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Rapport d'orientation budgétaire (ROB) du gouvernement en vue du débat préalable à l'examen du budget primitif de l'exercice 2026

Paru in extenso au JOPF n° 5 NA du 04/03/2026 à la page 583

Rapport d’orientation budgétaire (ROB) du gouvernement en vue du débat préalable à l’examen du budget primitif de l’exercice 2026


Présenté par M. le représentant Tematai Le Gayic

Le président : Alors, conformément à l’article 144-1 de la loi organique du 27 février 2004 modifiée portant statut de la Polynésie française, et à l’article 34-1 du règlement intérieur, l’assemblée se réunit afin de débattre des orientations budgétaires 2026.

Je demande au gouvernement de présenter les orientations budgétaires de 2026 et vous disposez d’une heure pour pouvoir le faire.

M. Warren Dexter : Merci président. À toutes et à tous réunis ici en cette matinée, bonjour.

Donc, nous avons à débattre ce matin des grandes orientations qui sont proposées par le gouvernement pour la construction de notre budget pour l’exercice 2026. Comme vous le savez, puisque c’est le même exercice chaque année, on définit ces orientations et on bâtit ce budget à partir de deux éléments essentiels. C’est d’abord de regarder ce qui se passe autour de nous. On fait un point de conjoncture internationale, au niveau national et puis au niveau local. Et puis, on fait un premier bilan de l’exécution du budget en cours. 

Alors, sur le premier point, qu’est-ce qu’on pourrait dire sur la conjoncture internationale ? C’est que, globalement, ça va bien, même s’il y a des points d’inquiétude qui sont liés notamment aux politiques suivies par le président Trump aux États-Unis, qui, comme vous le savez, peuvent avoir des impacts mondiaux importants, et puis aussi aux tensions géostratégiques qu’il y a ici et là, qui sont évidemment des facteurs d’anxiété pour l’économie mondiale. Les économistes aussi font valoir, et tirent la sonnette d’alarme parce que beaucoup de pays sont surendettés, en fait, à un niveau d’endettement important avec absence de réserve.

Au niveau national, je crois que tout le monde est aussi au courant, on a une crise politique importante qui est alimentée, en plus, surenchérie par des problèmes budgétaires importants, gros déficit, au niveau de l’entêtement, en tout cas, et qui va… Donc c’est un paramètre que l’on doit prendre en compte pour préfigurer un possible soutien amoindri de l’État dans le financement de nos politiques publiques.

Au niveau local, en revanche, on peut dire que la situation est plutôt bonne. Ce n’est pas parfait, mais en tout cas, les indicateurs, pour l’instant, sont au vert avec une progression de l’emploi, un climat des affaires qui reste au beau fixe. Les chefs d’entreprise restent globalement en confiance. Un nouveau tourisme aussi qui reste dynamique. Je crois qu’on va à nouveau battre cette année des records par rapport aux deux dernières années qui étaient déjà excellentes. L’activité de crédit aussi où il y a un tassement en début d’année, mais qui reprend, la production de crédits au niveau des banques. La conjoncture locale, globalement, pour l’instant, elle est bonne. Elle a un niveau d’emploi aussi qui reste dynamique. On reste en rythme de création d’emplois.

Ce qui nous fait dire que sur les orientations, sur l’exécution budgétaire, là aussi, pas d’inquiétude, si ce n’est qu’on a un bon niveau de réalisation, même supérieur aux prévisions, en tout cas, en termes de recettes. Mais je dirais que la différence par rapport aux années passées, c’est que ces augmentations de recettes, ne sont plus dues à l’inflation, qui est devenue quasiment très, très faible, puisqu’on reste à moins de 2 %, quoique l’année dernière, on a fini en glissement à 1,4 %. Donc, ces augmentations de recettes, on les doit vraiment à l’activité économique. Il y a une vraie reprise de l’activité économique, qui est donc un bon signe pour nous et qui explique que, d’ailleurs, tous les indicateurs soient au vert au niveau de… en tout cas, les indicateurs qui sont tenus par l’ISPF et l’IEOM.

L’exécution budgétaire est bonne. Le crédit de paiement aussi a un bon taux d’exécution, donc un niveau de trésorerie confortable qui nous permet de construire un budget 2026 en toute sérénité.

Alors, les grandes lignes de ce budget, je dirais qu’on va mettre particulièrement l’accent pour 2026, évidemment, toujours sur la lutte contre l’ice, qui reste la priorité principale. Des efforts également en matière de santé, des efforts également en matière de logement, poursuivre nos efforts de production de logement, et aussi rester vigilants sur les Jeux du Pacifique où l’échéance s’approche, en 2027. On doit redoubler d’efforts pour être au rendez-vous au niveau des investissements.

Voilà ce que je pouvais vous dire globalement sur les grandes lignes de ce budget de 2026, étant précisé qu’il y avait évidemment les grandes lignes politiques que nous soutenons depuis 2023, notamment pour la lutte contre la cherté de la vie, où on poursuit nos efforts avec une série de mesures qui, ensemble, vont pouvoir impacter significativement et positivement le portefeuille des Polynésiens. Voilà ce que je pourrais dire dans un premier temps, président.

Merci.

Le président : Merci, Monsieur le Ministre. Donc, j’invite maintenant le rapporteur, Monsieur Tematai, à présenter les observations de la commission des finances. Vous disposez de 30 minutes.

— PRÉSENTATION DU RAPPORT—

M. Tematai Le Gayic : Merci, Monsieur le Président de l’assemblée, Monsieur le Président du pays, Madame la vice-présidente, Madame, Messieurs les ministres, Messieurs les présidents Fritch, Tong Sang et Temaru, à nous tous réunis ici, je vous adresse mes chaleureuses salutations à l’occasion de cette rencontre en cette nouvelle matinée.

Comme le veut le règlement intérieur, je présenterai fidèlement les discussions qui ont eu lieu au sein de la commission des finances.

Nous voici donc réunis pour un moment essentiel de notre démocratie, celui du débat d’orientation budgétaire, qui n’est pas qu’une formalité administrative, mais qui se veut être un acte de responsabilité politique. C’est le moment où la représentation polynésienne examine nos choix, celles de demain, discute des équilibres financiers et surtout interroge le sens de notre action publique. Ce moment est également celui où nous affirmons notre capacité collective à planifier, anticiper et gouverner avec lucidité.

Conformément à l’article 34-1 de notre règlement intérieur, la commission des finances s’est tenue sur 3 journées d’audition les 17, 20 et 21 octobre, l’ensemble du gouvernement, le Président du pays, la vice-présidente, l’ensemble des ministres se sont présentés face aux élus de la commission et aux non-membres pour présenter leurs orientations et répondre sans détour aux questions des représentants. Près de 14 heures d’échange intense et constructif. Et je veux saluer ici le gouvernement, leur transparence, la participation active de l’ensemble de leur cabinet respectif et remercier les collègues représentants, membres de la commission, pour leur participation à nos échanges. Ces échanges ont montré une maturité institutionnelle, mais surtout une volonté commune, celle de construire un budget qui sert au peuple et à une réalité du quotidien.

Notre économie, comme l’a rappelé le ministre, aujourd’hui montre des signes encourageants avec une croissance constante. Mais ceci dit, la pression sur les importations et la longue transformation de nos filières productives nous rappellent ô combien notre modèle économique est très fragile. Face à ce constat, le gouvernement a choisi une trajectoire budgétaire prudente, mais déterminée, des recettes stabilisées, des dépenses recentrées sur les priorités sociales et une dette extrêmement bien maîtrisée.

Cette discipline financière est essentielle, elle garantit notre autonomie budgétaire et notre crédibilité, mais la prudence ne doit jamais signifier l’immobilisme, car chaque franc public doit être un franc juste, bien dépensé, un franc utile et un franc qui transforme.

Les priorités sociales et sanitaires ont occupé une place centrale dans nos débats. La lutte contre les addictions, notamment la lutte contre la méthamphétamine, l’ice, a suscité un large consensus au sein des bancs politiques. La transformation du fonds de prévention sanitaire et sociale en fonds de lutte contre les addictions doit permettre, selon le gouvernement, d’aller au-delà de la prévention pour agir sur la prise en charge, la réinsertion et l’accompagnement des familles.

La commission a également salué la gratuité des cantines scolaires dans les collèges et lycées, mesure annoncée par le Président à l’ouverture de la session budgétaire, une mesure concrète attendue pour soulager les familles, notamment les classes moyennes. Son extension progressive aux écoles primaires devra se faire main dans la main avec les communes, cela a été rappelé par la commission des finances, afin que chaque enfant du pays, sur chaque île, puisse bénéficier d’un repas équilibré.

Les échanges ont également porté sur la carte de remise sur les produits PPN destinés aux foyers les plus modestes et sur la création d’une aide au paiement des loyers en complément du dispositif de prêt à taux zéro afin de soutenir les familles des classes populaires et des classes moyennes en augmentant leur pouvoir d’achat.

Sur la santé, la commission a salué les efforts engagés pour renforcer la proximité des soins, développer la télémédecine dans les archipels et faire aboutir des projets structurants : la création des établissements publics de santé, la finalisation du pôle de santé mentale, l’Oncopole, le Centre 15-18 ou encore la valorisation des métiers du soin afin d’augmenter l’attractivité du secteur. Ces politiques sociales traduisent une même exigence : défendre la dignité et la santé de chaque Polynésien.

Le deuxième grand axe de nos travaux a porté sur la production, la formation et l’emploi. Notre pays doit renouer avec une économie réelle qui produit, transforme et crée de la valeur. Les réformes fiscales en préparation s’inscrivent dans cette ambition : simplifier les taxes en fusionnant les dispositifs, introduire un taux réduit de TVA 1 % dans les archipels éloignés afin d’augmenter leur attractivité, faciliter l’accès à la défiscalisation par la suppression de l’AMI, sans assouplir le contrôle des deniers publics. Ces évolutions fiscales doivent soutenir les filières productives, l’agriculture, la pêche, l’artisanat, l’énergie, le tourisme, les mobilités, et renforcer la compétitivité des entreprises polynésiennes.

Mais produire bien nécessite une main-d’œuvre qualifiée. La formation professionnelle a donc occupé une place importante dans nos débats. Former aujourd’hui au métier de demain, c’est préparer notre pays à la transition numérique, transition énergétique et la transition écologique. C’est surtout offrir à notre jeunesse, qui, chaque année, part à l’international, les moyens d’accéder à un emploi digne et durable dans leur pays.

La commission a souligné la nécessité de renforcer la coordination entre les dispositifs de formation et les besoins réels du marché, en associant davantage les entreprises. Elle a également salué le lancement du projet PEPERU, qui vise à transformer en profondeur la fonction publique du pays. Ce projet PEPERU, au-delà d’une réforme administrative, devrait être un véritable levier de modernisation et d’efficacité de notre administration. Il doit permettre à nos services d’être plus proches, plus réactifs et plus humains et cela a commencé par le déploiement des Fare Ora. 

Le tourisme, moteur essentiel de notre économie, a occupé une place majeure dans nos échanges. L’objectif de retrouver l’équivalent économique de 600 000 touristes doit rester un cap, mais il doit être accompagné d’une politique cohérente et planifiée. Cela passe par des hôtels et des pensions de familles supplémentaires, par la création de galeries marchandes et d’infrastructures d’accueil, par des mobilités diversifiées, par la formation de nos prestataires et par des aménagements respectueux de notre environnement et de notre culture. Notre ambition n’est pas seulement d’accueillir plus de visiteurs, mais de mieux accueillir avec respect notre écosystème commun.

