RAPPORT PUBLIC THÉMATIQUE DÉFINITIF DE LA CHAMBRE TERRITORIALE DES COMPTES (CTC) RELATIF À LA SANTÉ PUBLIQUE EN POLYNÉSIE FRANÇAISE POUR LES EXERCICES 2018 ET SUIVANTS Paru in extenso au JOPF n° 13 NA du 29/06/2026 à la page 1247 | RAPPORT PUBLIC THÉMATIQUE DÉFINITIF DE LA CHAMBRE TERRITORIALE DES COMPTES (CTC) RELATIF À LA SANTÉ PUBLIQUE EN POLYNÉSIE FRANÇAISE POUR LES EXERCICES 2018 ET SUIVANTS Le président : Comme je le disais tantôt, nous poursuivons avec les rapports de la Chambre territoriale des comptes et on va commencer par le rapport enregistré sous le n° 316 SG. Par lettre datée du 20 janvier 2026, le Président de la Polynésie m'a fait parvenir le rapport public thématique définitif de la Chambre territoriale des comptes relatif à la santé publique en Polynésie française pour les exercices 2018 et suivants. Pour ouvrir le débat, je demande au gouvernement de bien vouloir faire la première intervention. Ensuite, nous allons passer à la discussion générale. M. Cédric Mercadal : Mes salutations à tous. Mesdames et Messieurs les représentants, ce rapport thématique que votre assemblée examine n'est pas un rapport unique. Il va consolider trois rapports d'observations définitifs, chacun consacré à un champ d'investigation spécifique, et chacun ayant sa propre période d'audit. Tout d'abord, le premier rapport concernait la politique de lutte contre le cancer entre 2015 et 2023. Le deuxième rapport concernait la prévention de l'obésité entre 2018 et 2023. Et le troisième rapport, c'est la gestion du Centre hospitalier de Polynésie entre 2018 et 2024. L'ensemble de ces rapports vous ont été transmis et ont déjà été publiés par la CTC. Je tiens d'abord à rendre hommage au travail de la CTC. C'est un travail rigoureux, indépendant, qui honore les institutions et c'est un travail que nous partageons, pour l'essentiel, sur le diagnostic. La Chambre a donc audité ces sept années avec 21 recommandations qu'elle propose. 21 recommandations qui n'ont pas été ignorées. La majorité d'entre elles ont déjà été engagées, réalisées ou programmées. Les autres sont inscrites dans les différentes lois de pays que nous proposerons au fur et à mesure et aussi dans la convention État-pays que vous venez de voter. En trois années, nous avons augmenté le budget du CHPF de manière significative. Nous avons augmenté de 5 milliards F CFP ce budget. Nous avons créé en tout 165 postes dans la santé via le CHPF et via les budgets que vous avez votés. Il était donc nécessaire de montrer que nous avons investi. Nous avons augmenté fortement le budget de l'ICPF qui vous sera présenté et qui avoisine aujourd'hui les 1 milliard F CFP, compte tenu de l'ouverture du laboratoire d'anatomocytopathologie. Nous avons lancé bon nombre d'argent et d'actions en matière de prévention pour répondre à ces préconisations. Voilà ce que nous avons fait. Ce qui restera, ce ne sont pas que les critiques et les actes qui ont été portés dans ces constats et qui montrent l'état difficile dans lequel est notre population. Ce sont les faits que nous votons tous ensemble et que nous amenons à chaque fois pour améliorer la santé de nos Polynésiens. Je vous laisse Je pense que les rapports vont pouvoir amener beaucoup d'éclairage dans le cadre de l'examen de ces constats faits par la CTC. Merci. Le président : Merci, Monsieur le ministre. Pour la discussion générale, la conférence des présidents a prévu un temps de parole de 60 minutes : Tavini huiraatira 20, Tapura huiraatira 14, A fano tià 14, et les non-inscrits 12. J'invite l'intervenant du groupe Tavini huiraatira à prendre la parole. Mme Vahinetua Tuahu : Merci bien, Monsieur le président. Monsieur le président de l'assemblée, Messieurs les ministres, Messieurs et Mesdames les représentants, chers collègues, chers internautes et cher public, mes salutations à tous en cet après-midi. L'intervention que je vous propose vise à présenter les critiques formulées par la Chambre territoriale des comptes sur notre santé publique, à apprécier leur cohérence, et à en tirer des orientations concrètes pour notre action politique. Mais au-delà de cet exercice, il faut le dire d'emblée : ce rapport n'est pas un simple document technique. C'est un signal d'alerte. La CTC a fait un choix pertinent en regroupant, dans un même rapport, trois champs d'analyse : la lutte contre le cancer, la prévention de l'obésité chez les jeunes et la gestion du Centre hospitalier du pays. Ce choix rappelle une réalité simple mais implacable. Ce sont les mêmes causes : notre mode de vie occidentalisé, notre alimentation, la précarité et l'organisation des soins qui font progresser les cancers, exploser l'obésité et