer nos liens fraternels avec Wallis-et-Futuna. Mais n’oublions pas : le vrai combat contre la vie chère ne se gagnera pas à l’extérieur, mais ici, chez nous, dans nos commerces, dans nos circuits d’importation, dans nos contrôles et dans notre courage politique.

Et quand, un jour, nous aurons réussi à rendre la vie un peu moins chère pour les Polynésiens, alors là, oui, Allen — oui, Allen —, nous pourrons exporter notre modèle. Pas avant. Pour l’instant, soyons réalistes : la Polynésie ne lutte pas encore contre la vie chère… elle cohabite avec elle.

Je vous remercie.

Le président : Merci.

La discussion générale est maintenant close.

J’invite le gouvernement à répondre aux différentes interventions.

Bonjour, Monsieur le Président.

M. Moetai Brotherson : Oui, bonjour. Bonjour à toutes et à tous.

Alors, la Polynésie, un phare sur un océan de frustration ? Oui, pourquoi pas ? Mais ceux-là même qui vont se balader à Taïwan sans aucun résultat pour la vie chère, pour les Polynésiens, viennent aujourd’hui nous faire la leçon dans un exercice de coopération régionale. J’avoue que c’est pas mal. C’est pas mal.

Nous avons, en octobre dernier, voté l’amendement n° 2… l’avenant n° 2, ça a été voté d’ailleurs à l’unanimité à la convention-cadre. Dans la foulée, on a embrayé le pas sur l’approbation de la convention sectorielle sur le tourisme. Cette nouvelle convention sectorielle, je crois que vous la prenez un peu à l’envers. Il ne s’agit pas d’emmener nos agents en immersion à Wallis. Non, ce sont des agents de Wallis qui viennent en immersion ici. Donc, bon, il faut... Il faut, je crois, rester un peu pragmatique et réaliste par rapport à ce qui vous est proposé aujourd’hui. Ce qui vous est proposé, c’est un avenant sectoriel qui vient établir des modalités de coopération régionale.

Moi, j’ai toujours entendu mon prédécesseur se vanter d’être le phare de la France dans le Pacifique. Bon, plus récemment, à New-York, j’ai entendu les mêmes se vanter d’être toujours les danseuses fluos de la République. Mais ça, c’est un autre débat. C’est un autre débat. S’enorgueillir d’accueillir la France avec des fleurs et des dons, c’est... Et ce sont les mêmes qui, finalement, viennent nous reprocher de faire de la coopération régionale avec l’approbation de l’État français, finalement. Bon, ce n’est pas grave. Nos voisins et nos cousins polynésiens de Wallis-et-Futuna apprécieront… apprécieront, bien sûr, vos jugements sur cette convention.

Récemment, nous avons, dans l’autre sens, établi des conventions de coopération avec la Nouvelle-Calédonie. Nous étions à Tubuai récemment, les fraises qui sont actuellement cultivées à Tubuai, c’est grâce à nos compatriotes calédoniens qu’on les a. Donc, vous voyez, ces coopérations, elles sont utiles. Elles sont utiles et il faut parfois semer pour ensuite récolter. Mais je pense qu’on ne va pas s’étendre et reproduire les débats qui ont eu lieu en commission. Je vous propose de passer à l’examen du texte et à son vote.

Le président : Voilà. Nous passons donc à l’examen du texte.

Article 1er

Le président : La discussion est ouverte sur l’article 1er.

Vous avez la parole. Le mis en cause d’abord. Celui qui a été mis en cause.

M. Édouard Fritch : Monsieur le président, je voudrais simplement préciser que Nicole Sanquer n’était pas à Taïwan. C’est moi qui étais à Taïwan et mon copain à côté et nous étions invités. Ça ne nous a rien coûté. Ça n’a rien coûté au pays. Nous étions invités par les Taïwanais, d’où vous êtes issus, Monsieur Brotherson. Oui, les Polynésiens sont partis d’où ? Ils sont partis d’où ? De New York ? Non. Nous étions invités, ce n’est pas votre cas. Lorsque vous vous déplacez, ça coûte un paquet au pays. Ça, je puis vous dire, parce qu’en plus, vous n’allez pas tout seul, naturellement. Ça, c’est de la dépense. Je ne comprends pas quelle est votre stratégie, Monsieur le président. Vous remettez en cause ce qui ne coûte rien au pays et ce qui coûte au pays, vous le cachez.