Le transport aérien, qu’il soit intérieur ou international, a également été au cœur des préoccupations des élus. Les délégations des services publics doivent garantir le désenclavement des archipels, tout en préservant le pouvoir d’achat des Polynésiens. Nous devons veiller à ce que la continuité territoriale ne soit jamais soumise à la seule logique économique, mais reste un droit pour chaque citoyen de notre pays.

La commission a également salué le travail réalisé par le ministère des grands travaux. La multiplication des abris de bus, la modernisation des routes, le développement des pistes cyclables et la baisse du prix du ticket du bus sont des avancées concrètes pour les Polynésiens. Ces projets contribuent directement à la cohésion sociale et au cadre de vie de nos familles. La commission encourage à poursuivre cette dynamique, à renforcer la concertation avec les communes et à maintenir le cap vers des infrastructures pensées à long terme et adaptées aux besoins de chaque territoire. C’est la raison pour laquelle la commission félicite le ministre des grands travaux pour ses plans quinquennaux.

La jeunesse et l’éducation ont également été au cœur de nos discussions. Les efforts en faveur de la persévérance scolaire, de la rénovation des établissements et du développement des internats doivent être poursuivis avec détermination. Nos écoles doivent être modernes, accueillantes, ancrées dans notre environnement et doivent être surtout inclusives ; accueillir les enfants en situation de handicap, c’est affirmer que notre pays ne laisse personne au bord de la réussite.

La commission a également salué la création prochaine du Māʹohi pass, un dispositif novateur qui alliera sport, culture et jeunesse pour renforcer la cohésion sociale, la santé et le sentiment d’appartenance à une communauté, parce que le sport, au-delà de la performance, est un outil de lien et de respect.

Enfin, la commission a rappelé l’importance d’une gouvernance cohérente et d’une véritable planification publique. Notre pays doit se doter d’une vision pluriannuelle claire, articulant les politiques économiques, sociales et environnementales. Planifier, ce n’est pas se figer, c’est décider, orienter et donner du sens à notre action publique. C’est une logique que nous devons assumer si nous voulons bâtir une Polynésie souveraine sur le plan économique, juste sur le plan social, et durable sur le plan environnemental.

Monsieur le Président du pays, Mesdames, Messieurs les ministres, chers collègues, les débats menés en commission montraient la richesse des échanges et la profondeur du travail parlementaire et de la maturité de cette institution.

Les élus de cette assemblée seront attentifs à ce que le budget primitif de 2026, qui sera déposé dans les prochains jours, traduise fidèlement les débats tenus dans notre hémicycle, qu’il transpire véritablement l’esprit de ce rapport d’orientation budgétaire, et qu’ils soient en adéquation avec la réalité vécue par les Polynésiens et les ambitions que nous portons dans cet Hémicycle.

Voici, Monsieur le président, la teneur des échanges qui ont eu lieu durant la commission.

Merci bien.

Le président : Merci bien.

Donc, pour les interventions sur les orientations budgétaires, la conférence des présidents a prévu un temps de parole de 120 minutes répartis comme suit : le groupe Tavini huiraatira, 78 minutes ; le groupe Tapura huiraatira, 33 minutes et les non-inscrits, 9 minutes.

J’invite l’intervenant des non-inscrits à prendre la parole.

Teave Chaumette.

Mme Teave Boudouani-Chaumette : Monsieur le Président, Madame la vice-présidente, Madame et Messieurs les ministres, mes chers collègues, cher public, le rapport d’orientation budgétaire que nous examinons aujourd’hui constitue un exercice essentiel, parce qu’il nous permet non seulement de mesurer la trajectoire budgétaire du pays, mais surtout, de questionner le sens et la cohérence que nous voulons donner à cette trajectoire.

Je tiens d’abord à saluer la clarté des présentations et les efforts de transparence des ministres, hormis ceux non présents. Pourtant, l’examen du ROB doit rester un moment de dialogue entre les représentants et les ministres, un temps d’échange sur les orientations à venir, avant la présentation du budget à l’assemblée, lequel Monsieur le président de la commission des finances ne doit pas se confondre avec les questions orales ou écrites. 

S’agissant du ROB, les données présentées par l’ISPF montrent que notre économie reste sur une croissance modérée mais stable, plus d’1 % en volume en 2024, portée par la demande intérieure et une inflation à un retour plus maîtrisé, autour de 1,2 %. Ces résultats traduisent la résilience de notre économie dans un contexte international fragilisé, encore instable, mais cette stabilité ne doit pas masquer certaines fragilités structurelles : la baisse réelle de nos exportations, la concentration des investissements dans les îles-du-Vent et la hausse continue des dépenses de fonctionnement.

Nos choix budgétaires sont-ils vraiment soutenables ? En effet, depuis la crise du Covid, les recettes réelles de fonctionnement du budget du pays ont connu une progression significative, enregistrant une hausse de près de 16 %, rendue possible par la croissance des recettes fiscales, passées de 98,6 milliards à 137,2 milliards de francs, soit plus de 38 milliards sur la même période, notamment sous l’effet de la hausse de la TVA, de 46,1 à 62 milliards, soit + 15,9 milliards, et des droits à l’importation de 19,2 à 24,5 milliards, soit + 5,3 milliards. Autrement dit, le pays encaisse et les familles décaissent, et elles risquent fort de trinquer et trinquer encore et encore. Si aucune mesure forte n’est prise pour améliorer leur pouvoir d’achat et organiser une redistribution suffisante et mesurable pour compenser cette pression fiscale, les chiffres ne mentent pas.

Dans ce contexte, maintenir une croissance des recettes fiscales n’a pas de sens et risque bel et bien d’essouffler la Polynésie tout entière, d’autant que la trésorerie du pays atteint des niveaux records et que la loi du pays sur la réforme du RNS va s’ajouter demain à cette pression financière sous prétexte de mettre les gens dans les bonnes cases, à la veille de l’unification des régimes sociaux.

Monsieur le Président, peut-on parler de pouvoir d’achat quand on augmente les charges sur le revenu et l’emploi ? L’exercice 2026 devait être, selon nous, l’occasion d’un tournant budgétaire clair, alléger la pression sur les bas comme les moyens revenus et donner de l’air à l’entrepreneuriat.

AHIP partage plusieurs des orientations retenues dans le ROB, notamment celles qui visent à diminuer la fiscalité, la rendre plus lisible et plus cohérente, avec des objectifs poursuivis en matière de santé, comme en faveur de la préservation de notre environnement, mais regrette que ces mesures n’aillent pas plus loin, en baissant notamment la CST sur les revenus d’activité, autres que celles liées à l’agriculture. Pourquoi retenir cet unique secteur d’activité dès lors que le RNS va impacter les revenus de tous les secteurs d’activité ?

En outre, si la lutte contre la cherté de la vie s’affirme toujours comme une priorité, aucune orientation stratégique claire n’est donnée pour agir sur la structure même des marchés, dès lors que le droit nous a récemment rappelé que la réglementation des prix s’arrête où la liberté d’entreprendre naît. C’est bien sur ce sujet que l’APC est attendue pour agir en priorité depuis de nombreuses années. La carte prépayée d’aide sociale, la réforme des PPN, la diminution de la TVA dans les îles ne régleront pas le problème de fonds lié à la concentration de nos marchés, au manque d’ouverture, à la concurrence dans les secteurs essentiels. Un vrai dialogue de gestion avec l’autorité polynésienne de la concurrence doit être instauré sur ce sujet commun aux Outre-mer.

Concernant les dépenses publiques, nous resterons attentifs à la marge de progression des dépenses de fonctionnement de notre budget, car elles doivent être contenues afin de préserver nos marges d’investissement. Les dépenses liées aux procédures administratives introduites dans nos textes génèrent et alourdissent inutilement les charges de fonctionnement et notamment de personnel et, à force de vouloir tout encadrer, l’administration finit par s’enliser elle-même. Trop de procédures tuent la décision. Trop de contrôles tuent l’action.

S’agissant des politiques sectorielles, les orientations présentées concernant les volets santé et social ne nous apparaissent pas suffisantes pour répondre aux enjeux de demain. La Polynésie fait face à un vieillissement de sa population, à une hausse des maladies chroniques et à une pression croissante sur les structures hospitalières. Or, les propositions du ROB ne traduisent pas encore une stratégie claire pour renforcer la prévention auprès des populations adultes, pour contenir le développement des maladies chroniques en responsabilisant mieux les comportements individuels, assurer la prise en charge de la vieillesse qui se limite à une revalorisation du dispositif aidant familiaux, comme de la santé mentale, notamment celle des personnes à la rue.

Monsieur le Président, nos oiseaux des rues n’ont pas comme problématique que le logement, que l’insertion, que l’emploi. Ils ont des problèmes de santé et surtout de santé mentale. Ce sont nos enfants, nos familles, nos familles. Quel type de société, aujourd’hui, laisse nos malades, nos familles à la rue ? Nous injectons des milliards dans nos hôtels cinq étoiles. Monsieur le Président, dans votre mandature, s’il vous plaît, prenez en charge ces enfants de la rue, nos petits oiseaux, comme Père Christophe les appelle.

Sur le plan social, les mesures prévues au travers des différentes politiques publiques nous apparaissent insuffisantes pour prétendre aboutir à des résultats tangibles, pour lutter contre les violences intrafamiliales comme en faveur de la diminution de la pauvreté. Les travailleurs pauvres, cette masse silencieuse qui chaque matin se lève pour aller travailler, qui contribuent à la vie économique du pays, mais qui a toujours autant de mal à payer ses factures, se loger ou se soigner dignement, voient leur situation se dégrader sous la contrainte de la hausse, de la pression fiscale et de main du RNS. Et pendant ce temps, d’autres, plus en marge du système, en tirent des bénéfices sans réel contrôle, ce qui accentue le sentiment d’injustice sociale.

Nous ne pouvons pas fermer les yeux sur cette réalité. Les observations de la Chambre territoriale des comptes nous ont rappelé récemment que malgré des moyens conséquents, près de 47 milliards F CFP de dépenses de fonctionnement et plus de 9 milliards F CFP en investissement en 2023, l’absence d’évaluation et de pilotage transversal empêchent encore de mesurer l’efficacité réelle des dispositifs sociaux. Malgré ce constat, le ROB ne répond pas à cet appel.

Le groupe A here ia Porinetia appelle à une révision ambitieuse des priorités sociales et sanitaires pour que nos politiques publiques redonnent un sens concret à la solidarité et que le travail redevienne une voie d’émancipation, pas de survie.

Mesdames et Messieurs les ministres, nous partageons la volonté d’assurer la stabilité financière du pays, mais nous tenons à rappeler que le budget n’est pas un but en soi. Il doit rester un levier au service d’une vision politique claire et humaine où la rigueur s’accompagne d’équité et où le développement économique se traduit en mieux vivre pour nos concitoyens. C’est dans cet esprit que nous aborderons le débat budgétaire à venir avec exigence, mais aussi avec ouverture et sens de responsabilité de tout un chacun.

Merci.

Le président : Merci bien.

J’invite maintenant l’intervenant du groupe Tavini huiraatira à prendre la parole.

Le premier intervenant, oui. Tevaipaea.

M. Tevaipaea Hoiore : Merci bien, Monsieur le président. Monsieur le président de l’assemblée, Madame la secrétaire générale, Monsieur le Président du gouvernement, Madame la vice-présidente, chers ministres, chers élus réunis ici aujourd’hui, les médias, les internautes qui nous suivent à travers les réseaux sociaux, bonjour.