saturer l'hôpital. Les chiffres sont parlants. Aujourd'hui, les maladies chroniques sont devenues la première cause de mortalité. Les maladies cardiovasculaires représentent environ 27 % des décès, les cancers 26 %. Chez certaines populations, notamment les femmes de 45 à 64 ans, les cancers dépassent même 40 % des causes de décès. L'obésité atteint un niveau massif : 75 % des adultes sont en surcharge pondérale, dont 48 % en situation d'obésité. Chez les jeunes, près d'une femme sur deux entre 18 et 29 ans est concernée, et près d'un adolescent sur deux est en surpoids. Dans le même temps, le nombre de cancers a été multiplié par trois en quelques décennies, passant d'environ 240 cas annuels dans les années 1980 à plus de 850 aujourd'hui, avec plus de 900 nouveaux cas recensés en 2018. Ces pathologies apparaissent plus tôt qu'ailleurs, ce qui signifie des parcours de soins plus longs, des traitements plus lourds et des conséquences sociales plus profondes. Pris dans leur ensemble, ces constats sont cohérents. Ils décrivent non pas un système à la dérive, mais un système qui arrive au bout de son modèle. Les critiques de la Chambre se regroupent autour de trois grandes faiblesses. Premièrement, des données incomplètes et insuffisamment exploitées. Le suivi des cancers doit être amélioré, les données sur l'obésité restent insuffisantes, et les informations sont encore trop dispersées entre les institutions. Sans base statistique solide, la planification et l'évaluation des politiques publiques restent fragiles. Deuxièmement, un pilotage budgétaire et stratégique insuffisant. En 2022, les maladies de longue durée ont représenté 72 % des dépenses d'assurance maladie, soit 43,7 milliards F CFP sur un total de 60,4 milliards F CFP. Les cancers à eux seuls ont mobilisé 12,5 milliards F CFP. Et pourtant, les actions de prévention, qui ont mobilisé plus de 1,2 milliard F CFP ces dernières années, ne font pas l'objet d'une évaluation consolidée. Nous dépensons, mais nous ne savons pas toujours ce qui fonctionne. Troisièmement, une gouvernance hospitalière à réformer. Le CHPF est le pivot du système, mais il est en tension permanente. Les taux d'occupation des lits dépassent régulièrement 90 %, et les évacuations sanitaires ont augmenté de plus de 50 % en quelques années, atteignant près de 1000 par an. Ces critiques ne sont pas isolées. Elles dessinent la trame d'un même problème : un système qui a accumulé des initiatives, mais qui manque encore d'un cadre stratégique intégré. Chers collègues, il nous appartient d'examiner si les observations de la CTC sont seulement sévères, ou si elles sont aussi utiles pour l'action publique. Sur le fond, elles reposent sur des constats largement documentés. Sur la méthode, elles s'appuient sur des données solides. Et sur le périmètre, elles ont le mérite d'embrasser l'ensemble du parcours de santé. Mais nous devons aussi le dire avec clarté : ce rapport, aussi utile soit-il, reste incomplet. Il analyse les causes contemporaines (comportements, alimentation, précarité). Mais il ne traite pas d'une dimension essentielle pour notre pays : les conséquences des bombardements nucléaires français. Comment parler du cancer en Polynésie sans évoquer cette réalité ? 193 bombardements nucléaires ont été réalisés. Ces bombardements ont exposé des populations, des travailleurs, des familles. Elles ont laissé des traces environnementales, sanitaires et humaines. Je ne dis pas qu'ils expliquent à eux seuls la situation actuelle. Mais je dis qu'ils ne peuvent pas être absents du diagnostic. Les ignorer, c'est risquer d'avoir une lecture partielle de notre réalité sanitaire. Aujourd'hui, notre responsabilité n'est pas de contester ce rapport, mais d'en tirer des leviers de transformation. D'abord, consolider la base de connaissance sanitaire. Mettre en place un système d'information partagé, renforcer les registres existants, produire un rapport sanitaire annuel débattu en assemblée. Ensuite, renforcer le pilotage des politiques de prévention. Fixer des objectifs mesurables, structurer les financements, coordonner les acteurs, notamment autour de la jeunesse. Car tout commence là. Les comportements à risque apparaissent dès l'adolescence. Agir tôt, c'est réduire durablement la charge des maladies chroniques. Troisièmement, territorialiser réellement la santé. Parce qu'« au pays » ne se résume pas à Tahiti seulement. Les habitants des archipels doivent avoir un accès équitable aux soins. Enfin, moderniser la gouvernance du CHPF et développer des réseaux de santé territoriaux. Et surtout, instaurer une véritable culture de l'évaluation. Chaque politique publique doit être