Je voudrais vous dire que j’ai beaucoup aimé la réponse de votre ministre de l’éducation, parce qu’effectivement, il vient ici nous dire que tout ce qui a été dit à New York est faux. Il démontre lui-même la stratégie qui est adoptée par le Tavini huiraatira, qui va raconter des histoires à New-York pour descendre la France. Cette France qui vous donne — vous allez d’ailleurs en parler —, qui vous donne des crédits pour la défiscalisation. Et vous venez nous dire ici que c’est plutôt vous, le Tapura huiraatira, qui avez introduit dans les cours à l’école le problème des essais nucléaires. Oui, c’est nous. Oui, c’est nous. Mais nous n’avons pas comme objectif, comme vous essayez de le faire, d’influer sur l’esprit de nos enfants. C’est ce que vous essayez de faire.

Et lorsque nous vous parlons, Monsieur le ministre, je ne sais pas, ce n’est pas nécessairement pour vous remettre en cause votre politique. C’est simplement pour vous rappeler que, voilà, il faut faire attention à ce que l’on fait parce qu’effectivement, on parle beaucoup de colonisation et de décolonisation. Ce qui serait intéressant, parce que j’aurais vu à New York, en fin de compte, nous-mêmes ne savons pas ce que vous voulez dire par décolonisation. C’est quoi, la décolonisation, pour vous, avant qu’on aille apprendre ça à nos enfants ? Lorsqu’on entend les interventions... Parce que vous savez qu’à New York, on dit qu’on ne peut pas parler polynésien dans nos écoles. Il faut venir, venir entendre ce qui se dit à New York. À New York, on dit qu’il y a du génocide chez nous. On tue des gens chez nous.

Mme Teremuura Kohumoetini-Rurua : Monsieur le président, on est sur l’article 1er, là ?

M. Édouard Fritch : Il faudrait que vous veniez. Monsieur le Président, il le sait ! Monsieur le Président il le sait puisqu’il était à New York. Il a entendu les déclarations qui ont été faites.

Mme Teremuura Kohumoetini-Rurua : Monsieur le président de l’assemblée, on est sur l’article 1er, là ?

M. Édouard Fritch : Je suis sur l’article 1er et juste un peu avant, article 0.

Ce que je voulais simplement vous rappeler, ce que nous voulions vous rappeler avec notre amie Tepuaraurii Teriitahi, c’est qu’il faut faire attention parce que l’école a un but bien précis, et vous le savez. Le but de l’école, c’est de développer l’esprit de nos enfants. C’est notre objectif à tous. Développer la critique, l’esprit critique de nos enfants…

Mme Teremuura Kohumoetini-Rurua : Là, on est sur l’article 0 bis, Monsieur le président ?

M. Édouard Fritch : La réflexion autonome de nos gosses, parce qu’il faut leur apprendre, effectivement, à grandir et que le reste, effectivement, nous disons qu’il faut être prudent. Et c’est la raison pour laquelle vous avez raison. Si vous faites... Comment dire ? Si vous respectez les procédures qui sont prévues par les textes, nous n’avons rien à dire. Mais faites attention, parce que lorsqu’on voit comment vous introduisez la colonisation et la décolonisation dans tous les débats, dans tous les débats, ça devient inquiétant. C’est tout ce que nous avons envie de vous dire. Le reste, c’est votre problème, puisque c’est vous qui gérez le pays aujourd’hui.