Quand nous parlons d’éducation, nous parlons de la vie de nos enfants. C’est à l’école qu’ils passeront la plus grande partie de leur enfance, et nos jeunes, la plus belle partie de leur jeunesse. C’est là qu’ils apprennent, qu’ils se construisent. C’est là que se joue leur avenir et celui de notre pays.

Le Rapport d’orientations budgétaires 2026 a pour objectif de construire une école qui nous rassemble et nous ressemble. Une école Polynésienne à la fois exigeante et bienveillante, enracinée dans notre culture, ouverte sur le monde, et capable d’accompagner chaque élève selon ses besoins, ses talents… Cette vision, nous la partageons pleinement et nous la voyons se concrétiser sur le terrain petit à petit.

Tout commence par un principe simple : « Développer le sentiment d’appartenance des élèves à leur école, c’est les aider à mieux apprendre. »

C’est tout le sens du Plan Marshall de l’éducation, qui continue de transformer nos établissements : internats rénovés, classes modernisées, meilleure sécurité, et six nouveaux CPE recrutés pour renforcer la vie scolaire.

Mais soyons lucides : les chefs d’établissement, les enseignants, les agents, les parents et les élèves eux-mêmes nous le disent, les besoins restent considérables. Nous avons 20 ans de retard à rattraper.

Beaucoup d’établissements, à Tahiti, à Moorea comme dans les archipels, attendent encore la rénovation de leurs infrastructures et une amélioration des conditions de vie et de transport.

C’est là que le Plan Marshall prend tout son sens.

L’éducation, c’est aussi l’inclusion. Nos écoles accueillent de plus en plus d’enfants à besoins particuliers, accompagnés par des AESH mieux formés et plus nombreux. 

Les familles attendent des réponses adaptées, et c’est tout le sens du développement des classes spécialisées pour enfants autistes, qui doivent être plus nombreuses à Tahiti comme dans les archipels, en partenariat avec la Direction des solidarités et la CTES (Commission technique de l’enseignement spécialisé). Et nous devons mieux reconnaître et accompagner le TDAH, un trouble du neurodéveloppement qui demande lui aussi une prise en charge éducative spécifique. Mais tout est une question de moyens, et nous devrons, ensemble, garantir que cela puisse fonctionner réellement.

Chaque enfant doit avoir sa place dans l’école du pays. Pas à côté, pas en marge, mais pleinement au cœur du système éducatif. Pour ce faire, il faudra également faire évoluer le code du handicap, dit « code Barrême », qui n’est plus d’actualité.

Et parce qu’apprendre, c’est aussi s’épanouir, notre politique éducative mise sur le bien-être à l’école : « Comprendre les attitudes des enfants, c’est déjà les aider à mieux apprendre. »

Cette approche guide la mise en place des formations à la neuro-éducation et du programme « Bien-être, bien apprendre », désormais déployé de la maternelle au lycée. Il s’agit de créer un climat scolaire apaisé, où l’on apprend dans la confiance et dans l’écoute mutuelle.

Voici ce que disaient nos jeunes parlementaires de l’assemblée junior ici même en avril dernier : « À l’école, nous passons beaucoup de temps à apprendre, à jouer et à grandir ensemble. Mais parfois, nous avons aussi des moments difficiles : nous pouvons nous sentir tristes, stressés, en colère, harcelés ou seuls. Et nous ne savons pas toujours comment exprimer ce que nous ressentons, ni à qui en parler. »

Ces mots simples rappellent pourquoi ce programme est essentiel : aider chaque enfant à mettre des mots sur ses émotions, à trouver de l’écoute et à grandir dans un cadre bienveillant.

C’est dans ce même esprit qu’apparaîtront bientôt les salles sensorielles dans plusieurs établissements. Un projet né de l’assemblée junior, voté ici par les élèves eux-mêmes : la preuve que nos enfants savent eux aussi proposer des solutions pour mieux vivre à l’école.

Mais l’école n’est pas seulement un lieu de savoir : c’est aussi un lieu où se construisent des valeurs.

« Construire le citoyen de demain, c’est agir dès aujourd’hui. »

Lutte contre les violences, le harcèlement, les discriminations, les addictions : ces combats doivent commencer dès la cour de récréation. Les programmes École en santé, les espaces d’écoute, la ligne verte, ou encore les initiatives culturelles comme le Heiva Taureʹa ou le Hīmene Tumu participent à cette dynamique tout en luttant contre le décrochage scolaire.

Aucune réforme durable n’est possible sans enseignants bien formés et reconnus. Le ROB 2026 le rappelle : la formation continue est au cœur de la réussite du système éducatif.

Nos enseignants, nos CPE, nos taties, nos conseillers pédagogiques seront formés à l’inclusion, à la différenciation, à la gestion des émotions, etc. Ces efforts, souvent silencieux, sont la clé de la réussite collective.

L’enseignement secondaire et supérieur s’ouvrent à de nouvelles ambitions.

De nouvelles filières voient le jour : le Campus des métiers et des qualifications hôtellerie-tourisme, le CMQ Mer, la Prépa HEC et bientôt Sciences Po du Pacifique.

Ces dispositifs permettent d’ancrer la réussite ici, tout en préparant à la mobilité.

Le programme Sciences Po du Pacifique, en partenariat avec la Nouvelle-Calédonie et Sciences Po Lille, ouvrira en 2027.

La classe internationale du lycée Diadème, les programmes de mobilité avec BYU-Hawaii, ou les stages à l’international sont autant de passerelles entre le fenua et le monde.

Le Fare de l’étudiant facilite les démarches, le site etudiant.pf simplifie les aides, et les bourses revalorisées soutiennent les familles.

Les logements étudiants augmentent — 74 à Paraita, 392 à Outumaoro, et plus de 800 places prévues à terme — tandis que les campus connectés permettent d’étudier depuis Raiatea, Rangiroa, Teva i Uta, Tubuai ou les Marquises. Étudier depuis son île ou atoll doit être une réalité.

Mais s’ouvrir au monde ne veut pas dire oublier d’où l’on vient.

« L’enseignement du (de la) langue polynésienne n’est pas un retour en arrière. C’est une ouverture vers un avenir plus enraciné, plus confiant, plus polynésien. »

Le Plan d’action territorial pour les langues 2023-2028 et le Plan REO de formation des enseignants à maitriser leur langue maternelle renforcent cette priorité.

Le développement des classes bilingues et la création d’une école immersive en langue polynésienne s’inscrivent dans cette dynamique.

Parce qu’apprendre dans sa langue, c’est apprendre avec le cœur. Et un enfant qui parle sa langue, c’est un enfant qui sait d’où il vient.

Enfin, l’un des objectifs majeurs est que le pays exerce pleinement sa compétence éducative, comme le prévoit la loi organique. Cela se traduira par la Charte de l’éducation, attendue pour 2026. Une charte polynésienne à notre image : exigeante, bienveillante, ouverte et enracinée.

Elle s’accompagnera de la reprise progressive de la tutelle du second degré et des écoles privées, pour bâtir une politique éducative unifiée, du premier degré jusqu’à l’Université.

Mes chers collègues, le Plan d’action territorial pour les langues 2023-2028, le Plan Marshall de l’éducation et la future Charte de l’éducation sont les trois piliers et outils de notre politique éducative sur le long terme.

N’oublions pas que l’avenir de (la) Māʹohi Nui (NDT, Polynésie française) se construit chaque matin, dans une salle de classe, sur un banc d’école, dans le regard d’un enfant qui apprend à croire en lui pour demain être prêt à construire son pays.

Nos enfants sont notre pays.

Continuons à investir dans l’éducation : parce que c’est là que tout commence, là que tout se joue, et là que se construit notre dignité.

Merci de votre attention.

Le président : Merci bien.

Je passe la parole à Heinui pour la suite.

M. Heinui Le Caill : Merci, Monsieur le président.

Monsieur le Président du pays, Madame la vice-présidente, Madame la ministre, Messieurs les ministres, membres des cabinets, chers collègues représentants, représentantes, Messieurs et Mesdames de la presse, internautes et publics, bonjour.

Après avoir parlé de l’école, parlons maintenant de ce qui prolonge l’éducation au-delà des salles de classe : la jeunesse et le sport.

Notre jeunesse, c’est l’énergie du pays.

Elle porte nos espoirs, nos talents, mais aussi nos inquiétudes. Dans ce rapport d’orientation budgétaire 2026, une chose est claire : la jeunesse n’est plus un « public cible », elle est une priorité du pays.

Aujourd’hui, il ne s’agit plus seulement d’aider les jeunes à « s’en sortir », mais de leur donner les moyens de se construire, d’oser et de participer à la vie du fenua. Les dispositifs se mettent en place et vont dans ce sens ou tendent à aller dans ce sens.

Le Schéma directeur de la jeunesse trace une feuille de route ambitieuse pour les 10 prochaines années. Il s’appuie sur trois piliers simples : l’autonomie, la santé et l’engagement citoyen. Et cette politique ne se fera pas depuis Papeete. Elle se construit sur le terrain, dans les communes, les associations, les établissements scolaires, avec ceux et celles qui connaissent nos jeunes.

C’est dans cet esprit que le Fare tama hau continue d’évoluer. Ce lieu d’écoute et de prévention a déjà fait ses preuves.

Désormais, il servira de modèle pour la création de maisons de l’enfance et d’espaces jeunes, à Tahiti, à Moorea et dans les archipels. Un nouvel espace ouvrira d’ailleurs ses portes d’ici la fin de l’année, et une équipe mobile inter-îles viendra renforcer le lien avec les familles et les acteurs de terrain.

C’est ainsi, pas à pas, que se construit une politique de jeunesse de proximité, ancrée dans la réalité de nos quartiers et de nos archipels.

Mais accompagner la jeunesse, c’est aussi prévenir la souffrance et les dérives.

Trop de jeunes se sentent isolés, en perte de repères, parfois même en danger.

Le ROB 2026 renforce la prévention, l’écoute et le soutien psychologique, en lien avec les associations, les communes et les établissements scolaires.

Car la lutte contre les addictions et contre la méthamphétamine (l’ice), ce fléau qui frappe nos familles, ne se gagnera pas seulement par la répression. Elle se gagnera aussi par la prévention, par l’éducation et par le sport, qui restent les meilleurs remparts contre la détresse et l’ennui.

D’ailleurs, soutenons la mise en place du Mā’ohiPass, comme nous a présenté notre rapporteur qui allie la culture du sport pour nos jeunes qui n’ont pas les moyens d’y accéder.

Le sport n’est pas un luxe : c’est une école de la vie.

Il apprend l’effort, la solidarité et le respect ; il rassemble et redonne confiance. C’est aussi un formidable outil de santé publique et de cohésion sociale.

Le Fonds pour la prévention, la santé et la solidarité (FPSS) joue un rôle central dans cette politique. Il finance déjà des actions de sport-santé, de cohésion sociale et de prévention des addictions, et, selon les prévisions du gouvernement, une enveloppe de 400 millions F CFP y sera consacrée en 2026 pour renforcer la lutte contre l’ice et les autres formes d’addiction.

C’est un signal fort : la prévention, la santé et le sport avancent ensemble, comme des leviers concrets de protection de la jeunesse et de solidarité du pays.

En parallèle, se développent des centres de performance polynésiens pour accompagner nos athlètes, et des efforts sont engagés pour réhabiliter les terrains, stades et gymnases, notamment dans les archipels.