suivie, mesurée et ajustée. Pour conclure, le rapport de la Chambre territoriale des comptes ne doit pas être lu comme une mise en accusation. Il doit être compris comme un miroir lucide de nos fragilités collectives. Il met en évidence un système qui a tenu, mais qui doit désormais évoluer en profondeur. Nous avons aujourd'hui une opportunité : celle de passer d'un système qui répare à un système qui protège, d'un système centralisé à un système territorial, d'un système coûteux à un système plus efficace. Et surtout, de passer d'une logique de réaction curative à une logique d'anticipation préventive. Parce qu'au fond, la question est simple : voulons-nous continuer à subir les conséquences, ou enfin agir sur toutes les causes, sans en exclure aucune ? Je vous remercie. Le président : Merci bien. On poursuit avec l'intervenant du Tapura huiraatira. Merci, Tepuaraurii. Mme Tepuaraurii Teriitahi : Merci, Monsieur le président. Le rapport de la Chambre territoriale des comptes sur le secteur de la santé en Polynésie française que nous examinons lors de cette séance mérite toute notre attention. Il met en lumière de manière objective les efforts considérables engagés ces dernières années pour structurer, moderniser et sauvegarder notre système de santé. Et ces efforts, il faut le dire clairement ici, ont été portés entre 2018 et 2023 par une gouvernance placée sous l'autorité du président Édouard Fritch. Un travail de fond, structurant et courageux a été engagé. Nous avons pris des décisions fortes et courageuses. Nous avons engagé des réformes. Nous avons investi pour l'avenir. Nous avons, d'abord, réorganisé l'offre de soins avec des dispositifs concrets pour désengorger les urgences et améliorer la prise en charge de notre population par notamment la création de la maison médicale de garde au sein des urgences au CHPF, la structuration des dispositifs SOS médecins, la création du pôle de santé privé unique par un travail sur la réorganisation des évasans urgentes inter-îles. Et surtout, nous avons engagé une politique ambitieuse dans la lutte contre le cancer, en préfigurant de la création d'un véritable institut du cancer en Polynésie française, avec la rédaction d'un plan cancer structuré, la mise en place d'une filière de prise en charge du cancer en Polynésie française, confiée à l'ITC, doté d'un TEP-SCAN et d'un cyclotron et en complétant le dispositif par l'unification des laboratoires d'anatomocytopathologie de l'Institut Malardé et du CHPF et en l'installant dans les locaux adaptés et bien dotés. Nous avons également modernisé en profondeur les outils médicaux et technologiques avec la réalisation du dossier patient informatisé. Ces investissements sont importants et structurants. Ils traduisent une volonté claire : faire entrer notre système de santé dans le XXIe siècle. Nous voulions également une gestion plus rigoureuse et plus responsable. À cet égard, nous avons aussi engagé une transformation culturelle au sein du CHPF avec le projet RARE, un plan de retour à l'équilibre pour sortir d'une logique de dérive financière permanente. Nous avons objectivé les besoins de l'établissement à travers une étude sur le capacitaire sérieux dans ces trois dimensions : le bâti, les équipements et le projet médical, afin d'adapter les moyens aux réalités épidémiologiques et démographiques de la Polynésie. Nous avons structuré le financement des molécules onéreuses en créant une liste de médicaments remboursables par la CPS. Là encore, il s'agissait de concilier innovation thérapeutique et soutenabilité financière. Notre action ne s'est pas limitée à la gestion du quotidien. Il fallait également préparer l'avenir, et nous l'avons fait :
Mais le contraste est saisissant avec ce que l'on observe aujourd'hui. Face à ce travail immense, structuré, documenté, que nous aurions pu détailler dossier par dossier, une question s'impose : qu'a fait la gouvernance actuelle ? Et plus particulièrement, qu'a fait notre ministre de la santé ? Si ce n'est que démolir, détricoter ce qui avait été entamé sous la précédente gouvernance : SOS, pôle de santé privé unique, réorganisation des évacuations d'urgence inter-îles, ICPF, TEP-SCAN, cyclotron, hôpital de Taravao, pôle de santé mentale, etc., etc. Refondation du système des établissements de soins, une belle entreprise de démolition, voire plus grave, de sabotage. Quel bilan ? On pourra peut-être un jour comparer bilan contre bilan. Force est de constater que le contraste est saisissant. Nous assistons aujourd'hui à une forme d'immobilisme préoccupant. Les projets avancent peu, les priorités manquent de clarté et certaines déclarations publiques, parfois