Mais ne venez pas nous parler des voyages que fait l’opposition. Vous savez, nous, nous avons payé nos voyages pour aller à New York… On est tous comme vous. Vous, vous payez vos voyages vous-même, nous payons nos voyages nous-mêmes, mais ne venez pas nous reprocher quand on est invité à aller à Taïwan, Monsieur le Président. Parce que des fois, on se pose aussi des questions sur vos déplacements, mais on ne vient pas étaler ce genre de choses ici, ce n’est pas la peine.

Le président : Très bien.

Donc, vous soutenez l’article 1er ?

Nicole ?

M. Édouard Fritch : Monsieur le président, il faut arrêter ! Il faut arrêter parce qu’aujourd’hui, on vient nous dire que c’est Ouvéa et Futuna. Ce n’est pas le texte que nous étudions ici.

Le président : Bon allez ! C’est Wallis-et-Futuna.

M. Édouard Fritch : Je ne sais pas si vous avez suivi les discussions à New York, Monsieur le président. Vous n’êtes pas venu, je n’ai pas compris pourquoi. Mais à New York, on parle de Māʹohi Nui (NDT, la Polynésie française). On parle de Mahi Nui, même. Regardez les transcriptions qui sont faites ! De là-bas, on va inventer des noms alors qu’eux connaissent French Polynesia, Polynésie française, Tahiti.

Le président : Merci. Merci bien.

Nicole.

M. Édouard Fritch : Arrêtez d’inventer !

Mme Nicole Sanquer : Oui, dans la réponse, Monsieur le Président, vous dites qu’il n’y a pas de déplacement, d’échange avec nos propres agents. Alors, moi, je pense que vous n’avez pas lu la convention, puisqu’à la page 3, il est bien stipulé au petit a) « l’organisation, à partir du second semestre 2025, une mission d’expertise d’agents de la DGAE, à Wallis-et-Futuna ». Et en plus de cela, l’article 3 « la prise en charge financière par chacune des collectivités » est bien précisée. Donc ce que vous avez dit est faux. Il y aura bien... Non, ne rigolez pas ! Ne rigolez pas parce que c’est écrit. Ça veut dire que vous signez... Parce que je crois que vous l’avez signé, cette convention. Oui, il me semble que vous l’avez signé. Moetai Brotherson l’a signé.

Alors, si en plus vous signez sans lire et venir devant les élus dire qu’il n’y a pas de mission prévue, c’est écrit dans la convention. Après, que vous n’ayez pas le temps de les réaliser, ça, c’est un autre problème. Mais le document que vous avez signé, avant même que nous l’ayons étudié à l’assemblée, vous l’avez signé, c’est bien spécifié « Article 2.- Engagement des parties. Article 3.- Prise en charge financière. »

Merci, Monsieur le Président.

M. Moetai Brotherson : Madame la représentante, je ne peux pas vous laisser dire des bêtises. Ce à quoi j’ai répondu, c’est votre phrase très précise qui disait qu’on allait envoyer nos agents en immersion à Wallis-et-Futuna. Ça, c’est faux. Ça, c’est un mensonge. Il y a bien des déplacements, des missions techniques qui sont prévues sur Wallis-et-Futuna ; mais ceux qui viennent en immersion chez nous, ce sont les agents de Wallis-et-Futuna.

Mme Nicole Sanquer : Vous avez menti, Monsieur le Président. Et en plus, vous l’avez signé.

Le président : Merci.

Madame la sénatrice.

Mme Lana Tetuanui : Merci, Monsieur le président. Monsieur le président de l’assemblée, Monsieur le Président du gouvernement, chers ministres, chers membres élus du peuple, la population qui nous suit et écoute l’intonation de nos voix au sein de cette assemblée qui est la maison du peuple, mes chaleureuses salutations en cette matinée.

Moi, j’ai toujours été un fervent défenseur de cette diplomatie, de ces échanges, entre la Polynésie française, n’en déplaise à certains ― Polynésie française, pour être plus précise — et nos frères du Pacifique. Ça, c’est très clair. D’ailleurs, lors de la révision du statut de la Polynésie en 2019, nous avons — comment dirais-je ? —, nous sommes montés au créneau et dire, au niveau du Sénat d’ailleurs, notre attachement à ces échanges entre nous et tous nos collègues, nos amis du territoire du Pacifique.