L’objectif est clair : rendre le sport accessible à tous, dans les écoles comme dans les quartiers, et faire de chaque espace sportif un lieu d’épanouissement et de fierté.

À l’horizon 2027, Māʹohi Nui (NDT, Polynésie française) accueillera les Jeux du Pacifique. Ce ne sera pas seulement un événement sportif, mais un projet collectif, un projet de jeunesse, d’unité et de fierté nationale.

Ces Jeux seront l’occasion de montrer au monde notre capacité à accueillir, à performer et à partager nos valeurs. Mais au-delà de la compétition, ils doivent laisser un héritage durable : des infrastructures sportives modernisées, des formations créées, et des jeunes inspirés à s’engager dans le sport, le tourisme ou l’organisation d’événements, etc.

Parce qu’au fond, les Jeux du Pacifique ne sont pas qu’une vitrine sportive. Ils sont un symbole de ce que nous voulons construire : un pays qui croit en sa jeunesse, en sa solidarité, en sa capacité à se dépasser ensemble.

Ils seront aussi une école du civisme et du dépassement de soi. Chaque jeune qui y participera, comme athlète, volontaire ou spectateur, y apprendra ce que signifient vraiment les mots effort, partage et fierté d’appartenir à notre pays.

Dans cette même dynamique, le développement du volontariat, du service civique, des formations aux métiers du sport ou encore des actions de citoyenneté environnementale ouvre des perspectives concrètes.

Nos jeunes ont soif de projets utiles, de causes à défendre, de fierté à partager. Et c’est à nous, collectivement, d’ouvrir ces chemins d’engagement.

Mes chers collègues, investir dans la jeunesse et le sport, c’est investir dans la réussite sociale, dans la santé publique et dans l’avenir de Māʹohi Nui (NDT, Polynésie française). Notre jeunesse n’est pas une charge budgétaire : elle est la force vive du pays. Chaque fois qu’un jeune trouve sa voie, chaque fois qu’un athlète dépasse ses limites, c’est tout le pays qui avance. Alors continuons à croire en eux, à leur faire confiance, à leur donner les moyens de réussir. Parce que c’est avec eux, et pour eux, que se construira un pays solidaire, fort et confiant que nous voulons pour demain.

Merci.

Le président : Merci. (Applaudissements sur les bancs du groupe Tavini huiraatira.)

Y a-t-il d’autres intervenants ? S’il n’y a pas d’intervenants, je me tourne vers le Tapura huiraatira.

M. Steve Chailloux : Président.

Le président : Pardon ? Oui, qui ? Eh bien, levez la main !

Steve, à toi.

M. Cliff Loussan : Président de l’assemblée, Président du gouvernement, Madame la vice-présidente, chers ministres, président Édouard, président-père-fondateur, chers collègues, Mesdames et Messieurs de la presse, cher public, à nous tous, bonjour par la grâce de Dieu.

Chers collègues, nous le savons, le secteur du tourisme occupe une place centrale dans notre économie, dans nos équilibres sociaux et dans notre image à l’international.

À travers le Rapport d’orientation budgétaire 2026, nous avons aujourd’hui l’occasion de réfléchir ensemble à la trajectoire que nous voulons donner au tourisme à Māʹohi Nui (NDT, Polynésie française).

Car au-delà des chiffres, le tourisme n’est pas qu’une activité économique : c’est aussi une question de souveraineté.

Il conditionne notre capacité à financer nos politiques publiques, à réduire nos dépendances, et à préparer sereinement l’accession de la Polynésie à sa souveraineté.

Le ROB 2026 montre que le tourisme bénéficie d’investissements structurants : modernisation des aéroports, des ports, des routes d’accès, amélioration des hébergements, et développement des équipements touristiques.

À cela s’ajoutent la formation professionnelle, la promotion internationale et les partenariats financiers avec l’AFD, la Banque des Territoires ou encore l’Arava.

Ces orientations budgétaires traduisent une volonté claire : consolider un secteur qui irrigue toute notre économie — hôtellerie, restauration, artisanat, agriculture, transport et culture.

Chaque franc investi dans le tourisme génère des retombées concrètes pour nos familles, nos communes et nos archipels.

Nous le martelons depuis 2023, il est essentiel que le développement touristique soit équilibré : il ne doit pas se concentrer uniquement sur Tahiti ou Bora Bora.

Ainsi, les retombées du tourisme doivent bénéficier à l’ensemble de notre fenua, pour ne laisser aucun archipel à l’écart.

Concernant les budgets consacrés à la promotion internationale, aux campagnes de destination et aux nombreux festivals : ceux-ci sont indispensables pour le rayonnement et la visibilité de nos îles.

Mais cette promotion ne doit pas se limiter à une simple image de carte postale destinée aux marchés extérieurs. Elle doit avant tout continuer à refléter notre identité, notre culture, notre langue.

La langue polynésienne doit être entendue partout : dans nos écoles, nos quartiers, nos lieux publics et ainsi, nous pourrons nous targuer d’être dans un tourisme inclusif.

Nos artistes doivent être soutenus, et nos récits portés par nous-mêmes.

C’est ainsi que nous ferons du tourisme un levier de valorisation de notre culture, et non de sa folklorisation.

Pour le Tavini huiraatira, le tourisme doit être au service de la souveraineté économique.

Cela signifie :

  • qu’il faut former nos jeunes pour qu’ils soient les premiers bénéficiaires des emplois créés ;
  • poursuivre la promotion auprès de nos populations d’un tourisme durable, respectueux de nos lagons, de nos terres et de nos ressources ;
  • poursuivre la valorisation nos savoir-faire et notre culture pour offrir une expérience authentiquement polynésienne ;
  • et répartir équitablement les retombées économiques entre les archipels.

Car un pays qui maîtrise ses ressources et gère ses revenus est un pays capable de choisir librement son avenir.

Le tourisme doit donc être un outil d’émancipation, pas de dépendance.

Monsieur le Président, vous êtes aussi le ministre du tourisme. À ce titre, vous portez une responsabilité particulière. Nous saluons les objectifs de renforcement des liaisons internationales, afin de consolider la place de notre pays sur l’échiquier mondial avec de nouveaux partenariats ainsi qu’un désir affirmé d’être plus respectueux d’un tourisme durable.

Nous saluons également le souhait exprimé dans ce ROB 2026 de moderniser et développer les aéroports de notre pays, à commencer par celui qui est la porte d’entrée de nos visiteurs vers la Polynésie, à savoir Tahiti-Faaʹa… J’ai même envie de dire : « enfin ! » Et surtout « merci ! »

Mais nous en appelons à votre bienveillance à aller plus loin :

  • en garantissant davantage de transparence sur les aides aux grands projets hôteliers ;
  • en veillant à ce que les partenariats financiers servent d’abord les intérêts du peuple polynésien, notamment en matière d’emplois durables ;
  • et en inscrivant le tourisme dans une stratégie claire de préparation à l’indépendance, où chaque investissement réduit nos dépendances économiques.

Pour finir, nous saluons également votre volonté réaffirmée d’atteindre le volume financier de 600 000 touristes, un volume financier qui doit nous permettre plus que tout de compenser les transferts financiers de l’État français.

Alors Monsieur le Président, en aparté, voudrait exprimer un vœu simple : que notre centre-ville de Papeete retrouve vie, au bénéfice de tous.

Depuis trop longtemps, nos visiteurs comme nos habitants sont confrontés à un centre-ville vide dès la tombée du jour, les dimanches et les jours fériés.

Je souhaite que le gouvernement mette en place des mesures incitatives pour encourager les commerces à rester ouverts, soutenir les animations culturelles et redonner au centre-ville son rôle de lieu vivant et accueillant.

Papeete ne doit plus être une « ville morte », mais le cœur battant de notre fenua, pour nos visiteurs comme pour nous-mêmes.

Enfin, chers collègues, le ROB 2026 trace une trajectoire ambitieuse.

Mais cette ambition n’a de sens que si elle est mise au service de notre peuple.

Donc soyons vigilants, exigeants et cohérents : le tourisme ne doit pas être un secteur de dépendance, mais un secteur d’émancipation.

Bien géré, il peut devenir la clé de notre avenir : financer nos politiques sociales, préserver notre environnement, valoriser notre culture et préparer notre indépendance.

Le groupe Tavini huiraatira appelle donc à poursuivre et à renforcer les efforts engagés, dans un esprit de transparence, de durabilité et de souveraineté.

Je vous remercie.

Le président : Merci.

Il n’y a plus d’intervenants ? Tavini ? Donc je me tourne vers le Tapura huiraatira et… Qui intervient en premier ?

Monsieur Édouard Fritch.

M. Édouard Fritch : Merci bien, Monsieur le président. Monsieur le Président du pays, madame la vice-présidente, Mesdames et Messieurs les ministres, mes chers collègues, Mesdames et Messieurs de la presse, Mesdames et Messieurs du public, bonjour à tous.

Je voulais vous dire que nous sommes très heureux de vous retrouver aujourd’hui. Avant de commencer mon propos, je souhaiterais remercier et dire merci pour les remerciements qui ont été exprimés par notre président de la commission des finances et rapporteur de ce document aujourd’hui. Effectivement, nous avons essayé de suivre de très près les quelques heures d’explications qui nous ont été données par le gouvernement, car nous avions besoin et nous étions à la recherche d’informations après avoir pris connaissance de ce document. Et je voudrais dire au rapporteur qu’il a été brillant dans sa présentation du rapport de la commission. C’est un discours de ministre qu’il nous a fait pour défendre… Je ne dis pas que le ministre concerné n’a pas défendu, mais enfin, il faut reconnaître que le rapporteur a effectivement défendu bec et ongle ce document.

Mais je tiens à saluer ici le brin de lucidité du gouvernement, car dès la lecture de la table des matières, le ton est clairement donné.

On parle d’incertitudes extérieures, on parle d’instabilités géopolitiques et on parle d’incertitudes intérieures pour la Polynésie française.

Sur les incertitudes extérieures, effectivement, on met en exergue l’inflation américaine qui est estimée à 3 % pour 2025, des prévisions de croissance mondiale qui sont revues à la baisse, et, en France bien sûr, une croissance atone estimée à 1,4 % pour les deux prochaines années.

Pour ce qui concerne les instabilités géopolitiques, quant à elles, demeurent préoccupantes, entre les conflits persistants et la volatilité de la politique des États-Unis, la politique trumpiste — bien sûr que nous suivons cela avec beaucoup d’angoisses à la limite.

Enfin, les incertitudes intérieures de la Polynésie française ne sont pas en reste, avec une croissance qui demeure positive, mais dont les moteurs, semble-t-il, s’essoufflent progressivement.

Et pourtant le rapport d’orientation budgétaire 2026 est présenté par le gouvernement comme un document de stabilité : une trajectoire maîtrisée, rigoureuse, « presque vertueuse ».

Mais, lorsqu’on quitte la rhétorique, se pencher sur les chiffres, c’est un tout autre paysage qui se dessine. Une trajectoire fragilisée, non par l’opposition, mais par les faits eux-mêmes.

Selon le CEROM 2024, la croissance réelle du PIB polynésien s’établit + 1,1 % — vous l’avez dit, Monsieur le ministre —, après un rebond exceptionnel de + 2,8 % en 2023. Vous le constatez par vous-même : il s’agit bien d’un ralentissement.

La contribution extérieure à la croissance, elle, est négative de – 1,7 point.

Et pendant que l’investissement privé stagne, aujourd’hui, la demande intérieure s’essouffle, oui mes chers collègues, la demande intérieure s’essouffle. C’est une réalité.