approximatives, ne suffisent pas à masquer l'absence de résultats concrets. Mais au-delà de notre ministre, il y a un fait politique majeur dans ce rapport de la CTC : une absence de réaction de l'exécutif. Le Président du pays et la direction du CHPF n'ont formulé aucune observation particulière sur les recommandations de la CTC. Aucune. Or, chacun connaît ici la portée d'un tel silence. Qui ne dit mot consent. Alors, Monsieur le Président Monsieur le Président Brotherson, qui n'est pas là donc Madame la vice-présidente ou Monsieur le ministre, puisque vous ne contestez pas les constats, puisque vous ne remettez pas en cause les recommandations, nous nous posons aujourd'hui une question simple mais essentielle : quel calendrier fixez-vous pour leur mise en œuvre ? Quels moyens humains, techniques et financiers comptez-vous mobiliser ? Il ne suffit pas d'approuver un rapport, il faut agir. Mes chers collègues, ce rapport montre une chose : notre système de santé a besoin de continuité, de rigueur et de vision. Entre 2018 et 2023, une dynamique a été engagée. Elle pourrait apparaître comme imparfaite, bien sûr, mais elle était réelle, structurée, basée sur des constats, des chiffres, des études, et ambitieuse. Aujourd'hui, cette dynamique est cassée. Et si la majorité actuelle reconnaît implicitement la pertinence des recommandations de la CTC, alors elle doit en tirer toutes les conséquences. Nous craignons que les efforts engagés depuis quelques années au service de la santé des Polynésiens ne soient aujourd'hui anéantis. Merci. Le président : Merci bien. J'invite maintenant l'intervenant de A fano tià, Pauline. Mme Pauline Niva : Merci, Monsieur le président. À toutes et à tous en cette fin de journée, Monsieur le ministre, Madame la Vice-présidente, à nous chers collègues élus, que l'on soit encore en pleine forme. Si je prends la parole concernant ce rapport sur les comptes de la santé de notre pays, c'est une continuité, en fait, de mon intervention de ce matin. Et cela me rappelle quand même les raisons pour lesquelles nous sommes ici. Et si nous sommes ici, ce n'est pas pour se perdre dans des joutes verbales stériles, mais c'est pour parler de la vie, de la santé et de l'avenir de chaque foyer polynésien. Ces foyers de Papeete, Faa'a jusqu'aux atolls les plus reculés de nos archipels. Le rapport de la Chambre territoriale des comptes que nous examinons aujourd'hui est un miroir sans complaisance de notre système de santé. Il dresse un constat qui nous oblige à la plus grande humilité. Le premier fait marquant est cette progression fulgurante des pathologies chroniques qui pèsent sur nos familles puisque les maladies de longue durée représentaient en 2022 plus de 70 % des dépenses d'assurance-maladie, avec une explosion des cas de diabète et d'obésité qui frappe près de sept adultes sur 10 dans notre pays. Si l'on compare ces chiffres au précédent rapport sur les exercices 2014 à 2018, nous voyons que les faiblesses structurelles dénoncées à l'époque persistent encore trop souvent, car le pilotage budgétaire et le manque de données précises empêchent toujours une évaluation réelle de l'efficacité de nos politiques publiques. Cependant, nous devons saluer avec force les améliorations en cours et à venir depuis 2023, avec notamment une dynamique nouvelle qui s'est enclenchée et qui se déclenchera avec notamment le déploiement du schéma d'organisation de la santé 2026-2031. La volonté ferme de notre gouvernement de régionaliser les soins pour limiter ces évacuations sanitaires qui ont bondit de 50 % en cinq ans. Au sein de notre groupe A fano tià, nous avons fait un choix clair, qui est celui du pragmatisme, au détriment des postures idéologiques. Contrairement à d'autres groupes politiques qui s'enferment dans des oppositions de principes, de problèmes intestines, nous soutenons sans aucune hésitation tous les projets et toutes les conventions qui apportent des solutions concrètes au quotidien des Polynésiens de Tahiti et de ses îles. Car le peuple, il n'attend pas ! Il n'attend pas de nous des discours de division, mais des actes qui soignent et qui protègent. Il y a des moments dans la vie d'un pays où l'on doit choisir entre la facilité du statu quo et le courage du changement. Et nous avons choisi le courage parce que la protection sociale généralisée que nos aînés ont bâtie en 1995 mérite mieux que l'immobilisme. Ainsi, je veux remercier tous les élus de cette assemblée, en particulier les membres de la commission de la santé et de la solidarité qui ont soutenu, par leur voix et leur vote, la dernière réforme du RNS. Des heures, voire des jours de travail et de réunions sur ce sujet. Il