D’ailleurs, je veux rendre hommage à celui qui avait la destinée de l’Assemblée de Polynésie en 2019. Je cite le maire de Bora Bora, président de l’assemblée, qui avait initié les premières conventions de partenariat pour rester sur le sujet avec Wallis-et-Futuna.

Et je continue d’ailleurs à encourager tous ces échanges. Je crois qu’il ne faut pas aussi oublier de mettre en valeur aussi tous ces échanges qui sont entretenus par nos maires sur l’ensemble des territoires du Pacifique avec leurs moyens. Certains ont signé des partenariats avec les îles Cook, certains avec Rapa Nui, certains avec d’autres territoires, toujours ce partenariat d’échange aussi bien pour la culture et d’autres compétences qui sont un peu citées dans la convention. Il ne faut pas oublier, il faut aussi reconnaître aujourd’hui qu’ils font aussi du bon travail avec ces échanges plus fortement culturels pour le moment mais aussi économiques. D’ailleurs, à ce sujet, beaucoup de communes de notre territoire ont des jumelages, des partenariats de jumelage, Punaauia peut-être avec Dumbéa, on le sait tous, et bien d’autres encore. Ça, il faut encourager. On a besoin de se parler, on a besoin d’échanger entre nous.

Mais là où est ma stupéfaction, Monsieur le Président — excusez-moi, je vous ai déjà dit ça et je vais me répéter encore ce matin —, entre ce que tu viens dire ici et ce qui est écrit, Monsieur le Président, faites un petit effort de lecture entre les rapports que vous signez et ce que vous venez évoquer ici.

Pas plus tard que dans le dernier collectif budgétaire que nous avons voté, les services du pays, certains élus de la majorité ont un peu dénoncé, ne serait-ce en termes de budget sur le recrutement de certains, le remplacement de certains postes dans l’administration, manqué. Manqué. Bon, on nous a expliqué, Monsieur l’argentier de la Polynésie française nous a expliqué par A + B que voilà, certains postes qui étaient — comment dirais-je ? —, pour ceux qui ont vaqué pour partir à la retraite n’étaient plus remplacés. Mais quelque part, il y a un besoin quand même récurrent pour renforcer un peu nos services.

Pour revenir au service de la DGAE. Si certains ne connaissent pas un peu l’ossature de Wallis-et-Futuna, la préfecture, le préfet qui est l’équivalent du haut-commissaire, et puis il y a les royautés : le roi… En fait, il y a trois gars qui dirigent Wallis-et-Futuna, le préfet. Mais les vrais patrons à Wallis-et-Futuna, c’est l’Église catholique et puis les rois. Voilà comment c’est organisé. Il faut aussi qu’on le sache. Les conventions de partenariat, peut-être culturel et tout le reste, il n’y pas de souci, au contraire, allez ! Par contre, en matière d’aller apprendre ou bien échanger sur la vie chère, il faudrait peut-être — et là, je rejoins mes autres collègues — commencer par nous-mêmes, ne serait-ce seulement entre Papeete et les archipels. Qu’est-ce qu’on nous dit aujourd’hui ? Qu’est-ce que les agents de la DGAE disent ? Ils ne peuvent pas les contrôler partout, il n’y a pas assez d’argent et tout le reste. Je n’invente rien. On a même reproché ça ici, il faut plus de contrôle dans notre pays. Manque d’effectifs, on nous a toujours estampillé. Alors, si on doit envoyer des missionnaires pour aller voir, échanger avec ceux de Wallis — vous voyez ce que je veux dire ? —, ça va faire encore des agents en moins dans notre administration. Que ceux de Wallis viennent voir ce qui se passe chez nous et ce qui peut être déporté, Wallis-et-Futuna, il n’y a pas de souci, puisque ça sera évidemment à leur charge.