Les chiffres sont là, les chiffres ne débattent pas, ils sont têtus. Et ils nous disent que l’essentiel de l’activité repose sur la dépense publique… L’essentiel de notre activité repose sur la dépense publique malgré le « faible niveau » — là, je cite, encore une fois, le ROB, on dirait que c’est de l’ironie vous l’aurez compris — et la consommation importée.

En vérité, la Polynésie entre dans une phase d’économie ralentie, où les moteurs de croissance — je parlais de la production locale, je parlais des investissements privés, du commerce extérieur — les moteurs de croissance tournent en sous-régime.

Le ROB lui-même le reconnaît, à mots couverts : « le rythme de la croissance ralentit », et les « secteurs du commerce et de la construction montrent des signes de faiblesse ».

Car la relance, telle que décrite par le gouvernement, repose avant tout sur la consommation, mais une consommation importée. Oui, nous consommons davantage mais nous importons toujours plus.

Au lieu de faire vivre nos entreprises, je veux parler des agriculteurs, je veux parler des pêcheurs, je veux parler des artisans, en fait nous alimentons les économies des autres. C’est un piège silencieux car chaque fois que l’on croit avancer, on accroît un peu plus notre dépendance. C’est la politique de la chevrette, vous l’avez compris. Votre Président en parlait l’autre jour, c’est deux pas en arrière pour un pas en avant ou un pas en avant, deux pas en arrière.

Si nous voulons protéger notre avenir, il faudra effectivement produire davantage ici, chez nous, pour que chaque franc dépensé profite enfin à notre propre population. Cela a été dit même par votre rapporteur.

Résultat — et là, je vais citer quelque chose que votre président, Monsieur Temaru, n’arrêtait pas de nous rappeler lorsque nous étions de l’autre côté —, le déficit commercial, je veux parler de la balance commerciale, se creuse de 10 milliards par rapport à 2023 pour atteindre 146 milliards selon l’Institut de la statistique. Autrement dit, plus nous consommons, plus nous importons et plus notre solde se creuse.

En 2024, l’un des seuls véritables moteurs de l’économie aura été l’argent public, dépensé par l’État et le pays dans les grands chantiers publics, notamment ceux qui étaient liés aux Jeux Olympiques. Mais par nature, ces travaux sont temporaires. Autrement dit, la situation économique observée en 2024 n’est pas structurelle : elle est conjoncturelle, c’est lié à la conjoncture. Et c’est bien là tout le problème : dans la préparation du budget 2026 et tel qu’annoncé, le gouvernement fait comme si cette conjoncture allait durer.

En résumé, c’est un raisonnement économique erroné car sans projets nouveaux. Le doute est installé et le doute se renforce. Car le gouvernement actuel se doit de clarifier la part réelle de son action dans les investissements qu’il revendique avec tant d’assurance.

Une évidence, par contre, demeure : investir dans notre pays, c’est investir dans notre avenir, et surtout dans celui de nos enfants. Lorsqu’un gouvernement construit une route, construit un aérodrome, un quai, un hôpital, il ne pose pas seulement du béton, vous le savez, il crée du travail, il distribue du revenu, il fait renaître la confiance. C’est pour cela qu’on dit depuis longtemps, et on se le dit encore aujourd’hui : « quand le bâtiment va, tout va ». Parce que derrière chaque chantier, il y a des travailleurs, il y a des artisans, des commerçants, bref, il y a toute une économie qui fait vivre des familles. Tout ce petit monde vit grâce à l’investissement public. C’est une réaction en chaîne, l’argent dépensé dans un projet devient le salaire d’un travailleur qui lui-même consomme et fait tourner l’économie et ainsi de suite.

Mais pour que cela fonctionne, cet effort ne doit pas être ponctuel. L’investissement doit être constant, prévisible et servir de moteur permettant à notre pays de se développer. C’était tout l’esprit, rappelez-vous, c’était tout l’esprit du plan de relance que nous avions adopté avec l’État en mars 2021 et que vous avez jeté à la poubelle dès 2023.

C’était quoi l’objectif ? Utiliser intelligemment la dépense publique pour soutenir l’économie et permettre les investissements durables impactant l’économie dans la durée. Or, force est de constater que depuis deux ans et demi, la dynamisation de notre économie est le cadet de vos préoccupations.

Mon propos n’est pas une attaque gratuite. C’est un constat lucide. Monsieur le Président, la réalité, la réalité finit toujours par nous rattraper. Car la politique n’est pas l’art d’habiller les contraintes, le fameux écran, mais celui d’assumer le diagnostic et d’en tirer les conséquences avec courage : reconnaître que le pilotage budgétaire du pays exige constance, pragmatisme et courage, plutôt que des effets d’annonce et des réponses improvisées. C’est la politique de la rustine, le fameux plasta.

Un certain nombre d’indicateurs financiers et budgétaires nous inquiètent. Certes, vous vous plaisez à rappeler que les ratios restent acceptables, c’est vrai, mais les tendances amorcées depuis 2024 sont loin d’être rassurantes. Car on observe quoi depuis 2023 et 2024 ? Que voit-on ? Des dépenses de fonctionnement en hausse, des dépenses de personnel en augmentation ; et parallèlement, un résultat de l’exercice en recul, des recettes d’investissement et une capacité d’autofinancement en baisse. Vous parlez de « trajectoires maîtrisées et vertueuses », mais franchement, la réalité est tout autre.

Mes chers collègues, on nous annonce fièrement, en commission, 8 milliards de F CFP de recettes fiscales supplémentaires. Mais que fait le gouvernement de tout cet argent ? Tout cet argent pioché dans la poche des Polynésiens. J’ai envie de dire : « rien ». Rien ! Car, sauf erreur de ma part, où j’ai dû marquer… j’ai manqué un épisode, aucun collectif n’a été présenté pour constater cet excédent de recettes et aucun collectif nous montre comment vous utilisez cet argent. Pas un plan pour renforcer nos infrastructures, pas une mesure pour soulager les foyers, pas un centime pour dynamiser nos communes ou encourager l’investissement local, et pas encore de baisse de taxes à l’horizon pour alléger le coût de nos produits dans les magasins.

Alors, qu’est-ce qui se passe ? Que se passe-t-il ? ChatGPT est-il en panne ?... Le gouvernement n’a plus d’idées. Le gouvernement met de l’argent de côté ; il garde les fonds publics comme on garderait de l’épargne personnelle, à la Socrédo.

Le ministre des finances nous annonce fièrement, en commission des finances, que la trésorerie du pays avoisinera bientôt 70 milliards. (Réaction de M. le ministre Warren Dexter.) Ce n’est pas 70 milliards ? Ah, on est plusieurs à l’avoir entendu. Je savais que vous alliez réagir. Il nous annonce donc 70 milliards à la fin de l’année. Et je saisis cette occasion, au retour de New York — nous étions tous là-bas —, pour relever, avec un sourire au coin des lèvres bien sûr, que ce pactole est bien dans les caisses du pays que nous gérons aujourd’hui et pas dans les caisses de l’État, comme il se dit là-bas. L’argent, nous percevons l’argent et nous le gardons dans nos caisses. Et en fait, en collectant trop d’impôts, c’est le constat que l’on peut faire, vous appauvrissez les Polynésiens. Et en fait, j’y vois là une forme de, vous savez, cette main que vous avez dans la poche des plus modestes de notre pays, et vous appauvrissez la population par ces nombreux impôts que vous exigez chaque jour. C’est peut-être cela qu’on en vient à qualifier de génocide — c’est ce que j’ai entendu là-bas et ce qui se dit aussi ici —, tant elle conduit à rendre les gens pauvres.

En fait, Monsieur le ministre des finances, quand une collectivité dispose une trésorerie pléthorique, ce n’est pas un signe de bonne gestion et de bonne gouvernance. Ce sont des économies dormantes, alors que les besoins, il faut le reconnaître, explosent.

Mais regardez autour de nous : nos routes se dégradent, nos entreprises attendent un soutien, nos ménages subissent de plein fouet la hausse du coût de la vie, le système de santé est au bord de l’implosion et tout simplement dans nos rues, là, juste à côté de nous, des centaines de SDF. En d’autres termes : la misère. Quel spectacle désolant que nous offrons à nos enfants ! Quel visage de désolation offrons-nous au regard des visiteurs ! Vous visez 600 000 touristes, mais que voient-ils vraiment lorsqu’ils viennent chez nous ? Ces fameuses routes délabrées, des quartiers oubliés, etc., etc. Pendant que certains célèbrent des chiffres et des objectifs, d’autres vivent chaque jour dans le décor brisé d’un pays que l’on prétend prospère.

Cette ambition affichée n’est plus qu’un masque posé sur une réalité qui s’effrite. Où est la fierté d’un peuple quand ses blessures deviennent invisibles, aux yeux de ceux qui les gouvernent. Dans ce contexte, choisir de garder l’argent plutôt que de l’investir ou de contribuer à la baisse de la pression fiscale devient une faute politique. Gardez en tête cette vérité : l’argent public, l’argent public n’a de valeur que s’il améliore la vie publique, la vie de ses populations.

Derrière ces chiffres qui paraissent flatteurs, il y a en réalité un manque de vision, de courage et d’ambition. Alors oui, il faut oser le dire, quand le gouvernement épargne au lieu d’agir, il épargne surtout sa responsabilité. Prendre de l’argent dans la poche des Polynésiens pour ne rien en faire, c’est ne pas respecter les principes constitutionnels de l’impôt.

Notre devoir d’élus, nous tous ici, à l’assemblée, c’est de rappeler au gouvernement qu’il ne gère pas un compte bancaire, mais qu’il gère un pays vivant, qui a besoin de projets, d’espoirs et de décisions, pas de fonds de tiroir.

Les données issues du rapport de l’IOM révèlent effectivement que les crédits à l’habitat, baromètre de la confiance des ménages, ont chuté de 19 % en 2024 après un recul de - 20 % en 2023.

En conclusion, mes chers collègues, il faut cesser de confondre résistance passagère et reprise durable.

Je vais maintenant aborder le ROB, la partie relative aux orientations stratégiques, parce que, comme on l’a dit ici, comme il a été dit, c’est ce qui nous intéresse.

Politiquement, ce cadre a le mérite de dessiner une vision intégrée au pays ; mais économiquement, la cohérence fait défaut.

Ainsi, le ROB semble être plus une déclaration d’intention stratégique qu’un programme économique réellement structuré. Vendre du rêve ne donne pas à manger aux Polynésiens. Là aussi, nous avons le devoir de vérité économique envers nos populations.

Lorsque le gouvernement annonce 2 % de croissance et un « rebond » des recettes fiscales, moi, je pose trois questions qu’il faut oser poser : Comment justifier 2 % de croissance alors que le PIB réel stagne autour de 1,1 % ? Sur quelle base reposent ces prévisions de recettes ? Et combien de temps encore allons-nous établir nos budgets sur des hypothèses hors réalité ?

Le devoir des représentants que nous sommes, notre devoir, à nous tous ici, chers collègues, n’est pas d’applaudir, mais de corriger et de décider. Car c’est bien, c’est bien l’assemblée qui vote le budget.

Refuser de voir l’essoufflement, c’est préparer la crise. L’accepter, c’est préparer le redressement.

Par contre, on ne gouverne pas avec des illusions. On gouverne avec du courage et du réalisme. En d’autres termes, il faut qu’on ait le courage, tous, d’une politique de lucidité et non pas de slogans politiques.