y a des moments dans la vie d'un pays où l'on doit choisir entre la facilité du statu quo et le courage du changement. Et nous avons choisi le courage parce que la PSG, bâtie en 1995, mérite mieux que l'immobilisme. J'ai fait exprès de répéter deux fois le même paragraphe. Notre modèle polynésien de protection sociale est unique au monde. Il repose sur la mutualisation, sur la solidarité, sur le fait que nous cotisons pour les autres autant que pour nous-mêmes. Et c'est exactement ce que représente cette réforme du RNS, refonder ce pacte de solidarité sur des bases justes, claires et durables pour que nos enfants puissent encore en être fière dans 30 ans. Oui, il y a encore des débats, des questions légitimes, des craintes sur cette réforme du RNS qu'il faut entendre et qu'il faut respecter. D'ailleurs, notre Président du pays nous invite tous et toutes à la réapprendre et à la comprendre ce samedi à partir de 15 heures à la présidence. Je termine mon propos en réaffirmant avec une fermeté inébranlable l'attachement sans concession de A fano tià à la souveraineté de Mā'ohi Nui (NDT, la Polynésie française), cette Polynésie encore française, mais qui marche vers son destin dans le respect absolu non négociable de la démocratie. Nous affirmons une exigence : celle de rassembler et non de diviser. Rassembler les indépendantistes et les autonomistes, rassembler autour de l'essentiel : la santé, la vie de notre peuple. Se soigner, vivre dignement, accéder aux soins où que l'on vive, c'est cela notre responsabilité. C'est cela notre cap pour notre peuple, pour nos enfants, pour notre dignité. Vive l'indépendance ! Merci bien ! Que l'amour règne. Le président : On poursuit et termine avec les non-inscrits. Oui, Nicole. Mme Nicole Sanquer : Mes chers collègues, Madame la vice-présidente, Messieurs les ministres. Le rapport de la Chambre territoriale des comptes sur la santé soumis à notre examen ce jour s'inscrit dans la continuité des travaux déjà transmis à notre assemblée en 2024 et 2025, relatif à la lutte contre le cancer, à la prévention de l'obésité chez les jeunes, et à la gestion du Centre hospitalier de la Polynésie française. Il ne fait pas état d'un contrôle nouveau sur une politique publique, mais d'un diagnostic consolidé approfondi des recommandations connues, déjà formulées, déjà débattues. Par cette démarche, la Chambre entend davantage nous saisir sur la question de l'état d'avancement des recommandations faites au travers de ces trois rapports sur notre politique de santé, et leur traduction concrète au travers des décisions prises et restant à prendre plutôt que d'étendre son contrôle à d'autres pans de notre politique de santé. Tout au long de ce rapport, la Chambre met en exergue que notre action publique en matière de santé peine toujours à se fonder sur des données fiables, à évaluer ses propres résultats, à prioriser ses interventions et en conséquence à produire des effets durables. Cette insuffisance se traduit dans les faits : par une progression continue des pathologies chroniques, une pression croissante sur notre système hospitalier et une explosion des dépenses de santé largement captées par des maladies comportementales évitables. En 2022, 72 % des dépenses d'assurance maladie sont consacrées aux maladies chroniques. Cela signifie une chose simple : nous payons aujourd'hui ce que nous n'avons pas su prévenir hier. Ainsi, depuis trois ans, la Chambre tente, au travers de ses diverses observations, de tracer une feuille de route claire et nous interpelle sur l'état d'avancement de sa mise en œuvre. Monsieur le ministre, nous avons bien conscience que la réforme du régime des non-salariés a fortement mobilisé votre action gouvernementale. Mais comme vous le savez, il s'agit d'une réforme financière qui ne peut reléguer au second plan les questions de fond de santé publique. On ne résoudra pas durablement les déséquilibres de la PSG sans agir sur les causes sanitaires qui les produisent. On ne maîtrisera pas les dépenses sans investir dans la prévention et l'organisation des soins. Depuis plusieurs années, les diagnostics sont posés, les recommandations sont connues, les priorités sont identifiées. Ce que nous attendons aujourd'hui, ce sont des traductions concrètes, car pendant ce temps, les pathologies progressent, les coûts augmentent et notre système de santé reste sous tension. Et si la question du financement de la PSG est importante, elle ne saurait se substituer à votre responsabilité première qui nécessite d'organiser, structurer et piloter la politique de santé publique. C'est sur ce terrain que nous vous attendons, non pas dans l'intention mais dans