La question de la vie chère. Enfin, jusqu’à aujourd’hui, jusqu’à aujourd’hui, la majorité des personnes qui vous ont élus il y a deux ans, sont actuellement celles qui se plaignent beaucoup. Or, le coût de la vie n’a toujours pas baissé dans ce pays. Alors, qu’avons-nous à aller apprendre aux populations de Wallis-et-Futuna, d’Uvea, comme le suggérait notre collègue Salmon ? Enfin, dans la Constitution des Nations unies, Uvea n’est même pas inscrite, mais seulement Wallis-et-Futuna. Il ne faudrait pas non plus nous prendre pour des naïfs. Ce n’est pas à nous d’aller expliquer aux autres comment faire baisser le coût de la vie dans leur pays. Voyons… alors que nous ne sommes même pas capables de l’appliquer chez nous. En revanche, s’il s’agit d’aller expliquer comment relancer le tourisme, là oui — nous sommes, sans conteste, des champions. Mais sur la question de la vie chère…

Et puis, Monsieur le président de l’assemblée, si vous persistez à cautionner ce que votre représentant a dit, Uvea et non pas Wallis-et-Futuna, hé ! on va voter contre la délibération, alors que ce n’était pas notre sens. Rectifiez vos propos !

Bon, c’était un sujet qui ne devait pas du tout faire débat mais malheureusement… Quant à la décolonisation, hé ! ayez le courage de dire que les premiers qui sont venus coloniser, ce sont ceux qui ont amené la religion dans ce pays ! Dites-le au président de l’église évangélique protestante à quel moment ils vont admettre que les premiers colons qui sont arrivés dans ce pays, ce sont ceux qui ont amené la religion : ils ont mis le feu à nos temples à ciel ouvert et à nos images sculptéesEnfin, vous aurez compris un peu.

Oui, aux échanges avec nos territoires voisins, pas de souci. Mais sur le sujet proprement dit de la lutte contre la vie chère, là, je reste dubitative.

Je vous remercie.

Le président : Y a-t-il d’autres interventions ?

Allen Salmon.

M. Moetai Brotherson : Oui, Madame la sénatrice, juste une petite correction rapide. Alors d’abord, si vous essayez de me prendre en défaut sur le fait de lire ce que je signe, vous allez avoir du mal. Je lis même ce que je ne signe pas, donc je suis un lecteur avide, vous allez vraiment avoir du mal sur ce plan-là.

Ensuite, sur le décalage que vous invoquez entre ce que je dis et ce qu’on est en train de faire aujourd’hui, non, je crois que c’est plutôt vos propos qui sont décalés. D’abord, vous nous dites la DGAE est en souffrance, manque de contrôleurs. Effectivement, pendant 10 ans, il n’y a pas eu de création de postes avant nous. L’an dernier, BP 2025, on a créé 5 postes. Ça, c’est de l’action, c’est concret. Vous voyez ? Ça, c’est du concret. (Applaudissements sur les bancs du groupe Tavini huiraatira.)

Ensuite, vous nous dites : « Mais alors, si on envoie nos contrôleurs à Wallis, du coup, y en aura moins pour aller dans les îles ». Là encore, vous vous trompez. Ce ne sont pas les contrôleurs qu’on va envoyer à Wallis. Ce n’est pas du tout eux, ce n’est pas le même public. Vous voyez ? Donc, il faut être précis dans ce qu’on dit. (Applaudissements sur les bancs du groupe Tavini huiraatira.)

Le président : Allen.

M. Allen Salmon : Merci, Monsieur le président.

Je vais répondre brièvement, pour dire la peine que j’ai ressentie en entendant que le simple fait de citer le nom originel d’un territoire poserait problème à certains. Si je dis Vavau, est-ce que cela pose problème ? C’est Bora Bora. Si je dis Havaiʹi, Hawaiki, est-ce que cela pose problème ? Non, j’étais intervenant. Je n’étais pas sur le texte, j’étais intervenant. J’ai le droit de citer des noms anciens comme ça. Si je dis Mata'irea, est-ce que cela pose problème ? C’est pourtant le nom originel de Huahine. De la même manière Uvea est le nom originel — et toujours en usage aujourd’hui — de Wallis. Wallis, ça a été amené par l’étranger. Pourquoi ne pas citer ce vrai nom-là Uvea ? Où est le problème ? Et vous entendre dire parce que j’ai prononcé le nom Uvea vous êtes prêts à voter contre, alors là c’est gros. C’est gros. Enfin, bref, chacun assume sa position, j’étais intervenant. Je n’étais pas sur le texte, j’étais intervenant. J’ai le droit de citer des noms anciens comme ça.