Le FAATURA. Le FAATURA veut moderniser l’Administration du pays. L’objectif affiché est de rendre les services publics plus efficaces, plus proches des citoyens, plus justes. Sur le papier, le projet est séduisant.

Mais derrière ces discours, une inquiétude grandit : les ministres, censés piloter l’action du gouvernement, sont de plus en plus encadrés par une administration très puissante. De nouveaux outils sont créés, comme des systèmes de suivi, des indicateurs ou le programme ARAVA. Résultat : l’Administration ne se contente plus d’appliquer les décisions, elle commence à juger la pertinence de vos propositions, de vos décisions. Autrement dit, les ministres voient leur rôle se réduire à valider des décisions déjà préparées ailleurs.

Et voici le cœur du problème, le cœur du problème : la création d’un nouvel organisme, l’IGAF, l’Inspection générale de l’administration et des finances, qui pourrait concentrer beaucoup de pouvoir, beaucoup, beaucoup trop de pouvoir, accéder aux informations sensibles, contrôler les établissements publics, enquêter, sanctionner et même influencer les décisions du gouvernement.

Alors, posons-nous tous une question : voulons-nous vraiment d’une administration qui contrôle les ministres au lieu de les servir et de les accompagner ? Au lieu d’incarner la modernité, cette réforme pourrait signer la mise en place d’une bureaucratie puissante et centralisée où les élus, nous, vous, perdrions peu à peu notre pouvoir d’action.

Ne vous méprenez pas, j’ai envie de vous dire que toute ressemblance avec une bureaucratie de la puissante administration, la puissance administrative, la fameuse puissance administrative n’est que pure coïncidence. Copie Sainte-Julie ou, je ne sais pas, peut-être le syndrome même de Stockholm. L’administration.

On nous parle encore et toujours de résilience productive, d’autonomie alimentaire et d’économie verte. Ces mots sont devenus les mantras des discours officiels. Mais que voyons-nous concrètement ? Beaucoup de promesses et peu d’actions.

Enfin, le FAATUPU accorde des pages entières à ces orientations, mais rien sur une véritable politique de développement. Je ne sais pas si vous l’avez vu, mais il n’y a pas un plan : il n’y a pas de plan précis pour transformer notre tissu productif, pas de stratégie concertée entre le pays, les communes, l’État, pas même un cadre budgétaire qui donne vie à vos annonces.

Prenons des exemples : les fameuses zones agricoles protégées, la valorisation aquacole à Hao, ou le développement du « made in Fenua ». De belles idées, mais sans financement, sans calendrier, sans outils pour aider les entreprises locales.

Pendant ce temps, le pays continue, continue de vivre de la TVA, c’est-à-dire de l’importation. Nous proclamons l’autonomie, mais nous la finançons, mais nous la finançons avec ce qui vient de l’extérieur. Nous proclamons l’autonomie — pas encore l’indépendance —, nous proclamons l’autonomie, mais nous la finançons avec ce qui vient de l’extérieur. C’est là toute la contradiction : d’un côté, un discours d’indépendance économique, pas des politiques, d’indépendance économique ; de l’autre, une économie qui dépend à plus de 70 % des recettes issues de la consommation importée.

Le gouvernement parle de « croissance durable », mais sans plan clair, sans réforme incitative, sans impulsion industrielle. C’est le néant !

L’autonomie productive reste une affiche, mais pas une réalité. Et tant que nous continuerons à confondre communication et stratégie, confondre communication et stratégie, cette dépendance durera, non pas quelques années, mais encore plus, quelques décennies.

Alors oui, il faut le dire avec force : on ne bâtit pas une économie libre sur une base d’importation. L’avenir du pays se construira le jour où nos recettes viendront de ce que nous produisons et pas de ce que nous importons, le fameux FAATUPU.

Tant que l’indépendance restera un slogan, et non une volonté budgétaire, cette indépendance restera un mirage politique.

Monsieur le Président, nous avons récemment pu constater vos talents de pâtissier. J’ai un vœu : nous aimerions que, face à la représentation, vous nous présentiez les ingrédients permettant aux Polynésiens de déguster un gâteau aux saveurs de sérénité économique et sociale. Facile. À défaut, nous constatons que le soufflet de votre élection commence à retomber.

En conclusion, mes chers collègues, le ROB 2026 traduit un grand écart entre le discours et la réalité. Derrière les mots de croissance, de stabilité, les chiffres révèlent un pays qui ralentit, une économie dépendante, et des ambitions encore trop théoriques. Notre modèle repose encore plus sur la consommation importée, l’investissement conjoncturel et la commande publique.

Pendant ce temps, les vraies réformes productives et structurelles se font attendre. Je le dis et je le redis ici : moderniser l’Administration, oui, nous sommes d’accord ; mais déposséder le politique au profit des technocrates, je dis non. Non. Observons ce qui se passe ailleurs, je dis non.

L’autonomie, ce n’est pas un slogan. L’autonomie, c’est construire notre autonomie économique, c’est construire notre autonomie sociale avec responsabilité. Nous devons retrouver le courage de produire, d’innover et d’investir en nous-mêmes. Car refuser de voir l’essoufflement, et c’est ce qu’on observe au travers de ce ROB, c’est prolonger la dépendance ; le reconnaître, c’est préparer le redressement et c’est à cela que doit servir la politique : au courage, à la vérité et à l’action.

Je vous remercie.

Le président : Merci.

S’il n’y a plus d’intervenant au titre de la discussion générale, je ramène la parole au gouvernement. Monsieur le Président.

M. Moetai Brotherson : Oui. Bonjour à l’occasion de notre rencontre. Merci bien pour toutes ces interventions. Je veux remercier l’ensemble des intervenants.

Quelques remarques à notre intervenante de A here ia Porinetia. À plusieurs reprises, une caricature de la réforme du RNS vous a été présentée, cette réforme va augmenter les charges pour tout le monde. C’est faux. C’est faux. Pour ceux qui sont aujourd’hui au RNS et qui ne sont qu’au RNS, ça ne change rien. Les seuls qui sont affectés par cette réforme, ce sont ceux qui ont une activité RNS, mais qui ne la déclarent pas parce qu’ils sont salariés. Et la fin du principe de primauté, ce n’est pas ce gouvernement, c’est le gouvernement précédent, c’est l’assemblée précédente qui l’a instaurée. Donc il n’y a pas de racket sous-jacent à cette réforme du RNS pour la grande, écrasante majorité des gens qui sont au RNS aujourd’hui. Elle ne change rien, voire elle améliore leur situation, puisque contrairement à ce qui se faisait précédemment, nous prenons en compte les charges. Donc ça, c’était une petite remarque sur cette présentation caricaturale, il faut le dire, de cette réforme du RNS.

Concernant l’artiste de service, ça fait bientôt deux ans et demi qu’en matière culinaire vous nous servez une soupe à la grimace et que vous nous prédisez chaque année la catastrophe et la faillite du système. Bon… Ça fait deux ans et demi que ça n’arrive pas. Et je suis désolé, je suis désolé pour vous de ne pas venir réaliser vos vœux les plus sombres, mais notre économie va bien et les indicateurs le démontrent.

Alors oui, nous sommes d’accord sur un point — pour ça, il n’y a pas de doute là-dessus —, notre économie, notre système aujourd’hui est toujours structuré sur l’héritage des années CEP. Nous avons toujours ce déficit de la balance extérieure qui est le signe d’une trop grande part des importations dans notre économie. Là-dessus, nous sommes d’accord.

Maintenant, je voudrais vous inviter à un exercice d’introspection. Qu’est-ce que vous avez fait pour changer ça deux ans et demi après votre première élection ? Absolument rien. Donc nous, nous avons entamé des réformes, il faudra le temps qu’il faut pour qu’elles portent tous leurs fruits. Mais je suis totalement confiant. Et nous ne sommes pas les seuls à être confiants, les entrepreneurs sont confiants : nous avons rencontré le MEDEF hier (MEDEF national, MEDEF local), nous avons eu des discussions très constructives sur de nombreux domaines, que ce soit l’apprentissage, le logement, les aides à l’emploi. C’est perfectible, mais nous voulons travailler avec tout le monde et avec ceux qui sont principalement concernés. Nous avons tenu, il y a une semaine, un forum des jeunes entrepreneurs qui a été un grand succès. Et là, pareil, ça a été un grand moment d’échanges où justement ces jeunes Polynésiens qui ont l’esprit d’entreprise sont venus nous expliquer là où ça coince, là où souvent ce qui pèche, c’est la continuité dans les dispositifs de soutien. On est soutenus à un moment donné, on est soutenus à un autre moment, et entre les deux, le trait d’union n’est pas là aujourd’hui. Donc, c’est ça qu’il faut écouter, c’est ça qu’il faut améliorer.

Pour le reste de vos gesticulations, je n’ai pas de commentaire particulier. Je laisserai peut-être notre ministre de l’économie et des finances donner son point de vue. Et également, je pense que j’ai à ma droite une ministre en charge des solidarités qui a quelques corrections à apporter, et un ministre des grands travaux qui n’est pas du tout d’accord avec vous quand vous dites que rien ne se construit, que nos routes sont délabrées. Je voudrais prendre ici à témoin la population de Taravao qui, pendant 40 ans, a entendu que certaines routes intérieures soient rénovées et qui aujourd’hui applaudit, applaudit des deux mains ce gouvernement. Un représentant, hors  micro : « ( Merci au groupe du Tavini. »

Voilà. (Applaudissements sur les bancs du groupe Tavini huiraatira.)

M. Moetai Brotherson : Je voudrais juste apporter une observation importante en réponse au chiffre de 70 milliards qui a été avancé par le président Fritch. Alors, soit je me suis mal exprimé, soit vous avez mal compris ce que j’ai indiqué en commission de l’économie et des finances. 70 milliards, c’est l’argent que nous avons mis à disposition courant de cette année 2025 pour financer les investissements, les fameux crédits de paiement. Au niveau de la trésorerie, à ce jour, nous sommes à 37 milliards. C’est un niveau tout à fait raisonnable.

Et ce que je veux dire aussi, c’est aussi les recettes fiscales qui ont augmenté de 8 % effectivement chaque année, ça veut dire quoi par rapport à cette trésorerie qui est revenue à un niveau raisonnable ? C’est que tout simplement, nous réinvestissons tout au soutien des entreprises et en soutien à notre population. C’est tout ce que je peux dire.

M. Jordy Chan : Monsieur le président, merci.

Bonjour à tous nos représentants et nos représentantes.

Je souhaitais répondre du coup à l’intervention du président Fritch, d’abord sur le fait qu’il n’y a pas assez de travaux, qu’il n’y a pas beaucoup de travaux qui sont mis en œuvre. C’est faux. Sous la présidence du ministre de l’économie et des finances, en septembre 2025, nous avons tenu un observatoire qui s’appelle l’Observatoire du BTP. L’Observatoire nous a permis de récolter des données statistiques, objectives, qui ont été récoltées par différents instituts, l’Institut de la statistique de la Polynésie française et l’Institut de l’économie des Outre-mer.

Ces données nous montrent une chose : d’une part, que l’économie se porte bien ; d’autre part, que le secteur du BTP se porte particulièrement bien. Aujourd’hui, le chiffre d’affaires du secteur du BTP est estimé à 76,5 milliards de F CFP. C’est une augmentation de 7,5 % par rapport à l’année précédente. L’indice du climat des affaires pour les entreprises polynésiennes est à 106, entre 75 en Nouvelle-Calédonie et 95 en Hexagone. Selon le sondage qui a été réalisé par l’IOM, les entreprises du BTP estiment, elles estiment elles-mêmes que l’activité se porte bien et que l’activité va continuer à bien se porter pendant l’année.