l'action. Au regard des trois rapports établis par la Chambre territoriale des comptes entre 2024 et 2025, ce sont en réalité plusieurs dizaines de recommandations qui ont été formulées. Elles ne sont ni dispersées ni théoriques et convergent toutes vers des priorités structurantes : mieux connaître pour mieux agir, évaluer pour décider, prévenir pour maîtriser, organiser pour garantir l'égalité d'accès aux soins. Mais surtout la Chambre insiste sur un point essentiel : l'urgence de décider, l'urgence de déployer la mise en œuvre de ces recommandations, l'urgence de faire des choix, et surtout l'urgence d'agir. Car ce que relève ce rapport, ce n'est pas seulement un retard décisionnel, c'est un risque d'enlisement, de dégradation de la santé des Polynésiens. Dans les faits, que constatons-nous aujourd'hui ? Les outils fondamentaux en matière de pilotage restent incomplets : le registre du cancer n'est pas pleinement consolidé, les données de santé restent fragmentées, et nous ne disposons toujours pas d'un véritable système d'informations partagées. Sur l'évaluation, les lacunes persistent : aucun bilan du plan cancer, aucun bilan du plan de prévention, aucune mesure de l'efficacité des campagnes financées sur fonds publics. Sur la prévention, la situation est encore plus préoccupante : un plan devenu caduque, des actions non budgétisées et une absence de stratégie structurée, alors même que les indicateurs sanitaires se dégradent. Sur l'organisation du système de santé, nous ne disposons toujours pas d'un schéma opérationnel validé. Et enfin, sur l'Hôpital, les réformes pourtant identifiées comme prioritaires je pense notamment à la fonction publique hospitalière ou à l'attractivité des carrières demeurent, à ce stade, largement inabouties. Monsieur le ministre, ce constat n'est pas celui de l'opposition, c'est celui de la Chambre territoriale des comptes. Et ce constat appelle aujourd'hui non pas des explications supplémentaires, mais un bilan d'état clair. Où en est la mise en œuvre effective des recommandations formulées depuis trois ans ? Quelles priorités ont été retenues ? Quels résultats pouvez-vous aujourd'hui objectivement présenter à la représentation élue ? Car à ce stade, permettez-moi de le dire avec gravité, nous ne disposons pas d'un réel début d'action mené en matière de santé publique adopté par notre assemblée pour véritablement infléchir les dépenses de santé : pas de schéma d'organisation sanitaire opérationnelle, pas de plan de prévention actualisé, pas d'évaluation des politiques engagées, pas de présentation consolidée des comptes sociaux permettant d'apprécier la qualité de dépense. Et dans le même temps, les pathologies progressent, les jeunes sont de plus en plus exposés, les inégalités territoriales persistent et notre système hospitalier continue de fonctionner sous tension. Alors oui, la réforme du RNS a mobilisé votre action. Oui, la question du financement de la PSG est un sujet majeur. Mais nous ne pouvons pas accepter que la réponse financière se substitue à la réponse sanitaire. Car au fond, la question est simple : que finance-t-on, si la politique de santé elle-même n'est pas structurée ? Quand les mêmes recommandations sont répétées d'un rapport à l'autre, ce n'est plus un problème d'analyse, c'est un problème de décision. Et après trois ans de mandat, la question qui vous est posée aujourd'hui n'est plus celle des intentions, mais bien celle des résultats. Car ce que nous attendons désormais, ce ne sont plus des orientations, ce ne sont plus des annonces, ce ne sont plus des travaux préparatoires. Nous attendons des actes. Je vous remercie. Le président : Merci bien. Est-ce que le gouvernement souhaite intervenir ? M. Cédric Mercadal : Oui, bien sûr. On peut y aller, oui, oui, oui. Non, je vais répondre. Tu veux répondre ? Le président : Très bien. Bon, bein Pardon ?... (Mme Jeanne Santini, hors micro : « Y a Teave. ») Ah Teave ! Excuse-moi. Vas-y. Mme Teave Boudouani-Chaumette : Monsieur le président de l'Assemblée de la Polynésie française, Madame la vice-présidente du gouvernement, Mesdames et Messieurs les membres du gouvernement, chers collègues, cher public. Ce rapport porte sur la santé publique en Polynésie française depuis 2018. Il constitue un outil essentiel pour évaluer l'efficacité de nos politiques publiques. Document technique mais fondamental, il met en lumière les dysfonctionnements, les insuffisances et les marges d'amélioration de notre système. La question centrale est simple : avons-nous les moyens de nos ambitions et utilisons-nous efficacement les ressources disponibles ? Ce rapport doit être une base de travail pour améliorer