Un autre point aussi que j’aimerais préciser, j’entendais dire avant d’aller donner des leçons à Wallis-et-Futuna sur la cherté de la vie, réglez d’abord notre cherté de la vie ici. Mais on ne va pas donner de leçons. Si vous m’aviez bien écouté dans mon intervention, je parlais de partage. Je parlais de partage. (Réaction de Mme Lana Tetuanui.) C’est un échange, oui, mais c’est un échange de point de vue entre la situation de Wallis-et-Futuna et la nôtre. Eh bien, ça peut être que positif pour tout le monde d’échanger comme ça. Il n’est pas question qu’on aille donner de leçons là-bas. Voilà.

Voilà les deux points, président, que je voulais corriger de la part de l’opposition.

Merci.

Le président : Nicole.

Mme Nicole Sanquer : Merci, Monsieur le président.

Je vais encore vous reprendre, Monsieur le Président du pays, parce que vous dites qu’il n’y a pas eu de création de postes de contrôleurs. Eh bien si, malheureusement, dans l’ancienne mandature, même si je ne faisais pas partie de la majorité, mais après le Covid, Monsieur Yvonnick Raffin, je crois, en a créé sept dans un premier collectif, puis cinq. Donc, on ne vous a pas attendu pour créer des postes de contrôleurs. Voilà. Il faut un peu aussi arrêter de dire qu’on n’a rien fait avant et heureusement, vous, on a tout fait après.

Le président : Lana.

Mme Lana Tetuanui : Oui, je ne vais pas paraître redondante, mais j’allais justement dire ce que Madame Sanquer vient de dire et rappeler au Président l’histoire du rétroviseur. Eh bien, Allen, commence déjà par dire au Président de la Polynésie qu’il faut arrêter de diriger ce pays avec deux rétroviseurs et toujours regarder derrière.

Ne jouez pas sur les mots, Monsieur le Président, en tout cas pas avec moi. Si vous avez cité « contrôleur », je peux aussi bien citer, que ce soit un contrôleur ou un agent. Un agent catégorie C peut-être, un agent catégorie B peut-être, mais ne jouez pas sur les mots avec moi.

Et puis je tiens quand même à vous rappeler, parce que je vous prends au mot là, faites attention aussi à ce qu’on envoie ici, quand vous citez, quand vous nous traitez — je ne sais pas qui, Édouard Fritch peut-être, Tepuaraurii peut-être — de danseuses, les danseuses devant la République, la seule différence entre peut-être nous, que vous estimez que nous sommes des danseuses, et vous, vous vous attablez carrément à la table de la puissance administrante que vous dénoncez aujourd’hui. Non seulement vous vous asseyez à leur table, mais vous bouffez dans le même plat que ceux-là.

Merci.

Le président : Oui, M. Steve Chailloux.

M. Steve Chailloux : Mes chaleureuses salutations à l’occasion de notre rencontre en cette matinée. Monsieur le président de l’assemblée, Monsieur le Président du gouvernement, à nous toutes et à nous tous, actrices et acteurs, bonjour. (Rires dans la salle.)

Alors je ne sais pas si je suis une danseuse de la République, je ne pense pas. (Réaction de Mme Lana Tetuanui.) Voilà. Moi, je ne pense pas avoir le shape silhouette pour être une danseuse de la République quand même, en toute modestie. Et aussi, même ma collègue Tepuaraurii, je ne pense pas qu’elle soit non plus une danseuse de la République, et on se connaît suffisamment pour se le dire, hein.