Et quand on regarde les statistiques qui sont relatives aux prêts qui sont accordés aux ménages pour l’habitat, contrairement à ce que vous avez avancé, c’est une augmentation de 23 % qui a été constatée cette année par rapport à l’année dernière. Donc, les statistiques sont claires : il y a une bonne activité dans le secteur du BTP.

Concernant le fait que le gouvernement n’a pas fait grand-chose au cours des deux dernières années, je tiens à revenir sur les aménagements que nous avons réalisés. Premièrement, le carrefour giratoire du Méridien. Pendant combien d’années ce carrefour a posé problème pour la population ? Combien de décennies ? Je crois même qu’il a été réaménagé sous votre présidence, en tout cas sous un ancien ministre qui travaillait pour vous, pour effectuer justement le giratoire qui posait problème. Dès les 100 premiers jours du gouvernement, nous avons réglé ce problème : avec de simples poteaux, une simple signalisation horizontale, qui a permis d’alléger le poids de la congestion pour toute la population de la côte Ouest.

Prenons, pour exemple, le carrefour de Pouvanaa. Le carrefour de Pouvanaa sur lequel débouche la voie qui passe au centre-ville devant La Poste, McDonald’s, etc. Pendant combien d’années, pendant combien d’années les usagers de la route ont attendu que ce carrefour soit réaménagé ? Nous l’avons fait. Pendant les 100 premiers jours du gouvernement, nous avons simplement tracé des lignes pour ajouter une voie, ce qui nous a permis de décongestionner substantiellement la congestion au centre-ville.

Parlons maintenant de la réforme du rythme scolaire, une réforme qui a été menée par le ministre de l’éducation, Ronny Teriipaia. Pendant combien d’années avez-vous différé cette réforme ? En combien d’années avons-nous mis en place cette réforme ? Durant les deux dernières années. Et cette réforme a permis d’avoir non seulement un impact positif sur le rythme chronobiologique des élèves, mais a également permis de réduire substantiellement la congestion, à la fois pour le trafic de transit et aux abords des écoles, notamment en centre-ville, dans la commune de Papeete par exemple.

Parlons des tarifs des bus : 64 tarifs différents. Quand on est arrivé au gouvernement, 64 tarifs différents !... Imaginez quelqu’un qui ne sait pas prendre le bus, comment est-ce qu’il peut se retrouver pour savoir combien il doit payer au chauffeur ? C’était très difficile quand on est arrivé. Eh bien on a mis en place la réforme des tarifs des transports en commun, on a réduit substantiellement le tarif des bus et on l’a simplifié en appliquant un tarif unique en fonction de la distance. Peu importe la distance que vous parcourez sur le réseau, le tarif est le même et il permet de réduire substantiellement le poids du transport pour les habitants.

Ça, c’est ce que nous avons réalisé. C’est une partie de ce que nous avons réalisé. Le Président parlait, par exemple, de la rénovation sur les routes de Taravao. Pendant combien de temps les habitants de la Presqu’île ont attendu que ces routes soient rénovées ? Pendant combien de temps ? Certains parlent de 40 ans, certains parlent de 50 ans. Pourquoi n’avez-vous pas réalisé ces travaux quand vous étiez au pouvoir ? Vous avez bien été Président pendant 10 ans. Et vous avez même été à ma place il y a plusieurs décennies, puisque vous étiez ministre de l’équipement. (Applaudissements sur les bancs du groupe Tavini huiraatira.) Pourquoi n’avez-vous pas réalisé ces travaux ? Telle est la question.

Ensuite, sur le fait qu’il n’y ait aucune perspective — et ça, ça va être mon dernier point —, je pense que nous avons donné beaucoup de perspectives à la population sur la politique des grands travaux et des infrastructures que nous allons mettre en place.

Commençons par l’année prochaine. Le ministre de la jeunesse et des sports, Kainuu Temauri, va déployer dès l’année prochaine un important programme de construction, de réhabilitation, de reconstruction d’infrastructures sportives qui a pour vocation à remettre en état des infrastructures essentielles pour la population d’ici à 2027. C’est 13 milliards de F CFP qui seront injectés pour pouvoir tenir les Jeux du Pacifique en 2027.

Parlons maintenant du ministère des grands travaux, 164 milliards d’ici sept ans qui seront financés par la Polynésie, par le Port, par des investisseurs privés, mais également par l’État. Pourquoi ? Pour améliorer la mobilité et réduire la congestion, pour décentraliser l’activité vers la presqu’île, pour redynamiser le centre-ville de Papeete, et pour améliorer notre infrastructure portuaire, qui est le deuxième poumon économique du pays. 164 milliards d’ici sept ans, n’est-ce pas une perspective ? Ça constitue le double de l’investissement qui est normalement généré par mon ministère chaque année. Et je ne vais pas m’exprimer pour les autres ministères, il y a énormément de chantiers et de projets importants en cours, que ce soit au niveau de la politique du logement ou du tourisme. Donc, on ne peut pas dire qu’il n’y a pas de perspectives. Il faut arrêter de mentir.

Merci.

Le président : Voilà. Monsieur Édouard Fritch.

M. Édouard Fritch : Non, je voulais remercier le Président, son ministre pour les réponses. Elles sont claires, vos réponses. Le ministre de l’équipement vient de nous dire qu’il est plus intelligent que celui que j’avais avant. Parce que sans y mettre un franc, on arrive à faire circuler les gens mieux qu’avant. Qu’est-ce que vous avez fait avant ? Rien.

La fameuse route de Taravao. Bien sûr que je ne suis pas allé à Taravao. Je n’ai pas vu que vous aviez fait cette route-là. Vous l’auriez fait sur Paea, vous l’auriez fait pour dégager la circulation sur la côte Est ou sur la côte Ouest, on l’aurait vu. Mais vous allez faire des routes intérieures. Comment voulez-vous qu’on voie ? Comment voulez-vous ?...

Monsieur le ministre, en général, lorsque vous intervenez, vous êtes vraiment bon. Là, aujourd’hui, je trouve que vous étiez un petit peu fâché. (Rires sur les bancs des représentants). Vous n’avez pas tellement aimé les critiques. Mais faites attention, parce qu’effectivement, vous êtes un ministre qui travaille beaucoup. Vous travaillez beaucoup. Vous voulez même faire plus que ce que les maires veulent. L’aménagement de Pirae, vous faites plus que ce que les maires veulent. C’est bien, mais faites attention. Faites attention à vous, parce que je pense que vous faites du bon travail, mais essayez de respecter aussi les maires parce que ça, c’est important pour que les choses aillent mieux.

Alors oui, vous avez beaucoup fait. Je suis en train de chercher, vous avez raison, peut-être qu’effectivement, c’est 76,5 milliards de travaux. Vous annoncez 67 milliards pour les sept prochaines années pour le Port autonome. Vous savez, si on fait des calculs sur 5 ans, sur 10 ans, même en essayant de prévoir que vous allez être réélu en 2028, oui, bien sûr, vous allez atteindre des sacrés milliards, des dizaines et des dizaines de milliards. Mais je pense que ce n’est pas de cela que l’on parle aujourd’hui. Ce que l’on parle aujourd’hui, ce que l’Europe nous dit aujourd’hui, c’est qu’effectivement, il y a de l’argent. Il y a de l’argent et l’essentiel n’est pas réalisé. C’est de ça qu’on parle.

Merci ! Merci beaucoup pour vos interventions.

Le président : Oui, Tepua.

Mme Tepuaraurii Teriitahi : Oui, merci Monsieur le président. Bonjour Monsieur le président de l’assemblée, Monsieur le Président du gouvernement, Madame la vice-présidente, Madame la ministre, Messieurs les ministres, mes chers collègues, chers amis de la presse, chers collaborateurs, nos internautes qui nous regardent, bonjour à l’occasion de notre rencontre en ce nouveau jour.

Effectivement, je voudrais, en complément de ce que le président Fritch vient de dire, là aussi, m’associer à la remarque. D’habitude, c’est vrai que j’apprécie beaucoup la hauteur des interventions de notre ministre de l’équipement. Pour une fois, ce n’est pas la même tonalité, effectivement. Je me souviens juste d’une question que j’ai posée en commission, où j’ai demandé au ministre : clairement, quels sont les grands travaux prévus pour l’année 2026 ? Le ministre a hésité longtemps. Moi, je pose vraiment la question sur les grands travaux. Et effectivement, il nous a ramenés aux trois axes qu’il avait annoncés, donc la décongestion des routes, la déconcentration et le bien-être.

Alors, je suis d’accord qu’effectivement, le rond-point du Méridien, je salue, je l’ai salué moi-même, ça change la vie, effectivement, de ceux qui habitent et qui viennent de Paea comme nous. Mais effectivement, quand on associe ça avec le passage dont vous parlez également, là, devant l’assemblée au niveau du ministère de la jeunesse et des sports, effectivement, on a changé une ligne. Mais là, il ne s’agit pas de grands travaux. La question qui est posée là, même si ce que vous proposez change notre vie au quotidien, même si à Paea, je vois des abribus qui pullulent, j’ai l’impression que Paea est gâtée, que je vois des lignes de nos routes qui sont repeintes. J’ai d’ailleurs l’impression que Paea a vraiment été gâtée plus que tout le monde. Je suis heureuse, j’habite à Paea. Donc oui, dans la vie quotidienne, je suis d’accord. Je le vois moi-même que des choses ont changé. Mais la question qui est soulevée ici, c’est la question des grands travaux, des grands travaux qui engendrent de l’activité économique, qui engendrent des choses derrière tout ça. C’était ça, la question qui est posée.

On ne nie pas l’impact réel de ce que vous faites pour le quotidien des Polynésiens. Tout le monde l’apprécie. Les Polynésiens adorent qu’on refasse les passages piétons et tout. C’est très bien de repeindre, etc. C’est très populaire, ça. J’ose espérer que cela n’a rien à voir avec certaines échéances qui arrivent bientôt. Mais en tout cas, cela améliore la vie des Polynésiens au quotidien. Mais la grande question, c’est les travaux.

Alors, après, pour Taravao. Là aussi, quand on parle de venir mentir, c’est bien quand d’autres avant ont mis la table et que d’autres ensuite viennent manger le repas. Ce n’est pas en arrivant que vous avez claqué des doigts et qu’en un an ce soit fait. Vous savez très bien qu’il y avait aussi des problèmes au niveau de la possession des routes. À chaque fois, c’est le problème qui se passe. Si vous demandez à Tereheamanu de savoir : est-ce qu’il peut intervenir sur toutes les routes ? Ça fait partie des choses qu’ils ont décidé de mettre dans leur intercommunalité, ce n’est pas possible, parce qu’à un moment donné, il faut définir d’abord à qui appartient la route et est-ce qu’on a le droit d’intervenir dessus. Il y a ces réalités-là aussi. Et je ne peux pas croire qu’effectivement, vous vous enorgueillissez. En deux ans, vous avez réussi à faire ça, il y avait un travail préparatoire, forcément. Il y a eu des freins qui ont fait que. Et ensuite, vous êtes venus concrétiser. Très bien.

Moi, je suis effectivement allée à Taravao il n’y a pas longtemps et j’ai moi-même apprécié de pouvoir rouler sur une route qui a été refaite. Donc oui, merci. Mais là, on parle aussi de perspectives : quels sont les grands travaux ? C’est ça, la grande question. Quels sont les travaux qui seront entrepris en 2026 et qui pourront apporter leurs fruits ?