concrètement notre organisation, notre gouvernance et la maîtrise de nos dépenses de santé. Il est donc essentiel que les recommandations formulées soient suivies des faits avec un calendrier précis et des engagements clairs. Merci. Le président : Merci beaucoup. Donc, on va poursuivre avec le second rapport de la Chambre (À l'adresse de M. le ministre Cédric Mercadal.) Vous voulez intervenir ? Oui, vas-y. Excuse-moi. M. Cédric Mercadal : Juste quelques réponses, quand même. Je voudrais juste rappeler quelques petites choses. Les périodes qui ont été examinées par le rapport de la CTC sont antérieures et bien antérieures à l'action du gouvernement. Il s'agit ici de dresser un constat : un constat qui est l'état de santé de nos populations sur la période 2018-2023 pour une grande partie de l'analyse qui a été faite par la CTC, et donc non par les actions qui ont été entreprises par notre gouvernement. C'est le résultat qui a été établi et le constat qu'il y a un problème. Tous les gouvernements et je le sais ont essayé, ont appliqué des politiques publiques, ont fait des politiques de prévention, ont initié des travaux. Tous les gouvernements essayent de faire en sorte que leur population aille mieux et on s'est appliqué, nous, ces trois dernières années, à répondre au constat qui avait été fait par la CPS, non, par la CTC. On a parlé de RNS, mais c'est un lapsus. Il est important de voir que tout cela a un coût et on est tous d'accord là-dessus. Nous, on a livré les bâtiments : on a livré le pôle de santé mentale, on a réouvert l'école d'infirmières. On a livré les bâtiments qui avaient été entrepris. Et moi, je ne dénie pas les actions qui avaient été engagées par le passé. On les a mises en œuvre parce qu'on a eu la continuité et les travaux à faire et le temps à appliquer. On a ouvert le labo d'Anapath. On a mis 1 milliard à l'ICPF. Ce sera le budget qui sera déposé en EPRD, là, la semaine prochaine. On a augmenté les postes au CHPF parce qu'ils en avaient besoin. On a permis, mine de rien, d'ouvrir la chimiothérapie dans l'ensemble de nos hôpitaux périphériques, de faire de la chimiothérapie dans les cliniques. On a financé l'augmentation des molécules onéreuses qui ont pris encore quelques milliards. Et on l'a fait, c'est le cas, c'est quantifiable, argumentable. Ce sont des faits dont je parle. L'ensemble de ces actions ont été faites pour le plan cancer, et on l'a suivi. Et maintenant, on est en train de le rédiger. L'ICPF est à l'œuvre, en train de rédiger le futur plan cancer pour les prochaines années, ce qui va nous permettre d'enclencher encore bon nombre de projets. Nous avons mis en place le HPV depuis que nous sommes arrivés, pour faire de la prévention de terrain, parce qu'on sait que dans d'autres pays, le cancer de l'utérus a été diminué de 95 % via cette vaccination. On a mis un mammographe aux Marquises en matière de cancer, un deuxième. Et on a ce matin voté, dans le cadre de la convention État-pays, la possibilité de financer des mammographes portables. Ça va nous permettre d'acheter cela. On a une politique qui est posée. On a fait aussi d'autres actions de prévention. Vous les avez votées ensemble, tous ensemble ! La loi TABAC qui va être mise en œuvre à compter de juillet. Cette loi TABAC II vise à diminuer le nombre de cancers, à diminuer le nombre d'addictions, à protéger nos enfants et à protéger notre population, et à l'accompagner en matière de bon nombre de choses. Vous êtes même allés plus loin. Le Conseil d'État ne nous a pas suivis, mais on a voulu carrément interdire la vapote, et c'est une bonne chose. Il faut réduire cette consommation. On a fait des taxes comportementales et on en verra leur efficacité dans le temps, parce que d'autres pays l'ont fait. En matière de sucre, on sait, et le chiffre de 32 % de personnes diabétiques montre qu'on a un vrai problème via le sucre sur notre population. Donc la taxe comportementale a été nécessaire. D'autres pays l'ont essayé et ont réussi. Il nous fallait essayer aussi. Sur cette partie, on a agi, c'est quantifié, c'est factuel. On est entrain aussi de faire du soin de proximité. On le développe, nos structures, au fur et à mesure. On a décidé, dans le cadre du SOS, de changer de fusil d'épaule dans la stratégie, d'arrêter d'avoir une carte sanitaire qui dise qu'il faut du matériel pour toute la Polynésie. On va analyser les choses par territoire pour donner les meilleurs soins dans les territoires et ramener ça : soins, populations, délais d'accès. Cela n'a pas été construit comme ça. La carte sanitaire, c'était la Polynésie, tant d'appareils. Et nous, on change de fusil d'épaule en la matière. On a autorisé