Non, juste une petite réflexion dans notre joute oratoire habituelle, et on a l’habitude maintenant, et concernant justement par rapport au fait qu’on ne va pas aller donner des leçons de cherté de la vie ou de résolution de cherté de la vie à nos voisins du Pacifique à partir du moment où nous-mêmes nous traversons une crise de la cherté de la vie. Le fait d’avoir cette position-là, c’est induire quand même insidieusement dans l’esprit de tout un chacun que la cherté de la vie est une particularité polynésienne. Or, la cherté de la vie, c’est une particularité mondiale, régionale, océanienne et nationale.

En tant que parlementaires, qu’est-ce que nous faisons ? Nous faisons des comités de discussion entre parlementaires, députés des outre-mer, pour discuter et voir ensemble comment on peut résoudre la problématique de la cherté de la vie au niveau de l’outre-mer. Ça se fait. Au niveau des gouvernements, ça se discute. Au niveau national, ça se discute. Et donc la cherté de la vie, n’en déplaise à certains, n’est pas une particularité polynésienne dont le Tavini huiraatira est la cause et doit à lui seul chercher des solutions. C’est un sujet mondial et régional. C’est ce que nous faisons en tant que parlementaires. Et donc forcément, je ne vois aucun inconvénient ni aucune contradiction lorsque nous envoyons, entre guillemets, « des techniciens » pour aller discuter, partager des expériences communes, des difficultés communes, parce que le diagnostic de la cherté de la vie, il y a un diagnostic endogène chez nous particulièrement, évidemment, mais il y a aussi un diagnostic régional, national et international. Ce sont ces échanges-là, je pense, qui sont importants pour la résolution de manière globale de cette problématique, encore une fois, mondiale de la cherté de la vie. Autrement, on pourrait également opposer le fait, lorsque nous entendons l’État vouloir se pencher sur la cherté de la vie des outre-mer, on pourrait leur opposer le fait : « Hé ! vous les Français, occupez-vous peut-être déjà de la cherté de la vie sur l’Hexagone avant de venir vous occuper de la cherté de la vie au niveau des outre-mer. » Mais non, puisque le tout est lié, le tout est imbriqué, et que pour trouver des solutions, c’est de manière commune et pas uniquement locale. Premièrement.

Le deuxième deuxièmement, c’est par rapport à — je ne sais pas c’est quoi le mot qu’il faut dire, l’invective — par rapport à la colonisation et que ça a commencé avec les religions. Ce n’est pas totalement vrai. D’un point de vue purement scientifique, le processus d’évangélisation et le processus de colonisation, ce sont deux sujets fondamentalement différents. Même les spécialistes, les universitaires ne sont pas d’accord sur ce fait. La colonisation, c’est l’imposition d’un système politique sur un territoire différent, émanant d’une puissance politique administrante. L’évangélisation c’est pour le coup l’imposition par la force ou non — et dans notre cas à nous, ça ne s’est pas fait par la force — d’un système de croyance au minimum. On pourrait dire éventuellement, et c’est là où je pourrais avoir un compromis acceptable sur le fait de dire qu’au minimum on pourrait dire que l’évangélisation aurait pu peut-être être une petite marche menant vers une autre étape, à la rigueur ; mais de dire que la colonisation première de ce pays est venue avec les missionnaires et que c’est d’abord avec les missionnaires, c’est tout simplement historiquement injuste et faux.

Merci. (Applaudissements sur les bancs du groupe Tavini huiraatira.)

Le président : Voilà, Merci bien.

Je mets aux voix l’article 1er : qui est pour ? À l’unanimité.

Merci.

Article 2

Le président : Article 2 : Même voix ? Même voix. Même vote, plutôt.

L’ensemble de la délibération, même vote. Donc la délibération est adoptée.



Les rapports peuvent être consultés sur le site internet de l'assemblée de la Polynésie française à l'adresse www.assemblee.pf
Les interventions en langues polynésiennes ont fait l'objet d'une traduction surlignée en gris.

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