Vous mettez aussi en avant dans vos interventions le fameux MāʹohiPass. C’est bien. On est d’accord, suite à ma question orale, que j’ai pu poser à notre ministre, qui nous a annoncé ce fameux MāʹohiPass. Mais là, vous avez certainement vu la colère de beaucoup de parents et de beaucoup d’associations sportives qui disent qu’on n’a pas anticipé et que, du coup, là, sur l’année 2025, on sera sur une année blanche où personne ne pourra bénéficier de ce coup de pouce, parce qu’apparemment, c’est compliqué à mettre en place, etc., alors que ça ne coûterait que 30 millions. Eh bien, pour la fin de l’année 2025, il n’y a rien qui est prévu pour soutenir les familles dans le sport. Donc moi, je m’associe à ce qui a été dit sur les vertus, les valeurs du sport, je l’ai répété moi-même à maintes reprises. Mais il faut agir, il ne faut pas attendre dans 6 mois ! Pourquoi est-ce qu’on n’a pas mis les moyens maintenant pour permettre aux familles de pouvoir s’inscrire et de pouvoir profiter de ce fameux sport et de ses fameuses valeurs dès la fin de l’année 2025 ? On a perdu du temps. Donc ça aussi, c’est une réalité.

Donc à un moment donné, la question, voilà, c’était les grands travaux, c’était juste pour préciser un petit peu certaines choses.

Merci.

Le président : Monsieur le Président.

M. Moetai Brotherson : Oui, ma dernière intervention, je vais devoir vous laisser.

Parler de grands travaux, oui, c’est vrai, c’est vrai. Dire que : Ah, parce qu’en effet, on a refait des routes intérieures, vous n’avez pas vu. Certainement. Il faut vous déplacer un peu quand même dans ce pays. Mais ce qui est sûr, ce qui est sûr, c’est que nous ne sommes pas attachés à cette vision keynésienne trompeuse que vous avez finalement maintenue pendant tant d’années parce qu’elle est clientéliste, et surtout à l’approche des élections. Nous ne voulons pas réaliser de parc aquatique qui, à lui seul, aurait coûté autant que l’intégralité du budget des Jeux du Pacifique, une fois que nous l’avons révisé. Parce que ça, ça s’appelle un éléphant blanc. Vous le savez. Les projets pharaoniques, ça n’a pas manqué à votre époque. Ils sont où, aujourd’hui ? Ils ne sont toujours pas là. Donc, oui, faire des travaux, des travaux bien réfléchis, vous l’avez dit vous-même. Ce que les Polynésiens demandent, c’est une bonne utilisation de leurs impôts et taxes. C’est ce que nous faisons.

Merci.

Le président : Merci. Monsieur le président.

M. Oscar, Manutahi Temaru : Merci, Monsieur le président.

Je voudrais m’adresser à notre président Édouard Fritch. Je rejoins vos propos lorsque vous avez parlé de : développer notre pays, de valoriser les richesses de notre pays. Il existe en français un terme — et c’est ce qui manque peut-être dans certains établissements scolaires—, appelé patriotisme.

Dans tout ce qui concerne le développement, la notion d’indépendance est fondamentale — mais pas cette indépendance ; le droit de souveraineté. Il y a une confusion des fois. Il ne faut pas mélanger les deux. Je le dirais souvent et toujours : il ne faut pas mélanger les deux.

Lorsqu’on a parlé du projet aquacole de Hao, un projet majeur visant à nourrir 1 500 000 000 Chinois, n’est-ce pas ? Si nous étions un pays libre, ce projet serait déjà achevé, il serait déjà en marche. Mais non ! Voilà que Macron vous dit : « Vous allez planter des coraux. Vous allez nourrir la population des Tuamotu avec ces coraux. » Allons-nous continuer ainsi ? Des projets, il y en a, encore et encore.

Parlons de l’indépendance dès ce matin. Rendons ce pays indépendant ! Il n’y a pas de souci. Le processus est achevé. L’ONU confirme aujourd’hui notre pleine souveraineté sur l’ensemble des ressources de ce pays, ainsi que notre souveraineté sur ce territoire.

Président Édouard, cela suffit peut-être ? De 1977 à 2027, cela fera bientôt cinquante ans. Cinquante ans, c’est amplement suffisant. Ce vieux l’a compris ! C’est pour cela qu’il dit : mettons un terme à cette dépendance dite « autonomiste ». Passons à autre chose !

Engageons-nous ensemble dans ce plan d’action. À défaut, nous resterons divisés. Nous nous disputerons continuellement. Nous n’irons nulle part. Si nous parlons de l’avenir de nos enfants, mettons de côté nos petits différends. Réfléchissons ensemble à l’avenir de la Polynésie française. Quelle est sa voie aujourd’hui, demain, et pour les générations à venir ?

Je vous ai écouté depuis le début jusqu’à la fin, et à la fin je me suis dit : mais quelle solution proposez-vous ? Il n’y en a pas. Il n’y a aucune solution. Vous vous contentez de parler du problème, encore et encore … C’est cela. Nous le savons tous.

Le problème, c’est la loi. Ce n’est pas nouveau. La loi, c’est elle qui fixe le cadre dans lequel nous sommes gouvernés. Des milliers et des milliers de personnes sont descendues dans la rue pour manifester contre l’ice. Et après ? Qui fixe le cadre juridique dans notre pays ? L’État français. Il faut dire au juge d’étendre à perpétuité. Mais tout cela est vain. C’est inutile. Nous n’en avons pas la compétence. Où se situe l’autonomie ? Où est-ce qu’elle en est ? C’est la loi qui nous oriente. Tant que cela ne changera pas, nous tournerons en rond.

Les projets de notre pays sont pourtant nombreux, des projets d’envergure pour notre territoire. Il y a notamment le dossier de la desserte aérienne des Marquises, un programme majeur d’aménagement et de développement pour notre pays. Mais qui bloque ce projet derrière ? C’est bien l’État français. Le système judiciaire : ils ne veulent pas qu’il aboutisse. Ils ne veulent pas qu’il avance, parce que, de votre côté, vous ne dites pas clairement les choses.

L’autre jour, je posais justement la question à notre collègue Tepuaraurii, au sujet de ces personnes qui ont signé le traité d’annexion de notre pays à la France. Y avait-il seulement une seule personne parmi elles qui comprenait la langue française ? Pas une seule. Est-ce donc cette politique que nous continuons de soutenir dans notre pays ? C’est le moment, cela fait maintenant cinquante ans — de 1977 à 2027.

(Applaudissements dans la salle.)

Cela a commencé à l’époque de Francis Sanford. Je l’ai écouté ; je m’intéressais à la politique et à la boxe. J’ai été boxeur, puis j’ai arrêté. Ensuite est arrivé notre collègue Gaston, et aujourd’hui, c’est à notre tour. Il est peut-être temps de nous asseoir et de réfléchir à l’avenir de notre population. Notre pays est pourvu de ressources considérables, c’est indéniable ! Et pourtant, il demeure organisé d’une manière qui n’est pas cohérente avec les réalités économiques mondiales actuelles.

C’était le sujet dont nous avions débattu hier avec le ministre de l’agriculture. C’est l’union qui fait la force, et non pas vous d’un côté et nous de l’autre, tous ensemble car ce pays nous appartient. Quel est le problème ? C’est eux le problème. Si jamais ce rêve se réalisait, président Édouard …. Dès demain matin, Macron serait ici pour vous rencontrer

Merci. Mes salutations.

(Applaudissements sur les bancs du Tavini huiraatira.)

M. Édouard Fritch : Merci bien, Monsieur le président.

J’ai saisi le sens profond de vos propos concernant la ligne directrice que vous défendez depuis des années. Mais ne vous adressez pas à nous qui sommes dans la minorité. Nous n’avons pas la solution. Cette solution est aujourd’hui entre les mains de celui qui gouverne notre pays. C’est avec lui que vous devez bien discuter. C’est lui que vous avez placé aux commandes pour mener ce pays vers l’indépendance. Vous le savez ! Vous connaissez ma position. On peut régler cela entre nous. Changez ce dirigeant-là. C’est peut-être vous qui devriez diriger le pays. Peut-être que là, les choses iraient un peu mieux.

Je l’ai dit lors de mon déplacement à l’ONU. Nous sommes partis de Tahiti, et lui est parti de France. Il est parti de France et vous le savez. Il s’est rendu là-bas pour demander à Macron ce qu’il a dit à New York ! Soyez en accord avec votre ligne directrice. C’est tout. Ne venez pas dire : c’est Macron et moi. Il n’y a plus de Macron et moi aujourd’hui, il préfère Moetai. Ils s’entendent très bien ! Vous ne l’avez peut-être pas remarqué ? Je vous le dis. Je crois que cela fait trois ans que Macron ne m’a pas passé un coup de fil. Ce n’est pas de la jalousie ! C’est normal ! Il s’intéresse à celui qui gouverne la Polynésie. Nous, nous sommes du côté de l’opposition, on n’est plus rien !

Monsieur le président, j’entends votre message. Mais je pense que ce message, vous devez d’abord l’adresser à ceux qui sont devant ! Lorsque je regarde ce qui se passe aujourd’hui, et c’est ça mon message, à cette personne-là, à votre gendre. Le message que je lui adresse, c’est de préparer dès aujourd’hui la vie qui nous permette d’être indépendants ! Arrêtons de… Regardez, aujourd’hui, nous sommes en train de pleurer pour cette défiscalisation. Défiscalisation, c’est l’argent de la France ! Il va à New York, il mord la main de la France et, ensuite, il va mendier à la France : Aidez-nous s’il vous plaît. Quel parent va se réjouir de cette façon de faire ? Le fils vous mord la main, et vous continuez de l’aider ? On va dire qu’il est fou.

Voilà notre problème. Trouvons une solution ensemble. Comme je l’ai dit tout à l’heure, nous avons déjà assez d’argent aujourd’hui. Organisons notre vie pour une vie libre, comme vous l’avez vous-même exprimé. C’est pour ça, je crois : Eh, changeons de Président ! Je ne suis pas sûr qu’il soit issu de votre congrégation. Il n’écoute pas vos instructions, il n’écoute pas vos conseils. Ce n’est pas bon ! Ça ne rentre pas dans son cerveau ! C’est entré par une oreille puis c’est ressorti par une autre.

Monsieur le président, courage à vous ! Courage à vous ! Je respecte. Maintenant, je vous l’ai déjà dit, je respecte votre politique, et si le peuple veut que nous allions dans cette direction, alors allons-y ! Mais j’attends la décision du peuple. Mais préparons-nous, je peux vous aider dans cette préparation, mais pas avec une personne comme lui, c’est une perte de temps.

Merci.

(Rires dans la salle)

Le président : Merci bien. Je crois que nous sommes arrivés au terme de ce rapport. Il n’y a plus de questions, il n’y a plus d’intervention, il n’y a plus d’intervention au niveau du gouvernement. Donc, ayant terminé avec le ROB, le débat est donc clos. Il est très exactement 11 h 15 presque.

Nous poursuivons avec le rapport 131-2025 sur le projet de loi du pays portant modification de la loi du pays n° 2009-21 du 7 décembre 2009 relative au cadre réglementaire des délégations de service public de la Polynésie française et de ses établissements publics.



Les rapports peuvent être consultés sur le site internet de l’assemblée de la Polynésie française à l’adresse www.assemblee.pf
Les interventions en langues polynésiennes ont fait l’objet d’une traduction surlignée en gris.

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