de nouveaux centres de dialyse lourd. On est en train de faire une extension du pôle de dialyse lourd aussi au CHPF, parce qu'on en a besoin. Et c'est la dette que ce constat démontre. On a une dette sanitaire qu'il va falloir traiter en même temps que la prévention pour améliorer les choses. Il va falloir travailler sur deux pieds, et cela demandera des moyens. Il ne faut pas le cacher. On a aussi, et dire qu'on n'a rien fait sur le CHPF, enclenché le plan AVEIA. On l'a mis en place : le centre polaire qui a été demandé, les EPS qui ont été demandées par la CTC. On a créé la SAUV, un service qui, aujourd'hui, gère les urgences vitales. Dire que l'on n'a rien fait ces trois dernières années, c'est faire des raccourcis ! On a doté l'ICPF de campagnes de promotion, on les a soutenues. On a augmenté fortement, pas en communication, mais en prévention de terrain les budgets, pour qu'aujourd'hui on puisse faire du dépistage chez les femmes. On a voté une loi ensemble en matière de cancer pour abaisser l'âge du dépistage et faire un meilleur dépistage des gens. Dire que l'on n'a rien fait, c'est ne pas regarder les faits ! Moi, je ne remets pas les actes du passé, je ne les remets pas en cause ! Tout le monde essaie d'agir. Mais ce que l'on a fait, je ne peux pas dire que ça n'a pas existé. On l'a fait, et vous l'avez voté. Et vous étiez heureux de le voter parce que, la plupart des textes de santé, et comme je l'ai dit, ils sont votés à l'unanimité. Vous les soutenez tous ! On fait ça pour le bien de notre population. Et dire qu'il n'y a pas, je ne peux pas être d'accord. Par contre, le schéma d'organisation sanitaire qui vous sera présenté, c'est la stratégie future. C'est l'implémentation que l'on aura pour les sept prochaines années. Et je compte sur vous pour vous impliquer. Pour vous impliquer dans tout cela, parce que c'est nécessaire. Il faut penser à notre population. Ce n'est pas une question politique ! Ce n'est pas une question de couleur ! C'est une question que l'on pense à nos parents, on pense à nos enfants, et que c'est de la meilleure manière dont on agit pour eux... Enfin, moi, je le fais pour ça ! Ce n'est pas pour le RNS ! On a fait tout ça en parallèle ! C'est le moyen de s'occuper au mieux de notre population. C'est ça qui compte ! Faire de la télémédecine. Le DPI. J'ai entendu que le DPI a été fait antérieurement. En fait, non, il a été déployé sous nous, fait par nous, et déployé dans les îles actuellement ! Le dossier patient informatisé dans les hôpitaux, eh bien c'est nous ! Voilà. Et c'est déployé actuellement à Uturoa ! Et ce sera à Taravao, et ça sera un peu partout. On aura la même donnée. On est en train de déployer tout le réseau de continuité dans les îles. D'ici 2030, tous les dispensaires seront connectés. On a voté ensemble ce budget de 800 millions pour connecter nos dispensaires des îles, tous ensemble, ces trois dernières années ! Dire que rien n'a été fait, c'est remettre en cause tout le travail des patients, tout le travail de la direction de la santé, tout le travail de l'ARASS, tout le travail du CHPF qui a fait sa modernisation polaire. On ne peut pas dire que rien n'a été fait ! Toutes les équipes y travaillent ! Le rapport de la CTC examine le passé ! Vous n'examinez pas l'action qui est faite depuis trois ans ici, mais elle est faite. Je ne fais pas bilan contre bilan. Ce n'est pas l'objectif ! L'objectif est de dire que tout le monde agit. Tout le monde agit ensemble. Et c'est cette assemblée qui vote les crédits pour agir ensemble. Voilà ce que je veux juste apporter. (Applaudissements sur les bancs du groupe A fano tià.) Le président : Merci, Monsieur le ministre. Oui, Nicole. Mme Nicole Sanquer : Alors vous l'avez précisé, et je l'ai précisé aussi, c'est la première fois que la Chambre prend trois rapports qui ont été effectués, comme vous l'avez dit, sur la période où vous n'étiez pas ministre. Mais c'est la première fois que la Chambre fonctionne comme ça : c'est-à-dire qu'elle prend trois anciens rapports et elle les fusionne et elle rappelle l'urgence d'agir. Donc, comme je l'ai dit, ce n'est pas l'avis de l'opposition, je dirais de la minorité, c'est l'avis de la Chambre. Vous avez fait un long listing. Mais apparemment, la Chambre, sur le terrain, ne constate pas ce que vous dites. Ou bien sinon, la Chambre a publié ce rapport sans vous consulter. Mais je ne fais que faire l'état des lieux de ce que la Chambre dit et l'urgence d'agir que la Chambre recommande. C'est tout. Merci. Le président : Merci. Les rapports peuvent être consultés sur le site internet de l'assemblée de la Polynésie française à l'adresse www.assemblee.pf |







